‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 17 sur 112 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Avril ! — Je voudrais bien aller coucher chez vous (Son vœu du l'-''^ Avril matin devant sa mère).

*Vous avez été méconnue, mais je vous ferai apprécier... Non, jamais aucune autre... (Mon effusion verbale du '2 Avril, devant sa famille, après son extrême-onction).

Vous n'aurez pas eu une compaj^ne longtemps ! (Pendant notre unique nuit, du 2 au .'J Avril I84(i!)

Madame, vous aimez votie fille comme un objet de domination, et non pas comme uii ol)j(4 (ralfeclion (Ma remontrance à sa mère, devant elle, le 4 Avril).

Comte, souviens-toi que je souffre sans l'avoir mérité !... (Ses dernières paroles distinctes, nettement répétées cinq fois de suite, le Dimanche soir .') Avili \HM\, vers trois heures, une demi-heure avant d'expirer !!! )

Oui, ta mort même consolide à jamais le lien fondé sui- mon affection, mon estime, et mon respect !

S(i(/ntihi rs ijà. rlr.

EFFUSION (20 minutes).

1° A GE.NOLX DEVAM SES FLEIRS (.') miuutes).

InuK/i' ilii "21 Xont ISj!. — Noble et tendre patronne, qucUn cil' impnradisa la min meule, ton adorable influence éternelle a profondément amélioré l'ensemble de ma nature, morale, intellectuelle, et même physique. Je te remercie surtout de m'avoir spontanément inspiré cette pureté dont, jusqu'à toi, j'ignorais le vrai prix, mais qui, j'espère, continuera de te survivre sans altération, giàce à la persistance naturelle de ton involontaire ascendant. Ton aufiélique inspiration doit de plus en plus dominer tout le leste de ma vie. tant publique que privée, pour présider encore à mon inépuisable perfectionnement en épurant mes sentiments, agrandissant mes pensées, ennoblissant ma conduite.

Iinui/r funtlc. — Morte, comme vivante, ma sainte Lucie, tu

PRIÈRES OrOTIDIKXNES. 89

(lois toujoui-s rester le vrai eentie de la seconde vie dont je le suis essentiellement redevable. Ta douloureuse transformation d'une triste existence en une glorieuse éternité ne doit jamais altérer la devise familière que je t'ai fait agréer, amour et respect éternels !

Inun/r (lu 'JJ Août IS.IC).

Ml ! Kc'l somnio putrer si mi fallio i'rr ht tua morte, (jual cosa mortale Votfà mai trarre me nel siio (lisio /

Oli. miUd, tiulld, i/iammai.

Es homhre ril, es infume, FA que, solnmente a tenta A la hruto del deseo.

Viendo penlido lo mas Se contenta eon hi m(hios !

2" Debout près de l'.utel (10 minutes).

Imaije du J Oetohre IS.rl. — Ma chère fille, qu'elle fut bientôt détruite l'incomparable félicité que t'apporta si tard un lien sain tement exceptionnel (je me suis assez plaint, c'est toi que je dois plaindre) ! Pour moi-même, elle n'est pas détruite, elle n'est que transformée ; elle est maintenant inaltérable. Malgré la catastrophe, ma situation finale a de plus en plus surpassé tout ce que je pouvais espérer, et même rêver, avant toi. Surtout, ma vertueuse passion ne doit jamais perdre son aptitude naturelle à seconder activement la haute mission sociale fjui. dès loi-s m'absorbant tout entier, put seule m'olîrir une sainte compensation peisonnelle, de plus en plus précieuse à mesure que tu t'y trouves mieux incorporée. Les devoirs du chaste époux continuèrent à fortifier ceux du philosophe, quand je dus cesser de travailler à ton perfectionnement pour aspirer à ta glorification.

Imai/e du II Ferrier IS.l'-J. — (Hier ange inéconiui. ton admirable ascendant ne (hniiit dignement ai>préciable ([u'eii me dispo saut tonjduisà niiiMix ser\ii- le (irand-l'>tre auquel je te sens irré-

vocablenient incorporée, et dont tn m'olTies la meilleure personnification. Pendant une année sans pareille, ta douce impulsion spontanée a profondément facilité le plein essor du vrai caractère finalement propre à ma philosophie ; la systématisation réelle de toute l'existence humaine d'après la prépondérance fondamentale du cœur sur l'esprit, en consaciant l'intelligence au service continu de la sociabilité.

L'Amour pour principe, et l'Oidre pour hase; le Progrès pouihut. i/Amowr cheiche l'ordie et pousse au progrès; l'Ordrecon solide l'amour et diiige le progrès ; le Progrès développe l'oi'dre et ramène à l'amour.

lu. unidM. unité, continuité ; ^/r/rr. arrangement, combinaison; et Irais, évolution, succession.

L'amour universel, assisté parla fol démontrable, dirige l'activité pacifique.

L'homme devient de plus en plus religieu.x.

.\gii' par atTection, et penser pour agir.

En iap|»oilanl tout à l"lliiinanité. l'unité devient plus complète et plus stable qu'en s'elforçant de tout rattacher à Dieu.

La soumission est la base du perfectionnement.

.\dieu. ma chaste compagne éternelle! Adieu, ma bien-aimée Lucie ! Adieu, mon élève chérie et ma digne collègue !

(Souvenirs intercalés de mon vieil ami Charles Bonnin et de sa malheureuse fille Victoire.)

C'est à moi d'obtenir, par mes nobles travaux, que ton nom devienne inséparable du mien, dans les plus lointains souvenirs de riuimanité reconnaissante.

La pierre du cercueil est ton premiei- autel.

Addio, snirlhi ! Aildio. rarn ftijHd l Addio. msta s posa ! Addio, samla tnadrc! \ enjinc-mddrc, fl'jl'ui dri iko fii/lio, Addio !

Oli. (inidiizd. vie.

(Reproduction, à genoux, les yeux ouverts, de la seconde partie du préambule, sous l'image fixe du 11 février 1852).

3" CONCLUSION (.") minutes).

A GENOrX DEVANT l'a[TEL R ECO U V E II T.

1. — (Tableau général de ma viaie famille, objective et subjective, réunie, avec mes principaux disciples, le Dimanche ï Septembie 1S7(>. à Montpellier, dans le seul domicile où se rapportent mes souvenirs du pays natal).

La vénérable image de Rosalie Boyer s'est de plus en plus combinée avec l'aimable présence de Clotilde de Vaux, d'abord dans ma visite hebdomadaire à la tombe chérie, ensuite pendant mes prières quotidiennes.

H. Imdtjt's de lit lombi' rhri-ir. — Rosalie, Lucie, Sophie, votre vertueux ensemble, désormais inaltérable, doit toujours ra'olîrir le meilleur type de la vraie nature féminine. Sous votre inspiration continue, j'ai mieux systématisé l'influence, publique et privée, du sexe afîectif. comme le premier fondement de la régénélation finale. Celle de vous qui survit ranime, à son insu, la sainte impulsion des deux autres, par le doux spectacle continu de notre état normal, l'intelligence et l'activité librement subordonnées au sentiment. Puisse ma juste gratitude publique rendre vos trois noms également inséparables du mien pour la Postérité reconnaissante î J'osai publiquement terminer ma construction religieuse en chargeant tous mes disciples des deux sexes d'obtenir, comme principale récompense de mes services, ma solennelle inhumation au milieu de vous trois, au nom du Crand-Etre auquel nous serons irrévocablement incorporés.

Oue ne fei-ais-je point, ma sainte Lucie, pour avoir pleinement mérité la commune tombe devant laquelle viendra dignement s'incliner le drapeau collectif de l'Occident régénéré !

m. — (.\ moti ('•tcnicUc (■'HiiiKi;/iir). Am''ni If ///'/n' (luain me, lire mr liisi- iinifilrr le !

(.1 rHiniuiiiilé (Idiis son Inniilr, dmiiil saii i/rniid milcl). Ainnn le pbi^ (juàm inr. nrc me nisi proptcr le !

(A iivi iiohic iiiiinnnif. i-oinnii' pcrsoiiiiifnnii l' llnnviniié}.

\rn/iiir-m>i<lrf. l-li/lid tirl li((i fhjlio, (imcm ti' plus (jurim me, lire mr nisi projilrr le !

Tre (lolci nome ha' in te nirrolti Sposa, madré, e /i;/liii(ihi !

(Pkthauca).

Clntrucliiit le Oiinantiiu 25 César G'J.)

IMAC. ES HERDOMADAIKES Cîl).

.■{| XoHMALKS.

LrxDi. — 2. Juin IHM\. ;{() .luin. 2o Août.

Mardi. -2!)Avril IS'^;iJ2Aoùt.2()Aoùt,:n .Mais I8'^(l( l't Avril IS^fi).

Mercredi. — 27.\oùt IS't.';. 12 Novembie. rt.Ianvier \H\(î. Il Fé-

viier. 1"' .Vvril.

Jeidi. — 2() Juin IHM'}, 28 Août, l(j Octobre, (2<S Août 18ol) (I). Vendredi.— 16 Mai \SM\, 18 Juillet, 8 Août, 29 Août, 20 Mars 18'iH . Samedi. — il Octobie 184."), 7 Février 184f), 28 Féviier, 7 Mars.

28 Mars.

Dima.nche. -7 Septembre i84o,;i Octobre, 29Mars 1846(4Avril 1847).

20 Kxcki'tion.nelles.

LiNUi.— !) Juin 184;>, ;}0 Mars 184(i.

Mardi.— 13 Mai 1845, 25 Novembre. (3 Juin 1851). Ci Juin 1850).

Mercredi.— 2 Juillet 1845. 20 Août, 8 Septembre, ( 1.5 Avril 1840).

( 1 1 Avril 1855).

Jeidi.- 24 Avril 1845. 2 Avril 1840!

Vendredi. —3 Avril 1840! (Il Janvier 1850), (10 Avril 1857). Samedi. — 0 Décembre 1845, 14 Février 1840, 4 Avril ! DiM.\NCHE.— 5 Avril 1846 !!!

PHI ÈRE DU SOIR (une demi heure).

(Au lit, sur mon scanl).

l" Commémoration (10 minutes).

Souvenir précieu.x de ma jeunesse, compagnon et guide des

[[) Introduile le Joiidi 1" César 09.

PRIÈRES nroTIhlEXNES. 93

heures saintes qui ont sonné poui- moi. rappelle toujours à mon cœur- les cérémonies grandes et suaves de la chapelle du couvent ! . . . (Son Inscription de 1837 sur la Journée du chrétien qu'elle me donna, le Dimanche 29 Mars 1846, comme son livre usuel au couvent de la Légion d'Honneur-, lue Baibette.)

Comte, souviens-toi que je soulîre sans l'avoir mérité!!! (Ses dernières paroles, que j'inscrivis sur ce même livre, devant Sophie, une heure et demie apiès que nous les entendîmes).

Image principale du jour. — Oui, ta mort même consolide à jamais le lien fondé sur mon alîection. mon estime, et mon respect.

Mai non t'appresentô, etc.

Oh amanza, etc.

2" Effusion (lo minutes).

Image du 2S Février 1852. — Sous ta puissante invocation, la plus douloureuse crise de ma vie intime m'a finalement rendu meilleur, à tous égards, en développant, quoique seul, les saints germes dont je dus surtout à toi l'évolution tardive mais décisive. L'âge des passions privées fut alors teiininé pour moi : pouvait-il plus dignement finir? Je dus depuis me livrer exclusivement à l'éminente passion, qui, dès mon adolescence, a toujours voué ma vie au service fondamental de l'Humanité. Poursuivantma sublime mission, je dois constamment bénir ta salutaire influence, qui ne pourra jamais cesser de présider à mon principal perfectionnement. La prépondérance systématique de Tamoui' universel, graduellement émanée de ma philosophie, n'aurait pu sans toi me devenir assez familière, malgré l'heureuse préparation déjà lésultée de l'essor spontané de mes goûts esthétiques.

Mes intimes satisfactions ne durent dès lors provenir que d'un culte assidu des purs et nobles souvenirs que me laissa, pour toujours, notre incomparable année de vertueuse tendresse réciproque. Ce culte d'amour et de reconnaissance ne peut jamais cesser de me soulager et surtout de m'améliorer. Sous tes diverses images, toujouis tu m'y rappelleras combien, malgré la catastrophe, ma situation finale surpasse tout ce que je pouvais espé-

94 TESTAMENT D'AFCrSTE COMTE.

rer, et même rêver, avant toi. Plus se développe l'harmonie sans exemple (|ue je te dois entre ma vie privée et ma vie publique, mieux tu t'incorpores, aux yeux de mes vrais disciples, à chaque mode de mon existence. Notre parfaite identification devien(ha la meilleure récompense de tous nos services, peut être même avant que la bannière universelle vienne solennellement s'incliner sur notre commun cercueil.

Iiiuii/f <lii '20 Aoi'il }S.~)I.

Ml ! sc'l. soniino jiiaccr xi mi faUin l'i'f 1(1 iHti mortr, qiuil rasa morldlc l'dtrà mut Irarir nu- iirl sno disio !

(Keproduclion de la seconde partie du préambule du malin).

Addio, lu min linUricc ! Addio, (lolildc ! Addio. Liiria ! Addio. qurlhi rhe' mpanidixti hi min mente, Addin !

[Imaye de In tombe ehéric). La i>ierre du cercueil est ton premier autel.

Tre dolei iKmii, ete.

La soumission est la base du perfectionnement. 3" Conclusion (5 minutes).

{Couché.)

(Iimuje prineipnle du jonr). Il est indigne des grands ccrurs de répandre le trouble qu'ils ressentent.

Il faut à notre espèce, plus qu'aux autres, des devoirs pour faire des sentiments.

Les méchants ont souvent plus besoin de pitié que les bons.

L'Amour pour principe, et l'Ordre pour base ; le Progrèspour but.

Verf/iiie-mndre, Figlin del liio fif/Ho, Amem te phix qnnm me. née me niù propter te !

Vivre pour autrui. — La Famille, la Patrie, l'Humanité. — Vivre au grand jour.

PRIÈRES orOTTDTEXXES. 95

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