CENT SOIXANTE-DIXIÈME LETTRE
SaiiuxH soir 28 Fi-vrior IS'il».
>ron teiulie ami. je veux vous dire tout de suite une chose, et sur je ne sais quel papier. Vous avez la bonté de m'olîiir un plaisir qui me paraît, comme à vous, devoir être très complet ; mais, outre les raisons que vous me connaissez pour n'aller maintenant dans aucune assemblée, j'en ai de sérieuses pour tenir ma vie réglée comme un papier de musique juscju'à ce que j'aie atteint mon but. D'ici là. que mes droits de malade me restent, et voilà tout ce qu'il me faut. Bonne volonté ou non, quand on ne me voit pas descendre mon escalier par le temps qu'il fait, il faut bien croire à quelque chose : et au moins j'évite les parlementages sur ma santé, sur mon travail, et sur mes projets quelconques. Moi seule je sais la patience qu'il faut pour côtoyer le long de tous les écueils que j'ai rencontrés ; mais je l'ai : et, à moins de troubles physiques dont j'espère me garantir maintenant, je ne rétrograderai pas. Je suis si heureuse déjà d'avoir reconquis ce brin d'indépendance que j'en tiens grand compte en dépit de quelques misères : et puis, tant de gens m'ont aimée à la condition que je les aimerais seuls, qu'il faut bien pardonnera la famille d'en être là. On connaît mes sentiments pour vous et sur vous ; et, malgré leur nature exceptionnelle, et peut-être à cause d'elle, il y a des susceptibilités en éveil, que j'ai besoin de ménager. Du reste, en voilà bien long pour une chose bien simple. Je voulais seulement prévenir à temps de votre part toute démarche qui nie concernerait au sujet du concert.
Léon est venu me voir, malgré la consigne. Je ne suis cependant pas trop agitée ce soir. Votre bonne visite ne devait, il est vrai, compter qu'à titre de baume : car il doit y avoir des privilèges pour un ami tel que vous.
Puissé-je reprendre bientôt mon travail ! Ce sera bien une o'uvre douloureuse. Si j'y retra(;ais un seul des événements de ma
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vie, on serait bien en droit d'y elieiciier mon histoire ; mais c'est une complète invention, qui déboutera au moins ma mère.
Bonsoir, mon tendre ami, et bonjour, car ceci ne sera jeté à la poste que demain. Bon Dimanche ; nous le passerons à peu près l'un comme l'autre. Donnez-moi de vos nouvelles. Je vous donnerai des miennes. Ne faites pas trop aller la bonne Sophie : mais, ([uaud rien ne s"v oppose, j'ai du plaisir à la voir.
.\ vous de cœur.
CLOTILDE
28 Février 1816.
Le mois oii les t'cmiiics parlent le moins. (Vous ne vous plaindrez pas cette fois du vague de ma date.)