NOTRE IDENTIFICATION FINALE
(il. KSr F.NCOuiî iM.rs noix d'aimer oie n'i"; i u e aimé !)
Paiis, le Diiiiaiiclic ..•:) Juin 1848.
NoBLK i:t tk.ndui: kpoise,
Dételles émotions publiques melaisseiont-elleslalorced'accomplir enfin l'honimaj^e annuel que mon devoii- philosophique m'a cette fois obligé (rajoninei?. . . Kn terminant .leudi ma grande tâche actuelle, par uiu' digne annonce de la chèi-e dédicace où j'ai célébié ta sahitaiie influence, je complais consacrei- ce piemier Dimanche disponible à t"indi((uer la situation finale de mon cœur, et à te témoigner la douce gratitude due à tes nouveaux bienfaits. Pouvais-je prévoir que. dans ce court intervalle, j'assisteiais passivement à l'incompaiable lutte où nos frères et nos fils tombent, par centaines, et peut-être par milliers, pour que leur énergique dévouement hâte l'avènement nécessaire du Culte définitif de l'Humanité ? Que je regrette maintenant d'avoir ainsi laissé passer notre sainte journée ! Mais alors je ne devais pas interrompre une composition fondamentale, qui devient de plus en plus urgente pour indiquer la véritable issue de cette terrible anarchie. Toi, dont l'admirable sollicitude craignit toujours de troubler ma vie publique, je savais que tu excuserais avec joie un retard ainsi motivé. Ayant rempli le devoir social auquel j'ai dû subordonner cette chère obligation privée, je ne puis ajourner davantage notre épanchement sacré. Faute de l'accomplir au jour prescrit, faudra-t-il laisser écouler, sans une telle célébration annuelle, le mois solennel d'où datent à la fois notre union et ton culte? Pourtant j'entends encore, par intervalle, les sinistres détonations qui
hier ne cessaient jamais : j'ignore même, en ce moment, l'issue immédiate de ce sanglant conflit, où la vraie science me montre l'indice et la source de nouveaux orages; une inflexible discipline, peut-être salutaire, me retient dans notre maison, et m'y sépare de tous mes amis, en ne laissant qu'à notre Sophie une liberté fort restreinte ; ce spectacle de mort ou d'inertie me dispose à habiter ma salle la plus solitaire, celle qui attira d'abord ta mélancolique prédilection. Là.jepourraimieux accomplir mon hommage conjugal, si des bruits aiîreux ne viennent pas rompre ce morne silence que je dois aujourd'hui souhaiter au centre de l'activité et de l'expansion. Tous ces troubles me ramènent d'ailleurs à toi, digne prêtresse de l'Humanité, qui éprouverais ici tant d'activés sympathies, trop intimespeut-être pour ta frêle organisation. Incohérent et incomplet, mon épanchement sera trop au-dessous de toi : mais tu excuseras ses lacunes et ses imperfections, d'après l'imminence de la situation publique. Puisses-tu savoir gré à mon cœur de s'être ainsi réfugié auprès de toi, dont le charme inépuisable constitue sa principale ressource contre toutes ses tribulations !
Dans ma dernière effusion, je ne pouvais encore t'expliquer le mode final de notre sainte union. L'année du deuil venait définir, et mon cœur sentait commencer une nouvelle existence, mais sans qu'elle put être assez caractérisée. Un an d'épreuves m'en a maintenant manifesté la vraie nature, et je recueille enfin les meilleurs fruits de mon éternel veuvage.
J'ai dû comparer d'abord ma situation à celle que vint briser notre catastrophe, et alors je ne pouvais sentir que mon malheur. Toujours privé des plus douces émotions humaines, je commençais, quoique bien tard, à t'en devoir la perspective inespérée. Diversement victimes de destinées exceptionnelles, nous louchions à une incomparable félicité mutuelle, quand il fallut nous séparer. Pouvais-je alors éviter le doulouieux contraste de mon fatal isolement avec le bonheur pur et complet que tu préparais à ma maturité pour compenser ma triste jeunesse ?...
Mais, quoique naturelle, cette comparaison ne devait point être définitive. La situation où tu me laissais ne pouvait finalement s'apprécier d'après celle qui s'ouvrait à nous au moment de
la sépar-ation. Il fallait enfin la compaier à l'état de mon cœur avant notre première entrevue. Quand la douleur ne m'a plus interdit ce rapprochement normal, alors j'ai commencé à sentir combien, malgré la catastrophe, je te devrai toujours de bonheur comme d'amélioration. Remontant ainsi de deu.K ans, sans oublier l'ineiïable perspective que nous allions réaliser, mes souvenii-s comparent sintoiit ma situation déllnitive à la triste destinée qui. jusqu'à loi, domina toute ma vie privée. Il y a quatre ans, je me croyais encore frustré à jamais des plus pures satisfactions, et maintenant mon cœur te doit une source inépuisable d'émotions aussi douces que salutaires, au-dessus de toute atteinte. Leur puissante réaction publique a d'abord concouru beaucoup à développer le vrai caractère final de ma philosophie. Mais déjà je sens aussi leur intime efficacité privée, qui anime et charme tous mes instants. Une épreuve personnelle et familière me fait ainsi api)iécier la profonde vérité de ma délinition finale du bonheur liiiniaiii. tant privé ([ue public, consistant surtout à vivre pour auli'ui, en tiaitanl la i)ersonnalité comme notre principale infirmité, qu'une heureuse discipline peut beaucoup atténuer. Je goûte de plus en plus la douceur et le mérite d'une parfaite constance, non moins indispensable à la félicité qu'au perfectionnement.
Le culte quotidien, que je te vouai il y a trois ans, et que ta mort vint sitôt développer, me soulage et m'améliore davantage, à mesure que j'y introduis de nouvelles pratiques ou que j'en étends mieux chaque partie. Je doublerai ma sainte visite hebdomadaire dès ({ue nui position matérielle me permettra d'y consacrer le jour où tu m'attendais comme celui où je te recevais.
Ce culte chéri nous a déjà identifiés assez pour me faire spontanément écarter le vœu, trop peu digne de nous, que m'inspira la première célébration posthume de notre éternelle union. Je n'ai plus maintenant besoin de souhaiter des rêves impurs, et je me félicite de n'avoir pu, malgré ma vaine attente scientifique, en réaliser la systématisation. Ce n'est pas dans une léthargie nocturne que je te sens auprès de moi. Désormais ta charmante image m'accompagne partout, sous ses diverses formes
journalières, mais toujours avec l'angéiique pureté qui ne cesse jamais de caractériser notre union. Avant de commencer le second demi-siècle qui vient de s'ouvrir à moi, j'avais donc, grâce à toi, renoncé aux émotions charnelles, sans être moins sensible aux douces impressions. J'ai atteint, quoique tard, ce suprême perfectionnement moral, où tant d'hommes, même éminents. ne parvinrent jamais, l'essor continu de l'amour universel, en écartant la g-rossière impulsion que notre imparfaite nature, surtout masculine, rendit indispensable à son élan initial. L'expérience a maintenant assez duré pour que ce triomphe soit irrévocable, du moins sous ta protection permanente. Depuis qu'il est enfin réalisé, il commence à n'exiger aucun effort habituel, et je n'en sens guère que la constante douceur. Le plus noble succès de l'art humain consiste à transformer ainsi des instincts brutaux en stimulants nécessaires des plus éminentes affections, qui, d'ordinaire, n'ont pas assez d'énergie naturelle. Ce sublime empire sur soi-même constitue la dernière acquisition de chacun : mais c'est aussi la plus précieuse, et la mieux développable. Sans toi. je ne pouvais jamais l'apprécier assez.
Ton culte m'a donc permis de bien goûter la satisfaction des purs sacrifices et le charme direct des sympathies universelles, même envers nos persécuteurs. A ta sainte invocation je dois l'heureuse démarche publique dont je me félicite de plus en plus, à l'égard de mon principal ennemi. Quoiqu'il n'y ait pas dignement répondu, son insuffisance morale ne diminue point la douceur de ma spontanéité. Outre le noble lustre qu'en reçoit déjà notre chère philosophie, j'en retire personnellement la satisfaction directe et inaltérable de substituer une disposition bienveillante à un sentiment d'irritation.
J'en ai d'ailleurs trouvé aussi une récompense indirecte, et pourtant naturelle, qui m'a moins sui-pris i|ue cliai-mé. dans la réconciliation imprévue qui s'en est suivie avec ma famille. Si mes embarras matériels sont dissipés à temps, je pourrai ainsi, grâce à toi, aller enfin embrasser mon vieux père. Bientôt peut-être, sans cesser de t'invoquer, je pleurerai au loin sur la tombe de ma tendre mère, qui eût tant sympathisé avec toi. Puisse cette satisfaction si désirée compenser alors la suspension de nos entrevues
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hebdomadaires. Quand même le retoui- d'aiïectioii serait d'abord, chez ma sœur, plus alîecté que réel, ma sincérité finira, je le sens, par déterminer la sienne, d'après le charme irrésistible des bons sentiments. Puisqu'elle aima jadis. (juoi(iue sans retour, la nature féminine ne saiiiait être assez comprimée en elle pour que ma constante fraternité ne la ramène point à nos anciennes sympathies, malji^ré leur lonjj^ue altération, (|u'elle doit, comme moi, sentir le besoin d'oublier et de réparer. Toi, qui me montras si bien l'idéale perfection de ton sexe, tu m'appris aussi à apprécier ses qualités fondamentales, jusque chez les moindres types.
l^ors(|ue la mort a écarté toute concurrence, les femmes doivent le mieux juger une nature comme la tienne. Aussi toutes celles que je crois disposées à goûter ma naïve expansion, reçoiventelles maintenant notre confidence conjugale, dont aucun mystère ne doit dissimuler l'exceptionnelle pureté. Je soumettiai môme à cette épreuve la dame que je te leprésentai comme ayant, à son insu, déposé au début de mon adolescence, les germes d'amour que toi seule devais développer après une si longue inertie involontaire. Depuis le jour de sa noce, qui précéda de deux ans ta naissance, je ne l'ai point encore revue ; et pourtant, du pays iialai. elle se lapjielle s|>ontanément à moi. et témoigne le désir de me voii-. en annonçant à ma sirur (|u'elle est devenue grand'mère. Si elle n'apprécie pas dignement notre union, elle ne méritait pas mes naïves prédilections initiales. Une femme ne saurait toucher mon conir quand la simple exposition de notre destinée ne la décide point à te chérir.
Je dois tenir d'autant plus à ce moyen d'appréciation, qu'une expérience journalière m'en confirme spontanément l'efficacité, chez notre excellente Sophie, plutôt ma compagne que ma domestique. Ta grande àme comprit assez la sienne pour oser la traiter en sd'iii-. et elle t'en conserve la pirre tendi-esse. Si toi seule m'appris à connaître toute la valeur de ton sexe, elle était bien digne de confirmer et de développer une telle révélation. Oubliant ses propies sollicitudes, même maternelles, son admirable dévoue ment est toujours préoccupé sans affectation des soins qu'elle croit me devoir. Je te remercie de m'avoir assez appris à placer au-dessus de tout les vraies qualités du cœur pour me faire sou-
vent sentir combien je suis moralement inférieur à cette éminente prolétaire dépourvue de toute culture. Quoique je ne puisse égaler toujours sa naïve spontanéité, son exemple involontaire me dispose du moins à mieux réagir sur mes infirmités morales. Son cœur comprend sans peine le mien, surtout quand il s'agit de toi. Peut-être le second fruit de son digne mariage va-t-il être de votre sexe. En ce cas, elle a pensé, en même temps que moi, à lui donner ton doux nom. Je n'ai point hésité à m'oiîrir alors à l'estimable couple pour remplir, envers cette nouvelle Clotilde, la paternité volontaire que tu partageas avec moi à l'égard de ton neveu, et qui semble désormais annulée par les indignités de son père, sauf sa propre impulsion ultérieure : si l'événement conlirme ce prochain espoir, qu'il me serait doux d'élever auprès de moi cette image spéciale de la félicité que tu projetais pour lous trois ! En te supposant associée à moi dans ce nouvel office, je ne ferai certainement que me conformer à ton vœu spontané. Peutêtre la calomnie noircira-t-elle cette paternité factice, supplément précieux quoique insuffisant de mes lacunes domestiques. Mais je suis trop pur pour ne pas braver ces atteintes, qui retomberaient finalement sur leurs auteurs. Notre lien me fournit contre elles de sûrs garants, à mesure que se manifestera sa réaction fondamentale sur ma vie publique.
Ton nom ne tardera pas à devenir vraiment inséparable du mien, dans la reconnaissance croissante des cœurs et des esprits d'élite. Sans attendre ma solennelle dédicace, ma prochaine publication annoncera déjà combien te doit l'essor moral du positivisme. Chacun sentira que je n'aurais pu, avant toi, y faire systématiquement prévaloir le point de vue social qui est propre aux femmes. Le culte final de l'Humanité s'y montrera profondément caractérisé par le culte, à la fois public et privé, du sexe aimant, qui constitue la meilleure personnification du vrai Grand-Etre, et la source naturelle du pouvoir modérateur, ainsi érigé en base nécessaire de la régénération. Malgré l'intime réalité de ces principes salutaires, mon cœur, ranimé. enfin par toi, n'a pas moins participé que mon esprit à leur découverte.
Ce que tous mes amis reconnaissent pleinement, notre noble auditoire, prolétaire et féminin, l'a déjà compris aussi, l'an der-
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nier. L'ensemble du public occidental va maintenant le sentir, en voyant tout ce discours fondamental caractérisé par la prépondérance directe du sentiment dominant à la fois la raison et l'activité. Qui pou irait y méconnaître ton admirable impulsion ?
.le me félicite d'avoii- osé y faire déjà une allusion indirecte à notre commun.iuté de cercueil, que je réclamerai comme ma principale récompense, à la fin du grand ouvrage ainsi préparé. Peutêtre serai-je assez heureux pour voir commencer par toi le double culte que nous réserve le véritable Ètre-Suprème, dont je proclame l'avènement systématique. On rend plus volontiers justice aux nutrts qu'aux vivants, et une femme surtout suscite moins d'ombrage. Quelques inspirations spontanées de nos jeunes disciples nie permettraient d'espérer que la vierge positiviste sera bientôt honorée dignement, quand j'aurai pu te faire assez apprécier. Si je voyais un jour ta sainte image leprésenter l'Humanité sur le pavillon occidental !...
D'après la merveilleuse accélération qu'éprouvent aujourd'hui tous les mouvements sociaux parvenus à une vraie maturité, surtout systématique, cette noble et douce utopie n'est pas incompa tible avec la durée qui me reste encore. Ta célébration serait assulée, si quehiue femme d'élite pouvait aujourd'hui écarter assez toute vraie rivalité pour caractériser dignement ton aptitude mentale et morale à constituer le meilleur tyjje féminin. Les besoins essentiels du nouveau culte m'ont fait cliercher avec candeur, dans l'ensemble du passé, une vraie personnification de la femme. Mais ma conscience sacerdotale m'a toujours ramené à toi. Je n'ai pu trouver ailleurs cette pleine harmonie entre le cœur et l'esprit que tu prêtas à ta touchante Lucie.
Méconnue par une famille indigne de t(ti. tu ignoras toi-même, ma Clotilde, combien ton intelligence était éminente. Ces mots' profonds, qui t'échappaient naïvement dans notre incomparable correspondance, et dont mon Discours ose citer quelques-uns. apprendront aux vrais juges que la grâce et la sagacité ne caractérisèrent pas seules ton noble esprit. Tu connus mieux le mérite réel de ton co-ur, et pourtant un reste d'infiuence métaphysique t'empêchait d'apprécier assez la spontanéité de ta bienveillance,
sur-tout ton infatigable et active indulgence, même envers tes oppresseurs quelconques.
Quelle autre femme célèbre olfi-icait ce mélange admirable d'abandon et de dignité, cette parfaite pureté exempte de toute sécheresse? Mais, tant que je pioclameiai seul ton excellence, on expliquera par l'amour une appréciation émanée surtout de la justice, et oîi notre union n'intervient que comme m'ayant permis de te mieux connaître. J'espère pourtant que les cœurs tendres et les esprits délicats sentiront le profond mérite intellectuel et moral de ton unique publication esthétique. Reproduite comme complément de ma chère dédicace, après la composition exceptionnelle qui commença la nouvelle phase du positivisme, et suivie de ta suave cnnzonc, elle manifestera, sans doute, l'intime justesse de mes éloges. Le rapprochement involontaire de cet heureux préambule avec l'ouvrage capital qu'il inaugurera pourra déterminerune sérieuse appréciation de la part spontanée que t'attribue ma consciencieuse gratitude dans ma systématisation flnale.
Néanmoins, c'est à une plume féminine qu'appartient définitivement ton apothéose. Celle là seule n'y sera suspecte ni de prévention ni de condescendance. Ton sexe doit d'ailleurs rester finalement le meilleur juge du véi-itable type de la Femme. Sans me dissimuler le besoin et la difiiculté de cette sanction, j'espère pourtant que toute rivalité s'elîacera devant ta douce prééminence. Ces luttes puériles et dégradantes ne me semblent point inséparables du caractère féminin. Elles ne l'altèrent que faute d'un digne essor de la vie publique, propre à contenir toute vaine cou. currence privée. Quand les femmes auront bien senti la destination fondamentale que leur assigne le positivisme, elles s'o(-cuperont d'y élever l'ensemble de leur sexe. Alors elles éprouveront le besoin d'écarter toutes leurs rivalités personnelles pour inaugurer la meilleure manifestation de leur vraie nature.
Ma prochaine publication me semble devoir hâter beaucoup cette juste consécration. L'association d'élite dont je suis le centre systématique s'y est déjà préparée par sa solennelle synn)alhie pour ma noble douleur dans le premier anniversaire de notre fatale séparation. Cependant, j'ai dû écarter les inspirations généreuses, mais prématurées, qui déjà voulaient attirer ces cœurs
prolétaires ou sacerdotaux au culte direct de la vierge positiviste. Il faut attendre que cette tendance y surgisse spontanément, sans la hâter par aucune provocation systématique. Mais mon discours fondamental pourra les rapprocher beaucoup d'une telle disposition. Déjà ton nom va être hautement invoqué devant ceu.x d'entre eux qui célébreront prochainement, au moins par leur silencieuse assistance, le premier mariage positiviste. L'un de nos dignes fils s'unira bientôt à une naïve catholique. Ces deux prolétaires s'accordent à réclamer ma sanction sacerdotale. En remplissant cette douce fonction privée, qui commencera l'inauguration du nouveau culte, pourrais-je n'y pas invoquer ton saint nom. pour mentionner ta touchante consécration sj)ontanée d'un admirable talent à la défense fondamentale du vrai lien conjugal ?
D'après ces divers indices, j'ai lieu d'espérer que le positivisme honorera ta mémoire, comme la meilleure personnification du type féminin, dans la seconde fête piincipale du culte de l'Humanité. Puissé-je avancer assez la régénération occidentale pour être assuré de cette récompense sans égale, avant d'aller à jamais réunir nos corps autant que le seront bientôt nos renommées !
Quoique cette rapide expansion se ressente beaucoup du trouble public, je me félicite maintenant d'avoir persisté à l'accomplir aujourd'hui. Elle m'a fait oublier, pendant quelques heures, les cruelles émotions qui m'entourent.
Malgré son imperfection spéciale, cet épanchement tendra, comme toujours, à mon intime amélioration, aussi bien qu'à ma consolation actuelle.
Je te dois ainsi d'avoir trouvé quelques pures satisfactions au milieu d'une horrible crise. Les bruits meurtriers des deux dernières journées, trop fréquents encore ce matin, semblent avoir enfin disparu. Parmi les sonsmilitaires, jecroisentendredéjàquelques signes du retour à l'état normal de la métropole humaine. I^e double carnage a peut-être cessé, au moins jusqu'au prochain conflit, qu'il rendra d'ailleurs plus terrible, si les prolétaires enrégimentés n'y sentent point où se trouve leur vrai camp.
Cet accomplissement d'une douce obligation, dont je regrettais l'ajournement forcé, me permettra de ne pas laisser finir ton mois
CONFESSIONS ANNUELLES. la.)
sacré sans aller te relire ce nouvel lioinnia<ie Cdnjiij^al. IMiissc un tel complément n'être point tioul)lé par les lugubres explosions qni viennent de tant dépasser la douloureuse impression que j'éprouvai, quatre mois auparavant, sur ta sainte tombe î Amour et respect éternels.
AlMilSTE CoMït:.
/'. .S'. — (Du Mardi. '27 Juin). En revoyant aujourd'hui cette elîusion exceptionnelle, je m'explique comment j'ai pu l'accomplir, sans exposer mon cceur à aucune vicieuse apathie envers les immenses destinées qui étaient alors si ^navement compromises. Cela tient, ma sainte Clotilde. à l'admirable unité dont tu fus la source spontanée entre ma vie privée et ma vie publique. Leur harmonie est maintenant si complète que je ne saurais m'occuper de mon bonheur intime sans travailler aussi à mon perfectionnement moral. J'ai ensuite systématisé pour les autres la connexitéqui m'était étrangère avant toi. et elle se trouve devenue l'une des bases essentielles du positivisme. Puisqu'il repose directement sur l'amour universel, tout ce qui développe et fortifie en nous les aiîections tendres concourt donc au grand but de la synthèse humaine, la prépondérance de la sociabilité sur la personnalité. Cet ascendant tinal ne peut être réalisé que d'après une progression morale qui commence nécessairement aux sympathies les plus spéciales, seules capables de surmonter d'abord l'égoisme fondamental. Ton culte me fait sentir sans cesse l'efficacité d'une telle éducation du cœur. IMus je t'adore, ma Clotilde. mieux j'avance, à tous égards, l'onivre inépuisable de mon perrectionm^ment continu. Loin de m'attiédir envers l'Humanité, lu me la rends encore plus chère, depuis que je vois en toi son image. En siMis inverse, tous mes efforts pour m'améliorer augmentent mon affection conjugale, dont je sens davantage le prix. 11 n'y a jtas jusqu'à mes récents progrès en sobriété et en chasteté (|ui ne réagissent sur mon saint amour, en rendant mon imagination jilus nette, et ma tendresse plus délicate. Tout se lient dans l'existence tinale. dont tu as. à l(Ui insu, tant conciuiiu à développer en moi le type anticipé.
MA CIMJIIÈMK S.VLMK-CLOTILDE