‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 19 sur 112 · RECONNAISSANCE, REGRETS, RÉSIGNATION · texte numérisé non relu

RECONNAISSANCE, REGRETS, RÉSIGNATION

Paris le (limanche 4 octobre I84(i.

Noble et tendre Victime,

La constanle pureté de notre affection me permet aujourd'hui de publier ce funèbre hommage sans y dissimuler aucunement l'auguste intimité propre à nos dernières semaines. Notre douloureuse destinée nous a du moins laissé toujours goùteila pleine conviction que tout loyal examen de notre conduite mutuelle augmenterait beaucoup nos droits respectifs à la cordiale vénération des âmes honnêtes. Quand rHumanité recherchera, dans une scrupuleuse appréciation de ma vie privée, ces justes garanties morales ([u'elle doit suitout exiger des vrais philosophes, l'ensemble de notre correspondance suflirait, au besoin, pour attester la sainteté continue d'un lien exceptionnel, également honoral)le à nos deux cœurs. Cette irréprochable conduite se trouve déjà récompensée

Vefî^j,

ftev.

104 TESTAMENT irAUGUSTE COMTE.

(li^iii'iiient pai- ma profonde satisTnction fie pouvoir ici pioclaineimes plus intimes sentiments avee Tentière sincérité qui dirijiea toujours la manifestation de mes pensées quelconques.

Ton admirable modestie, cédant enfin à mon affectueuse insis tance, avait francliement accepté la juste dédicace de ma seconde élaboration philosophique, commencée, l'an dernier, sous la nais santé stimulation de la noble tendresse qui, malgré la mort, continuera d'embellii- tout le reste de ma mélancolique existence. Que ta mémoire sacrée letjoive donc cet hommaj^e solennel d'une irconnaissance convenablement motivée, qui n'est plus contenue pai- tes touchants sciupules !

I. — l iir anomalie in\o|onlaire. trop aisément explicable, a beaucoup letardé le i>lein essor des dispositions profondément aiîectueuses (jue me transmit une très tendre mère, si propre, hélas ! à devenir la tienne. D'après l'ensemble de ma fatale situalion, mon cœur paraissait irrévocablement condamné à ne trouver babil uellement une dijine alimentation f|ue dans l'exercice spécial, insuliisant ([uoifiue piécieux. ((ue ma carrière philosophique olîre à l'amoui- universel. Sans notie tardive liaison, je n'eusse jamais aiipiécié assez rénerfi:i{|ue netteté (lu'iine juste application individuelle peut seule })rocurer aux piincipales affections.

Cette relation décisive de ileux couirs disposés à la plus pure harmonie avait été précédée, chez l'un et l'autre, par l'accomplissement spontané des diverses conditions indispensables à sa pleine etTicgicité. Avant notre première entrevue, j'avais entièrement recouvré, depuis plusieurs années, nneiriéprochable libellé morale, dans une crise d'autant plus définitive (|u'elle fût, de ma part, involontaire ; et même je sentais déjà la profonde insulOsance du paisible isolement qui mepaïut d'abord si piécieux. I/beureux essor siiuiillaiié de mes goûts esthétiques, surtout envers le plus alfeclueux des beaux-arts, ne pouvait qu'indiquer, sans les satis faire, les besoins exceptionnels de mon cœur. Mais ces dispositions personnelles ne m'auraient pas suffi si je n'eusse trouvé en toi une écjuivalente liberté et une pareille tendance. Longtemps avant notre contact, l'incomplète protection des lois t'avait spontanément allranchie de l'indigne lien imposé à ta vertueuse obéissance. Tu le

COXFESSJOXS AXXÎFJ.LES. lOo

li-ouvais ainsi ivplacép sons nnc piniible dépeiulancp, qni n'était puint liabituelleniPiil adimcii' [lai- une juste appréciation de Ion éminente natuic. ni mémo i>ai- la lespectiieuse sollicitiulo dm' à tes malheurs exceptionnels.

Diversement poussés et autorisés tous deux à cliei(diei- enlin une alîection complète, nos sympathies naturelles étaient donc Iditiliécs (l'avance par la liiste conformité de nos destinées domesliques. sans que mon inloitune fût d'ailleurs équivalente à la lienne. .Malj;ré sa récente origine, une intimité aussi préparée dut bientôt acquérir la consistance familière d'un ancien attachement, depuis que tu me connus assez pour oser m'écrire: Je roits ron/ir mon rcsif lie rie. Combien nous étions loin de pré\"oir alors la prochaine impuissance de cette précieuse mission !

A toi seule, ma (llotilde. j'ai dû ainsi, pendant une année sans l)areille. l'expansion tardive mais décisive des plus doux sentiments humains. Une sainte intimité, à la fois paternelle et fi-aternelle, compatible avec nos justes convenances respectives, m'a liermis de bien apprécier en toi, parmi tous les charmes personnels, cette merveilleuse combinaison de tendresse et de noblesse que peut-être aucun autre cœur ne réalisa jamais h un tel degré. C-ette excellence morale, convenablement assistée des plus hautes facul tés de l'esprit féminin, était si heui-eusement complétée par la candeur et la dignité du caractère ! La contemplation familière d'une [laii'ille perfection devait accroître, même à mon insu, mon ardeur systémati(|ue pour ce peifectionnement universel où nous placions tous deux le but général de la vie humaine, soit publique, soit privée.

deux (|ui savent que l'essor continu t\{'> instincts sympathi([m^s conslitiH' la juincipale source du \ rai bonheur, personnel ou social. ies|iecteront ici ma solennelle gratitude pour rinellal)le lelicilé(|ue In m'as d{''\dil(''e. et (|ui (le\ait exercer une réaction durable sur mon amélioration morale. Suivant la tendance ordinaire des inclinations bien placées, ta salutaire inllm-nce m'a spontajiément rendu pins alTectueux en\('rs mes amis, el [dus indulgent pour mes ennemis, ])his doux axcc mes inférieui-s, et mieux snbordonni'' à im-s su[térieurs. L(n'n (ramnijji- inon énergie antéiieiire, elle t'ii a beaucoup augmenté lellicacile : à la vigueur persévérante

lOfi TESTAMENT D'AlT.rSTE COMTE.

que j'avais assez exercée, j'ai su dès lors joiiulie une patiente modéiation qui m'était troppeu l'amilière.Jetedoisainsi, en grande partie, d'avoir supporté, sans aucun vain murmure, une infâme persécution, qui jadis m'eût poussé peut-être à une ardente explosion, inopportune quoique légitime.

Une sollicitude trop empirique a fait craindre ([ue cet éveil inespéré de ma vie privée n'entravât ma vie puhli(|iie. Ton extrême délicatesse était surtout préoccupée d'une telle opposition, qui. malgré mes fréquentes explications, t'inspira de si touchantes inquiétudes, jusque dans la dernière de tes inappréciables lettres, (^est pourtant sous cet aspect que je te suis, au fond, le plus redevable; car. j'ai pu enfin, grâce à toi, réaliser, en un temps d'anarchie morale, cette pleine harmonie entre l'existence privée et l'existence publique, si indispensable à la fois au bonheur et à la dignité des Ames d'élite. .lus(|M'aiors. en effet, ma mission sociale m'avait seule fait supportci' la piofonde amertume de ma situation domestique. Sous ton impulsion spontanée, j'ai, au con traire, senti avec délices, que. par une tardive réciprocité, ma vie privée tendrait désoiinais à mieux développer ma vie publique.

Toute ma philosophie m'axait déjà disposé à cette grande réaction, en faisant dignement ressortit- la juste pi-épondéiance des affections domestiques dans l'ensemble an véritable essor moial. Nul n'a mieux apprécié que moi le principal danger des utopies actuelles, qui, rétrogradant vers le type antique par une folle ardeur de pi-ogrès, s'accordent à prescrire au cœur humain de s'élever, sans aucune transition, de sa personnalité primitive à une bienveillance directement universelle, dès lors dégénérée en une vague et stérile philanthropie, tioi» souvent perturbatrice, liectifiant ces aberrations métaphysif|ues. la nouvelle philosophie place surtout la supériorité fondamentale de la morale moderne dans sa juste préoceui)ation de la vie privée comme source indispensable de l'éducation sympathique. Quand ce caractère du posi tivisme t'auiait été mieux connu, il eût bientôt dissipé les alarmes de ta consciencieuse affection sui' un piétendu conflit de ma tendresse personnelle avec ma destination sociale.

Mais cette convergence spontanée des deux impulsions devait

surtout distiuguer la seconde moitié de ma carrière philosophique, où je (lois désormais m'adresser au cœur encore plus qu'à l'esprit, par la nature même du dernier elîort fondamental qu'exige l'ensemble de ma mission. J'ose ainsi assurer que, indépendamment de toute inclination piivée, jamais dédicace ne fut mieux méritée que celle-ci, puisqu'elle repose sur une participation réelle et puissante, quoique indirecte et involontaire.

En un temps où l'orgueil intellectuel constitue, au fond, le principal obstacle à une vraie régénération, nous fûmes tous deux assez heureusement organisés pour remettre l'esprit à sa juste place, en le ramenant envers le conir à cette sage subordination qui constitue la base nécessaire d'une harmonie réelle et durable, individuelle ou collective. L'unité personnelle suppose l'ascendant du seul genre de dispositions qui puisse rallier tous les autres, et la solidarité sociale exige la prépondérance systématique de l'unique impulsion propre à faire converger toutes les individualités. Par elle-même, la suprématie du cœur ne tend point à étoulîer le juste essor de l'esprit, mais à lui procurer une indispensable destination : au contraire, depuis la tin du moyen âge, le règne exceptionnel de l'esprit a trop souvent altéré l'essor moral, pour satis faire une curiosité stérile, en développant une insociable vanité. C'est pourquoi le premier régime constitue seul l'état normal de notre économie, personnelle ou sociale, l'autre ne convenant qu'à la transition révolutionnaire, dont il forme le principal caractère. Telle est la conclusion nécessaire de la saine philosophie, quand sa marche naturelle l'élève enfin jusqu'au vrai point de vue social, essentiellement inaccessible à tous mes prédécesseurs.

.Mon ouvrage fondamental a surtout consisté à établir ce grand principe, de façon à prépaicr sa juste application continue, en const i t uanll'irré vocable prép(mdérance,logi(iue et scientifique, des ioncepli(Uis sociales sur tous les autres ordr-es de spéculations réelles. C'est d'après une telle base (|ue, suivant la destination essentielle de la vraie philosojtliie, le traité actuel procède diiectcnient à la sysli'inatisation finale de l(Uite l'existence humaine, l>ar la subordination nécessaiic de Tesprit envers le coMir. A l;i vérité, ma pi-incipale inchr doit s'y Ixirnei- à faire libicnient accepter à l'esprit lui-même un tel empire, dont l'avènement nor

lO.S TESTAMENT DArorSTE r,0>[TE.

mal ne peut se passer de cette latifiration voloiilaiie. >[ais pou vais-je espérer de jamais pioilniir chez les autres uue rénovation aussi dilfifile. si d'ahuid elle ne m'était pas devenue profondément l'aniiliére? (Test aiusi. uia l)it'u aiuiée. que Je devais spécialement éprouvei- la précieuse réactidii |)hilosophi(jue d'une veilueuse passion privée.

l'ai- une heureuse co'incidence. celle iiicliiialiiui décisive surfil aussitôt (|ue ma nouvelle élaboralion exiji^ea vivement un digne essor personnel des alîections tendres. Dès notre preuiière expan sion, je te signalai na'ivement la solidarité que déjà je sentais s'établir entre le cours de mes i»lus hautes pensées et celui de mes plus chers sentimenls. Ajjiés avoir noblement consacré la première moitié de ma vie publi(|ue à développer le ca>ur par l'espiil. je voyais sa seconde partie vouée surtout à éclaii-er l'espiit par le ccrur. sans les iuspirations du(iuel les grandes notions sociales ne peuvent ac(|uérii' leur vrai caractère. Mais i>ouvais je aspirer à ces nouvelles hiniièri's si je n'eusse digiuMuent subi l'énergique ascendaut du sentiment le mieux propre à dégager l'homme de sa persounalité fondameidale. en faisaut dépendre d'autrui sa jnincipale satisfaction? Combien j'ai chéii alors l'exception iiivdjoiitaiie (|iii résrrv.-iil à in;i plciiie matiiriti' l'iinifjue épreuve de ce suprême sentiment, dont un tel retard augmente l'etlicacité nnirale. quand il comijorte la sanction systématique d'une raison exercée. Si. d'abord, je déplorai l'inégalité de nos âges, ta supériorité me lassura bientôt sur une condition qui rendait notre intimité encure plus conforme à sa haute destination.

Toi seule m'as dcuic |)ermis de développer convenablement cette réaction du co'ur sur l'esprit, devenue indispensable à l'ensemble de ma mission! Sans ton doux ascendant, ma grande préparation pbilosophi(|ne. ([noi(iue secondée j»;ir mes prédilections esthétiques, ne pouvait me rendre assez familièie la vraie prépondérance systématique de l'amoui- universel, principal caractère définitif du positivisme, dont aucun autre attribut ne secondera mieux l'avènement social. A ciia(|ne phase de la nouvelle composition qu'inteirompit la fatale maladie, je me plaisais à te témoigner ma juste rectmuaissance pour l'assistance involontaire qui facilitait

COM'KSSIONS ANM'ELLKS. 109

mes iiieilleuies inspiintions ! ,Iain;iis je n'avais aussi nettement senti la piofonde réalité <lr la maxime fondamentale due à ce iinhle \'au\t'iiaijiiies. qui, seul |>aiini les penseurs du deinier sièele. parla dijinement du ed'ur. et dont la valeui- intellectuelle et morale m'oltrait avec la tienne une éclatante analofi:ie. bientôt complétée, liélas ! pai- une éj^ale piécocité de mort !

II. — Notre vei-tueuse intimité était donc, à tous égards, aussi précieuse à ma vie publique qu'à ma vie privée. Mais, quelle que soit, à ce double titre, ma légitime reconnaissance de notre court |)assé. elle ne saurait équivaloir à mes éternels regrets pour l'incomparable avenir qui s'ouvrait à nous quand je t'ai pei-due. L'indépendance personnelle que tu allais enfin conquérir, et la paifaite cimfiance mutuelle constatée par nos dernières épreuves, permettaient désormais le libre cours de nos rares sympatbies. Outre l'beureuse concordance de nos opinions, et même de nos goûts, nous étions surtout réunis par une égale tendance, encore moins commune aujourd'hui, à subordonner au cœur l'ensemble de la vie humaine. Nous nous sommes si souvent dit : on se lasse de penser, et même d'agir; jamais on ne se lasse d'aimer ! Chacun de nous leconnaissait d'ailleurs (|ue la complète amitié n'est viaiment possible que d'un sexe à l'autre, parce que là seulement elle peut être assez dégagée de toute rivalité perturbatrice.

Quoi(|ue cette entière harmonie m'ait été sitôt ravie, il me suffit de l'avoir sentie pour ne pouvoir plus me contenter d'aucune nu)indre sympathie. Ainsi moi-même j'attendrai la tombe sans avoii- jamais connu, sauf un c(Uiit instant, cette pleine identification qui convient tant à mon co'ur ! Jamais à moi ces chastes caresses, ces alïectueux regards, qui dissipent aussitôt la fatigue des longues méditations pour ne laisser sentir que le charme d'une existence agiandie et ennoblie par elles! Au début de cette lente et douloureuse agonie, (lui n'altéra nullement ta raison dans une maladie presque toujouis accompagnée de violents délires, tu caractérisais toute ma destinée intime par cette touchante exclamation d'une àme sans cesse préoccupée d'aulrui : ]'oii!< lùnircz jK/s ni une compdf/iic loiii/Icmps !

-Mais je ne puis espérer ici d'associer à mes regrets personnels

110 TESTAMENT J)'AU(".rSTE COMTE.

quelques syuipathies publiques qu'eu expliquaut suitout la perte inappréciable que l'Humanité vient de subir en loi. Hélas! il n'y a pas encore un an. je te chai-geais. au ciuitiaiie, de faire un joui' rendre à mon canii- une exacte justice. Ce pliilosopbe austère, qu'on ne croit accessible qu'aux préoccupations mentales, tu l'avais, dès l'origine, apprécié surtout comme le plus aimant des hommes à toi connus. Ton iirécusable sulîrage, dans une décision réservée essentiellement aux femmes, aurait peut-ètie assez protégé ma mémoire morale contre les haineux sophismes et les superficielles préventions qui poursuivent d'ordinaire les rénovateurs intellectuels, l^ourquoi faut-il que. malgré l'ordre naturel des âges, ce soit moi qui doive aujourd'hui révélei- ta supériorité méconnue?

Ce qui m'autorise ici à réclamer dignement l'attention publique pour ce devoir sacré, c'est que je ne voyais pas seulement en toi ma noble compagne et ma précieuse conseillère, mais aussi mon éminente collègue dans l'immense régénération réservée à notre siècle. La nouvelle philosophie, comme le prouvera ce second traité, est maintenant i)aivenue au point de demandera ton sexe, outre une intime sympathie, une active et puissante coopération, que ton cœur et ton esprit avaient également pressentie. Aucune rénovation mentale ne peut vraiment régénérer la société que lorsque la systématisation des idées conduit à celle des sentiments, seule socialement décisive, et sans laquelle la philosophie ne remplacerait jamais la religion. Si la première élaboiation, où l'esprit doit prévaloir, était naturellement réservée à mon sexe, c'est surtout au tien qu'appartient la seconde, où le cœur devra dominer. Or. toi seule encore, parmi les femmes d'élite, avais digne ment compris cette progression et ce concours, que déjà tu sentais, à ta manière, presque aussi profondément que moi-même.

Les piéjugés vulgaires sur la prétendue sécheresse du vrai positivisme se dissipèrent promptement chez toi, quand tu distinguas cette philosophie d'avec les spécialités successives qui ont dû la préparer. Tout ce que j'ai conçu jusqu'ici, tout ce que je concevrai jamais, pour développer en tous sens la grandeur de l'homme, j'étais certain de pouvoir le soumettre utilement à ta cordiale sagesse; auprès de toi seulement je ne craignais plus

CONFIASSIONS ANNUKLIJ<:S. 111

d'être jamais soup(;uiiiié (rune alïectation sentimentale contiaire à Fensemble de mon caractèie intellectuel et moral. La picifonde impression qu'une àme comme la tienne dut recevoir d'abord du catholicisme, avait heureusement préservé ton émancipation finale de toute halte sérieuse dans le vain déisme du siècle dernier : d'ailleurs ton esprit, malgré sa douce gaieté, ne pouvait se contenter d'une attitude essentiellement ciitique, qui ne convient plus qu'aux écrivains subalternes. Tout ce que l'admirable régime du moyen âge oilrit de noble ou de tendre, tu comprenais que la vraie sociabilité moderne peut et doit se l'approprier pleinement, avec la supériorité naturelle à un système dont tous les principes sont discutables et où les meilleurs sentiments ne sont plus corrompus par un irrésistible égoïsme.

Déjà tu regardais cette vaste construction comme devant oiîrir aux femmes vraiment éminentes une digne carrière, indice spontané de l'extension fondamentale prochainement réservée à la juste influence féminine. Ton esprit, assez familier avec les principales productions de ton sexe, aurait bientôt complété son indispensable préparation. Malgré ta rare modestie, j'étais d'ailleurs parvenu à te faire bien apprécier le grand avantage résulté de ta pureté exceptionnelle pour mieux utiliser le concours naturel entre le cœur et l'esprit. Déjà tu t'étais créée, dans la réorganisation morale, une première tâche littéraire, heureusement liée à tes justes plans d'indépendance personnelle. Je regrette beaucoup de ne pouvoir joindre ici aucun fragment de cette naissante Wil- Iclmliii', à laquelle avaient dès lors participé mes affectueux avis, et même mon indirecte collaboration, par la lettre philosophique que j'écrivis, à ta prière, en janvier dernier, sur la vraie théorie du mariage. La secrète oppression qui pesa sur toute ta vie ne s'est pas arrêtée devant ta tombe : le précieux manuscrit que tu m'avais ouvertement légué m'a été finalement refusé, au mépris des plus formelles promesses, et malgré les ordres spéciaux d'un noble chef de famille, dont la loyauté guerrière fut bientôt révoltée d'une telle violation, due peut être à une douloureuse rivalité littéraire.

L'esprit et le but de cette ébauche doivent cependant être indiqués ici, non seulement pour ta juste glorification, mais surtout

112 TESTAxMENT D'AnirSTK COMTE.

poiii- rpxeinple Cîiiactéristiqiie (jui en ressort spoiilaiiéinent du digne emploi actuel des talents l'éminiiis. En un siècle où tant de tètes, même fortes ou exercées, se préoccupent d'utopies anarchiques sur l'économie fondamentale de la famille humaine, il importe de noter qu'une jeune femme éminente. mûrie par le malheur, consacrait librement sa belle carrière liltéraiie à l'active défense des lois inviolables de la sociabililé élémentaire. Si ta latale histoire est un jour connue, chacun senlira (|ue personne n'eût été plus excusable (|ue toi de concevoir une élernelle amertninc conlre i'iiisliliition du mariage. Mais, comme lu l'as si bien dit dans ta touchante Lucie : Il csi ivdif/uc des (/rdiids rœurs de répdudre le iroiihle qn'ih resaetileiii. dette admirable maxime élait la devise spontanée de toute ta conduite.

N'iclinie innocente d'un sort exceptionnel, lu reconnus digne- UH'ut (|ue rindispensable généralité des règles sociales ne doit pas être jugée d'ajjrès leuis douloureuses anomalies. Malgré tes injustes soulîrances. ta haute raison appiécia bientôt les déclamalions frivoles ou sophisli(|ues ((ui. exclusivemeid attentives à (|uel ques maux incontestables mais accessoires ou fortuits, entraînent aujourd'hui à altérer radicalement la pureté et la consistance des principaux sentiments humains. Sous la seule inspiration de la belle ànie, tu destinas la Willelminr à la réfutation, décisive quoique indirecte, des dangereux paradoxes rajeunis par une élo- (|uenle contemporaine, avec laquelle ton talent n'aurait pas redouté une équitable comparaison.

Ton héroïne excentrique devait successivement traverser les principales aberrations actuelles, mais toujours préservée pai- sa pureté et son élévation naturelles, de manière à aboutira la vraie félicité domestique, sans avoir jamais succombé dans ses crises préalables. Le tableau progressif de ces diverses situations du cœur féminin, habilement analysées par une àme irréprochable, eût comporté un vif intérêt et une haute utilité. A la gloire de ton sexe, j'ai remarqué que ces sophismes antidomestiques, quoique dirigés, en ai)parence, vers son avantage spécial, y ont jus((u'ici trouvé fort i)eu d'honorables adhésions. Les femmes, jugeant surtout par le coeur, sont bientôt révoltées d'une telle anarchie morale, tandis que notre superbe esprit masculin, égaré au-

CONFESSIONS ANNrELLES. 1 13

jourd'hui sans principes dans ces ditliciles spéculations, y aboutit trop souvent à de funestes chinièies, qu'une moindre délicatesse rend alors plus graves et plus durables. Suivant ce contraste, ton noble essai tendait à dissiper ces dangereuses controverses sous la suprême intervention du vrai sentiment, naturellement réservée aux plumes féminines.

Quoique la mort ait étouffé cette sainte composition, poursuivie avec persévérance au milieu des troubles physiques, j'espère que mon imparfaite indication et mon faible témoignage suffiront ici pour inspirer quelques regrets sincères, et peut-être pour susciter d'autres tentatives. Le poids de ta douloureuse destinée doit d'ailleurs disposer d'avance à respecter des principes susceptibles de produire de telles convictions chez ceux-là même qui ont le plus souffert de leur application absolue. Si j'osais ici rapprocher mon exemple du tien, sans que nos malheurs soient assez comparables, je noterais que nous seuls aujourd'hui, dans le camp progressif, avons énergiquement justifié le mariage, malgré nos injustes douleurs personnelles. Outre le nouveau respect ainsi suggéré pour la base nécessaire de toute sociabilité, cette remarque concourrait à dissiper des préventions banales contre l'aptitude morale de l'unique philosophie qui puisse désormais olîrir des garanties systématiques à l'ordre fondamental, de plus en plus compromis par l'impuissance théologique et l'anarchie métaphysique.

Notre convergence spontanée sur de tels sujets indique assez aux juges compétents la haute etffcacité philosophique de notre heureuse association, d'ailleurs exempte de toute vaine dépendance dogmatique. Tous ceux qui prennent un intérêt sérieux à la nouvelle doctrine générale regretteront ainsi la précieuse coopération d'un esprit qui, sans jamais manquer aux moindres convenances féminines, pouvait, à sa manière, s'approprier entièrement les plus éminenles conceptions sociales. Le principe du positivisme sur l'harmonie fondamentale des deux sexes, comme destinée surtout à leur mutuel perfectionnement, avait été avidement accueilli par une àme si bien disposée à sa sage application. Puisque les qualités prépondérantes de chaque se.xe sont, en général, trop peu prononcées chez l'autre, ce n'est pas seu-

lement sous l'aspect matériel que leur union est indispensable pour constituer le véiitable élément humain.

Si, dans les œuvres individuelles, rien de grand n'est possible sans un digne concours entre le cœur et l'esprit, de même toute rénovation sociale exige l'active coopération des deux sexes. Tant que les femmes regretteront, au fond, le régime catholique et féodal, surtout d'après les immortels souvenirs d'une admirable che valeiie. la révolution moderne n'aura pas encore acquis son caractère définitif, et la rétrogradation politique continuera à sembler possible. ()i-. l'unique moyen de les associer irrévocablement à cet immense mouvement consiste à leur présenter enfin une philosophie aussi propre à satisfaire aux besoins essentiels du cœur qu'à ceux de l'esprit. Quoique le positivisme remplisse certainement cette condition fondamentale, une femme peut seule en convaincre son sexe.

Moi-même, sans doute, je dois viser finalement au cceur; mais je n'y puis atteindre qu'indirectement, par l'esprit, en faisant prévaloir les idées qui correspondent aux nobles sentiments. A toi je réservais l'office inverse, plus facile et non moins efficace, qui. par l'excitation directe des émotions sympathiques, dispose l'intelligence à l'admission presque irrésistible des doctrines vraiment générales. Chacune de ces deux grandes opérations est socialement insuffisante sans l'autre : en se bornant à la première, l'inertie des sentiments empêcherait bientôt toute active application, même privée, des principes philosophiques ; si la seconde s'accomplissait seule, les sentiments restant dépourvus de toute consistance systématique, une agitation mystique entraînerait l'homme et l'Humanité à d'éternelles fiuctuations ou à des divagations indéfinies.

Nous concevions dignement tous deux cette belle harmonie entre des fonctions solidaires mais indépendantes, aussi distinctes dans leurs moyens que dans leur principe et leur destination : l'une tendant à établir, par la voie scientifique, d'activés convictions masculines ; l'autre à développer, par la voie esthétique, de profonds sentiments féminins. Deux offices pareillement indispensables ne comportaient d'ailleurs aucune préséance, et leur succession nécessaire ne saurait susciter aucun débat sérieux depuis

CONFESSIONS ANNUELLES. Ii:i

qu'ils peuvent et doivent se fortifier mutuellement. Notre vertueuse intimité eût seulement embelli et facilité un concours sansexem pie, de manière à manifestei- spontanément la tendance caracté ristique de la vraie philosophie à concilier enfin les exigences, encore opposées, de l'espiit et du C(jeur.

IIL — Telle fut la sainte union (jui m'autorise aujourd'hui à associer hautement un public d'élite à mon éternelle alïection privée : car la mort seule a brisé ce noble plan, dont les princi pales conditions se trouvaient déjà remplies, et auquel nos âges promettaient une suffisante réalisation. Ah ! si ma raison pouvait jamais rétrograder jusqu'à cet état théologique qui ne convient qu'à l'enfance de l'Humanité, cette catastrophe suffirait pour me faire rejeter avec indignation l'optimisme providentiel (|ui prétend consoler nos misères en nous prescrivant la stupide admiration des plus affreux désordres. Toi, victime toujours innocente, qui presque jamais ne connus de la vie que ses plus intimes douleurs, tu es frappée au moment où commençait enfin ton digne bonheur personnel, étroitement lié à une haute mission sociale ! Et moimême, quoique moins pur, méritais je. après tant d'injustes souffrances, d'être ainsi frustré de la tardive félicité réservée à une existence solitaire, constamment vouée, dès le début, au service fondamental de l'Humanité? Ce double désastre privé ne constitue-t-il pas d'ailleurs une perte publique, de manière à exclure toute idée de compensation ?

Mais la saine philosophie, en écartant sans retour des croyances chimériques et dérisoires, autant nuisibles désormais qu'elles furent d'abord utiles, interdit aussi les récriminations correspondantes. Elle n'exige point que, par de dangereux S(tphismes. on méconnaisse l'extrême imperfection de l'ordie léel. Seule néan moins elle inspire une vraie résignation, consistant à subir avec '•ourage les maux inaccessibles à l'intervention humaine, en réagissant le plus possible contre les fatalités extérieures par le perfectionnement intérieur. xMon malheur ne comporte ni consolation ni diversion, et je n'en dois chercher aucunes. Comme le dit Yauvenargues. en déplorant aussi une perte prématurée: (Jiii s'est, consolé n'aime plus ; mais qui n'aime plus est Icijer el

lU; TKSTAMKXT h'Al'C.I'STK COMTK.

iin/nii. Loin (le l'iMiblier. je dois iirelïoicer de te supposer vivante, pour coiiliiuier à nous JdentKiei- de plus en plus. Notre incomparable année de vertueuse tendiesse réciproque m'a laissé beaucou]) (le purs et nobles souvenirs, forlifiés pai- une correspondance caracLéristique. Je les ranimerai davantage, comme je le fais depuis si.\ mois, par un culte continu, à la l'ois (luotidien, hebdoniadaiie. et bientôt annuel. O trésor d'alîections constitue la principale ressource de ma vie intime.

Si. malgré mes elîorts, toutes les images sont encore dominées pai- i'iiuagf^ finale, ce douloureux tableau me rappelle aussi les témoignages extrêmes de ta sainte tendresse. A moi seul s'adressèrent tes dei-nières paroles, en l'unique présence de ma noble domestique, cette incompaiable Sophie, que ta grande àme se plaisait à traitei- en so'ur, et dont l'actif dévouement à tes longues soulîrances méritera toujours notre intime reconnaissance. Pourrais-je oublier jamais cette prescription suprême, solennellement répétée cinq fois, quand tu cessais déjà de voir et d'entendre, mais non d'aimer et de penser, quelques minutes avant d'expirer : Comte, sonrints-toi que jr aovffve sans l'aroir mériîé .'...

(^ette auguste recommandation, résumé trop fidèle de ta vie entière, régleia ma plus intime existence. Elle consacre notre inaltérable solidaiité. prescjue également exclusive des deux parts : dans l'ordre privé, chacun de nous était tout pour l'autre. La mort ne reproduit pas mon isolement antérieur, car rien ne peut plus me priver ni me dégager de ma seule union véritable. Plus qu'aucun autre régime, le positivisme tend à développer le culte de tous les souvenirs, personnels et sociaux, en les systématisant mieux et davantage : je dois donc nous appliquer d'abord cette piécieuse propriété de la nouvelle philosophie. Combien d'âmes tendres se soutinrent longtemps par cette mélancolique alimentation, sans avoir autant de ressources pour l'instituer dignement?

Notre union étant surtout destinée à perfectionner nos cœurs, un tel but peut encore offrir beaucoup de charme, même quand le commerce moral n'est plus actif que d'un seul côté. La vraie connaissance de la nature humaine, individuelle ou collective, prescrit, en général, l'indissolubilité des liens intimes. Mais, par une extension plus délicate, les mêmes motifs fondamentaux

imposent aussi la loi universelle du veuvage. Ce devoir- moral, toujours honoré et recommandé, devient, chez les deux sexes, une grande source d'amélior-ations profondes et de nohles satisfactions. Si la vie entière suffit à peine pour que deux êtres puissent se bien connaîtr-e et s'aimer dignement, si donc la parfaite constance peut seule permettre l'intime développement des affections humaines, pourquoi la mort interromprait-elle cette continuité d'appréciation? Quand survient la fatale viduité. l'obligation n'estelle pas toujours également décisive, soit que l'intimité ait duré pendant quelques mois ou quelques années? Ou plutôt, ne doit on pas s'efforcer davantage de prolonger ce qui a le moins duré? Tout oubli résulte alors d'un frivole égoïsme qui, faute d'une douce persévérance, per-d aussitôt le fruit principal des germes antérieurs. A plus forte raison, l'inconstance des affections tend-elle à dégr-ader profondément celui qui. privé d'une éminente tendresse, accepte quelque intimité vulgaire, suivant l'éner^gique réprobation pr-oclamée par Calderon (1).

Six mois d'intimes méditations sur la plus douloureuse crise de ma vie privée ont ainsi confirmé pleinement les solennelles pr-omesses qui adoucirent tes derniers jours. Le soin continu de ruon principal perfectionnement fortifiera sans cesse ce devoir sacré. C'est pourquoi, chaque jour, devant ton autel domestique, je te répète, avec une conviction croissante, que ta mort même consolide à jamais le lien fondé sur mon affection, mon estime et mon respect.

L'âge des passions privées vient donc en moi de finir dignement par notr-e ir-r-évocable identification. Je dois désormais me livrer exclusivement à la noble passion publique qui, dès ma première jeunesse, voua l'ensemble de ma vie à la grande régénération. C'est là surtout que les pr-écieux ger;mes développés sous ton ascendant trouveront, malgré la mort, une haute destination. Quoique pr-ivé de ton active coopération, rien ne me ravira du

(1) Es liombie vil. es infâme,

El que, solamenle atento A lo bruto del deseo, VienUo perdidu lo rnan.

Se contenia con lo menas.

moins ton assistance passive. Pendant notre sainte année, ta douce impulsion a concouru, beaucoup i)lus que tu n'as pu le croire, à mes meilleures inspirations philosophiques. Depuis six mois, ta précieuse influence n'a pas cessé de faciliter les nouveaux progrès accomplis au milieu des larmes. Sagement cultivée, elle continuera, je le sens, d'épurer et d'animer mes principales conceptions. Elle consolide et ennoblit, d'ailleurs, tous les goûts esthétiques qui nous étaient communs, et dont l'essor familier, outre son importance piopic, peut seul neulialiser aujouid'hui l'oppressive sécheresse des habitudes sci(Miti(i(|ues.

Directement consacré désormais à la reconstiiiction sociale fondée sur ma rénovation philosophi(|ue. j'y retirerai une utilité plus étendue et plus immédiate du tardif complément d'éducation morale que je dois à toi seule. En tout ce qui concerne la vraie condition des femmes et leur participation croissante au mouvement universel, j'éprouverai déplus en plus le besoin de confirmer et d'améliorer mon appréciation systématique par un vif souvenir de notie parfaite concordance sur le sujet où les concep tions d'un sexe peuvent le moins se passer de la libre sanction de l'autre. Ton éminente pénétration avait déjà saisi la tendance naturelle du positivisme à développer, par une systématisation à la fois privée et publique, le culte habituel de la femme, que le moyen âge put seulement ébaucher. Laissant désormais un libre cours à ce bel ordre de pensées et de sentiments, j'y serai sans cesse encouragé par l'intime attrait d'une digne application individuelle, dont la sincérité et la maturité ne seront pas contestables.

En achevant une dédicace aussi méritée, je sens déjà la haute efficacité toujours propre à notre éternelle union. Le doux accomplissement d'un tel devoir me ramène sans elîort à la grande composition interrompue par notre catastrophe; en même temps, l'heureuse réaction morale ainsi obtenue va, j'espère, me rendre toutes mes forces antérieures. L'exposition, surtout solennelle, procure aux sentiments, au moins autant qu'aux pensées, à la fois plus de précision et de consistance. Cette considération excusera peut-être, auprès des juges compétents, la nature et l'extension inusitées de cet hommage exceptionnel. Tous les penseurs qui

CONFESSIONS ANNUELLES. Ili)

savent apprécier la réaction mentale des affections sympathiques respecteront le temps employé à retracer et à ranimer des émo lions pures. Mais j'adresse surtout cette naïve expansion aux esprits les mieux disposés à subir l'impulsion du cœur, soit parmi les femmes, le peuple, ou la jeunesse.

Adieu, mon immuable compagne ! Adieu, ma sainte Clotilde. toi qui me tenais lieu à la fois d'épouse, de sœur, et de fille ! Adieu, mon élève chérie et ma digne collègue ! Ton angélique inspiration dominera tout le reste de ma vie. tant publique que privée, pour présider encore à mon inépuisable perfectionnement, en épurant mes sentiments, agrandissant mes pensées, et ennoblissant ma conduite. Puisse cette solennelle assimilation à l'ensemble de mon existence révéler dignement ta supériorité méconnue! Ton salutaire ascendant ne peut plus être apprécié qu'en me disposant toujours à mieux remplir ma grande mission. Comme principale récompense personnelle des nobles travaux qui me restent à accomplir sous ta puissante invocation, j'obtiendrai peut-être que ton nom devienne enfin inséparable du mien dans les plus lointains souvenirs de l'Humanité reconnaissante.

La pierre du cercueil est ton premier autel !

(Élis.\ Mercoeur).

Donna, sr tnnto gronde e tanlo vali, Che quai vuol (jnizia c a te non rieovre, Sua (lisinnzn ruoi volar senz'oli.

La tua henu/nità non pur soccorrc A chi dimanda, ma moite fia te Liberamente al dimandar precorre.

In te mvtericordia, in te pie ta te.

In te macjnificenza. in te x'aduna (hiantunqne in creatum è di hontute!

(Dante).

Auguste Co.mte.

M \ ÏIKIISIKMI-: SVIM K-ClJlTILDi:.

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