TON INCOMPARABLE PATRONAGE
(Jiiella ché tiiparadisa la min mente Ofini liasso pensier dul cor ni'aviihc.
^Copie améliorée^
Ctimiiiencée le 9 Saiiit-P;iul fj'i,
conliiuiéc le surlciulf'niaiii, et complétée le Lundi 12 : pour être lue. sur
la sainte tombe. le Mercredi suivant.
Paris, le 9 Saint Paul 64.
(Vendredi 98 mai 1852).
Noble et tendre Patronne,
A mesure que je développe ton saint culte, chaque effusion annuelle se lie mieux à la précédente, parce que nous approchons davantage de l'identité sacrée que la postérité rendra familière entre nous. En achevant notre dernier entretien, je pressentis le caractère, et même le titre de celui-ci, dont le début me fait entrevoir déjà la physionomie du suivant. Cette connexité croissante résulte spécialement de la transformation finale qui distinf^^uera toujours ma septième Saiiitr-dotilflc.
Obtenant alors une publicité décisive, ton ascendant subjectif dut tendre aussitôt vers le mode normal qui convient à nos destinées respectives. Sans cesser d'être ma sainte compagne, tu devins surtout mon auguste patronne, en fournissant le meilleur type que puisse jamais comporter irotre institution sacrée des véritables anges gardiens, dont ton culte assidu m'offrit à la fois la source et le modèle. Aucune autre pro\ icience féminine ne saurait, en effet, admettre autant de plénitude (|ue la tienne. Car. notre sort exceptionnel te conduit à l'intime fusion des trois types généraux du patronage angélique. Déjà ma compagne et ma lil|e,
dès lors lu fus aussi la mère propre à ma seconde vie, d'après laquelle je serai principalement apprécié.
La prépondérance d'un tel attribut ramène mon adoration à l'état normal du culte intime, où l'ange maternel doit présider, afin que la vénération y domine l'attachement. Je sens de plus en plus que cette seconde mère ne me laissera d'ailleurs négliger jamais la première, dont tu seras toujours la seule fille véritable. C'est à ton cullc que je dus le letour du sien ; et votre saint con cours continuera d'augmenter, en me rendant sans cesse meilleur. La vie subjective, si méconnue aujoui-d'hui, développe spontanément ces alliances sacrées, qui d'abord semblent contradictoires.
Mais cette seconde existence objective, spécialement vouée au Grand-Ètre, ne m'olTre un précieux privilège que d'après l'anarchie qui l'interdit à presque tous mes contemporains. Car, dans l'ordre légulier, chacun doit, vers l'âge de la pleine maturité, obtenir une vie nouvelle, en résultat naturel d'une complète préparation (lu cœur, de l'esprit, et du caractère. Une telle transformation, si fréquente chez nos pieux et chevaleresques ancêtres, ne devient exceptionnelle aujourd'hui f|ue par l'avortement tropordi naire de l'initiatien privée et publique en un temps de désordie intellectuel et moral. Quoique j'aie mieux employé ma première vie, la seconde n'aurait point acquis sa i)lénitude actuelle, si je n'avais pas subi dignement ton incomparable ascendant.
Depuis que ton patronage final me devient assez familier, il me dispose à revenir sur notre court passé objectif, pour m'y repré- .senter comment nous aurions vécu sans la fatale catastrophe. Je sens ainsi que notre union objective aurait, au fond, peu dilîéré du lien subjectif (jui seul a pu se développer entre nous.
Tu te souviens, en effet, que mon adoration s'épurant de plus en plus sous ta salutaire réserve, je projetai finalement une adoption légale qui t'aurait bientôt permis de prendre ouvertement, sinon mon nom, du moins ma maison. Quand ma retraite philosophique publiera notre sainte correspondance, ce touchant mystère se trouvera pleinement révélé aux âmes d'élite, d'après la dernière de mes lettres. 11 est vrai que, en te proposant une telle union, j'ignorais encore combien ta tendresse était réellement conforme à la mienne. Tu ne l'avais alors avoué qu'à notre Sophie, qui
même ne me l'expliqua qu'après ta propre eiîusion. accomplie seulement dans la fatale semaine. Mais, j'ose maintenant assurer que cette inappréciable conformité n'aurait aucunement altéié ma résolution définitive de te chérir au simple titre de fille.
Une telle union convenait seule à nos fatalités exceptionnelles. Quoique nos situations respectives nous procurassent moralement une pleine liberté, notre pureté croissante devait persister par sagesse, quand la délicatesse cessait ainsi de nous la prescrire. Pour qu'elle ne nous devînt jamais pénible, il suffisait, dans nos tristes situations, de nous représenter la naissance d'un être sans nom. Ta nature et mon expérience nous auraient également conduits à renoncer irrévocablement aux satisfactions charnelles, lorsque chacun de nous se serait senti certain de l'aifection qu'elles sont surtout destinées à constater et cimenter.
Mon ardente organisation ne m'a point empêché d'instituer récemment le mariage chaste, pour régler dignement la procréation humaine, comme je te l'expliquerai ci-dessous. Je sens maintenant qu'elle m'en aurait permis l'application personnelle, d'après les graves motifs qui nous l'imposaient. C'est là que tendait, au fond, mon projet spontané de pateinité légale. D'après la similitude naturelle de toutes les affections sympathiques, notre éternelle renonciation aux liens sensuels dissipait la seule distinction que laissaient réellement nos âges entre l'épouse et la fille. L'amertume ordinaire d'une telle contrainte disparaissait entièrement sous la certitude mutuelle qu'elle provenait d'un simple devoir de situation, sans aucune insuffisance d'affection. Ainsi, la prépondérance définitive de la vénération me fait mieux sentir aujourd'hui quel caractère habituel aurait pris notre union objective, si sa durée nous eût été permise. Les mêmes dispositions qui te font désormais adorer sul)jectivement comme mère, t'auraient alors fait chérir objectivement comme fille;car, la pleine chaslclé conjugale comporte également ces deux modes.
Je pressentais cette appréciation finale de notre sainte inliniité, quand, quelques semaines après la catastrophe, j'anniMiçais dignement la perte d'une fille d'adopfion. Ton naïf épanchement à Sophie sur notre bonheur à iroLs indiquai! une équivalente lendance> Vos deux attachements sont, en effet, devenus essentielle-
nient semblables, romme chacun d'eux se rapproche de celui qui me lie à ma sainte mère objective. En renonçant aux nœuds corporels, il ne reste là d'autres dilîérences que celles qui résultent naturellement de la diversité d'éducaticm et de carrière. Tu le serais donc trouvée légalement, ainsi que tu l'étais déjà moralement, la vraie sœur de celle que tous mes amis traitent maintenant comme ma fille adoptive.
Combien m'est douce à sentir cette sainte uniformité qui caractérise finalement mes principales afTections privées ! Elle consolide et développe l'unité totale de mon existence, en liant mieux mes svmpathies intimes à mes sentiments publics. Par là. ma vie objective se lapproche davantage de la vie subjective que me réserve la postérité reconnaissante. Malgré mon isolement philosophique, j'eus le bonheur d'obtenir trois admirables affections féminines, ainsi disposées à se confondre essentiellement. T.,es justes hommages d'un public d'élite ratifieront bientôt cette fusion spontanée, où ton image prévaudra toujours, sans affaiblir aucunement les deux autres.
Après t'avoii- ainsi indi(jué les nouvelles émotions ([ue m'inspire le plein avènement de notre union normale, je dois maintenant procéder à l'exposition habituelle de mes principales vicissitudes depuis notre dernier entretien annuel.
Dans le mois même où il s'accomplit, je sentis profondément l'amélioration de ton saint culte d'après ta transformation finale de compagne en patronne. Car, c'est vraiment à titre de mère que désormais je t'invoquerai de plus en plus, à mesure que se développera la seconde vie dont toi seule es la source et l'àme. Le contraste des âges s'efface ici sous la supériorité morale, comme le pressentit Dante quand il suivit en fils sa céleste conductrice. Plus je poursuis ma sainte carrière, mieux je sens combien ton cœur l'emporte sur le mien, et combien une telle prééminence est préférable à toute autre. Mon culte intime n'offre dès lors rien d'exceptionnel, sauf la substitution nécessaire d'une mère subjective à la mère objective que l'ensemble de nos destinées priva de présidera mon principal essor moral. Ta tendre déférence envers elle diminue d'ailleurs cette unique anomalie. Dans votre angélique harmonie, Lucie honorera toujours en Rosalie la première
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source des germes affectifs dont je te dus le développement. Vers la fin de ce mois chéri, la publication décisive du volume sacré vint déjà consolider cet état final de mon culte intime, en procurant une sanction sociale à ton ascendant privé.
dette réaction naturelle se manifesta dignement dès le début du mois suivant, où ma sainte dédicace m'attira tant de touchantes félicitations des deux sexes. L'adhésion publique à cette invocation sans exemple fut même plus décisive et plus unanime que je ne te l'avais prédit. Quelques langues impures tentèrent seules une attaque indirecte, qui ne leur valut que de l'indignation. Ton nom acquit dès lors une consécration vraiment historique, destinée à grandir avec la religion universelle. Cette irrévocable connexité fortifia secrètement, au milieu de ce mois, ma digne réponse à la noble lettre qui compléta la grande communication américaine dont je venais de l'annoncer le début décisif. J'ai su depuis que cette sommaire exposition du culte positif était autant goûtée déjà qu'on 'e peut chez, les occidentaux les plus dépourvus de la culture morale propre au moyen âge. D'après leur liberté plus étendue, c'est là peut-être que tu recevras d'abord des hommages vraiment publics. Ce mois de nobles espérances fut heureusement terminé par la nouvelle perspective d'un \érilable successeur. Un jeune disciple, qui combine assez les trois grandes conditions cérébrales, m'olîrit alors, d'après une épreuve aussi décisive qu'imprévue, la compensation possible de l'avortementque je venais de t'expliquer. Sa seule lacune essentielle concerne la préparation encyclopédique, dont il paraît enfin apprécier l'importance, et qu'il peut encore accomplir, si la persévérance ne lui manque jamais. Mon espoir s'est ensuite consolidé d'après un aiitie disciple du uiéme âge, mieux pourvu d'initiation scientifique, avec une organisation guère moins éminente. Je ne dois pas craindre qut» tous deux avortent comme le jeune ami dont riiisuliisant rai-actèie nculialise profondément ses belles qualités de C(inii- et d'esinit.
Le mois suivant s'est heureusement ouvert par la manifestation inattendue de noti-e précieuse église lyonnaise. Dans une lettie décisive, un éiniiit'nl pi-oliMaiic iii\()(|ua directement, sous (on saint patronage, mon ofiice consullatif pour un infime besoin moral. L'admirablecorrespondance résultée d'un tel début me révéla
bientôt l'importance décisive de ce nonve;iu foyer, dont je connus ensuite le noble cbef. Mieux accessibles que les Parisiens à l'influence féminine, et moins altérés par les contlits politiques, ces prolétaires apprécient davantaj;e le caractère religieux du positivisme. La nouvelle doctrine universelle s'y propag-e surtout à ce titre, qui condense nécessairement tous ses autres attributs. Sa puissance pratique se vérifia pleinement pendant ce même mois, quand le dif,nie chef lyonnais l'appliqua pour empêcher le déplorable suicide que je dus d'abord croire accompli par l'éminent adepte qu'égarèrent un moment des scrupules vicieux. Je dus alois me féliciter d'avoir, longtemps avant, formulé la réprobation normale du positivisme envers une telle insociahilité. Le (Irand Etre conserve ainsi l'un des meilleurs organes de notre prochain essor méridional, si toutefois la faiblesse corporelle n'annule point la supériorité cérébrale.
Septembre conmienga, non moins heureusement, par l'apparition inattendue de ta première adoratrice. L'admirable compagne de mon meilleui- disciple hollandais m'olîrait. depuis deux ans, une digne aitpréciation de ta sainte mémoire. .Mais ses sentiments n'étaient pas distinctement foimulés. ni surtout écrits; et je pouvais même y soupçonner l'influence conjugale, assistée de mon ascendant personnel. Ta nouvelle appréciatrice m'olfrit seule un premier lésultat spontané de l'impulsion noimale due à mon apostolat hebdomadaire, et bientôt complétée par ma dédicace caractéristique. Cette admiration avouée, dont la pureté ne m'est plus douteuse, m'annonce d'autant mieux de nombreuses adhésions féminines, qu'elle émane d'une dame mûre, assez peu iemar(|uable. même de co'ur, pour n'avoir pas adopté d'emblée la loi du veuvage positiviste. Une jeune appréciatrice, plus éminente quoique moins avancée, me présente, en elfet, la réalisation naissante de ce juste espoir. Le milieu de Septembre fut profondément signalé par un progrès capital de la religion positive, dignement émané d'une noble occasion privée. Alors la consultation lyonnaise me conduisit à l'institution générale du mariage chaste. Destinée d'abord au cas exceptionnel de l'admiiable cnnu, elle put aussitôt passeï- dans ma prédication systtMnatique. pour régiei enfin la procréation humaine, qu'aucune religion n'avait abordée.
malgré les empiiiques remontrances des médecins. En t'annnnrant ce pas décisif , je suis heureux d'y comparer notre tendance exceptionnelle vers une telle union, que nous prescrivaient des motifs moraux non moins puissants que les motifs physiques du noble lyonnais. La fin de ce même mois m'offrit un autre intérêt religieux, quand un éminent disciple me fit un touchant appel pour récompenser dignement la sainte providence matérielle que venait de lui proposer sa vénérable hfMesse. (]e doux office envers l'excellente veuve tendit d'ailleurs à fortifier spécialement mon récent espoir d'une noble succession chez le jeune cœur capable d'une telle inspiration. Si la naïve flamande apprécie assez ma lettre sacerdotale pour témoigner sa résolution de la léguer à ses descendants, une pareille rémunération m'inspire, d'une autre manière, autant de satisfaction personnelle.
Le début d'Octobre fut non moins remarquable par l'heureuse visite de l'émineut (iénois dont je t'avais annoncé l'adhésion décisive. Mais je pus ainsi confirmer et expliquer le défaut d'énergie qui le rend impropre au précieux office que je lui réservai d'abord comme chef du positivisme italien. Outre les souvenirs personnels, sa courte présence me rappellera toujours le banquet occidental qui la termina, quand ma table solitaire vint préluder exceptionnellement aux fraternisations rénovatrices. Quelques jours après, ce digne adepte ne quittait la métropole positiviste qu'eu sorlanl de l'admirable clôture, où, pendant cinq heures, je résumai mon troisième cours religieux, finalement condensé dans une proclamation décisive. Cette séance caractéristique consolida la puissante adhésion du noble artiste qui, avant la fin de ce même mois, vint m'otîrir de reproduire doublement mon image. En t'annonçant cette généreuse proposition au milieu de son accomplissement, je puis me féliciter de la sanction spéciale que ce type exceptionnel procure inopinément à l'ensemljle de noire théorie esthétique.
Pendant ce même mois, la religion posili\i' reçut une louchante extension privée, quand un jeune couple vint, après trois ans d'expérience conjugale, me demander spontanément de resserrer .son lien par un solennel engagement au veuvage. Taudis que les cœurs grossiers et les esprits superficiels persistaient à proclamer
impraticable une telle loi. elle recevait spécialement la plus irrécusable confirmation.
Otfe sainte tendance lut heureusement complétée, le mois suivant, par- le choix spontané d'une digne marraine pour l'aimable rejeton féminin que de tels époux voulaient incorporer au positivisme. Notre incomparable Sophie s'honora d'accueillir leur double vœu, qui l'associa noblement au théoricien distingué dont j'avais, l'année précédente, consacré le mariage. La fratei-nité positiviste se trouva bientôt complétée dans ce cas mémoiable. en donnant ton saint nom à ce jeune type de l'avenir féminin. Pouvais-je espéier que des Cd'Uis étiangeis sanctionneraient aussi promptement ton culte? Ces douces émotions secondèrent beaucoup la reprise immédiate de la grande composition interrompue par mon cours. .\ peine recommencée, l'élaboration religieuse subit dignement une nouvelle secousse, d'après la consommation imprévue de ma spoliation finale, que les haines polytechniques semblaient ajourner d'un an. Dans notre sincère expansion, je puis aujourd'hui m'honorer d'avoir paisiblement poursuivi ma construction philosophique au milieu de cette iniquité complémentaire. Elle ne m'inspiia directement qu'une nouvelle abnégaliiin. <'ii prolongeant ma lenoncialion antérieuie à tous les profits liltéiaires jusqu'à la pleine gratuité de mon double olfice envers notre Hcntc Ociideiilalr. Le travail sacré ne fut alois interrompu que d'après l'admirable lettre que cette catastrophe m'attira du noble chef de l'école dégénérée.
Ma digne réponse à cette compensation inattendue marqua l'ouverture du mois final. Dès le lendemain, une mémorable crise politique me fouinit à la fois une diversion forcée et une application décisive. .\ peine avait-^elle manifesté son vrai caractère, que je construisais noblement, au milieu du découragement universel, et malgré les clameurs de presque tous mes disciples, la théorie de la dictature, que la plupart ont maintenant adoptée. On put alors apprécier spécialement la fermeté d'après laquelle j'avais, au début de cette année, irrévocablement séparé le parti positiviste d'avec tous les purs révolutionnaires. Car, cette attitude nornrale, assez proclanrée déjà, lui épargnait la désastreuse inconséquence qui l'eiit associé à leui- honteuse défaite. Les dissidences qui sur-
j^iieut ainsi dans iiotie naissante association tendirent même à la purger bientôt des membres les moins i-ég-énérés. Parmi ces épurations spontanées, je me lëlicite aujourd'hui décompter l'irrévocable retraite de l'écrivain distinji,ué que j'avais jusqu'alors traité comme mon principal collègue, quoicjue toute sa valeur soit due à un travail scrupuleux, sans aucune supériorité cérébrale. Cette épreuve décisive vint dévoiler en lui un défaut radical d'énergie, et même de vraie dignité, que je n'avais pu soupçonner. Je fus ainsi forcé de renoncer aussitôt à la haute destination politique dont je me plaisais à l'honorer depuis trois ans. Sa déplorable désertion ne suscita pourtant aucune crainte sérieuse de schisme positiviste. Avant la (in de ce mois décisif, elle n'avait nui réellement qu'à lui seul, en le montrant incapable de participer au nouvel essor que chacun commençait à sentir pour notre doctrine d'après la situation dictatoriale. La dernière semaine de cette mémorable année annonça spécialement ce noble avenir, par la double célébration religieuse que les deux mois précédents avaient assez préparée. Cette réunion exceptionnelle de deux sacrements sociaux me permit de satisfaire la touchante tendresse du jeune couple sans encourir la frivole critique provoquée par l'union antérieure. Un tel antécédent conduira désormais à mieux célébrer l'extension spéciale de la loi du veuvage aux mariages déjà consommés, qui doivent faire davantage sentir aux cœurs d'élite l'insuifisance de tous leurs liens actuels. Ce dernier mois me procura d'ailleurs une profonde satisfaction, d'après l'alîectueuse visite de l'éminent disciple méridional que je t'annonçai, l'an passé, comme ton premier appréciateur spontané, pleinement développé depuis ma dédicace et ta composition. Admis ainsi, pendant sept semaines, à mon intimité personnelle, ce jeune apôtre réalisa complètement les hautes espérances que ses lettres m'avaient suggérées sur son cœur et son esprit. Quoique son caractère ne soit pas à leur double niveau, son heureuse situation matérielle lui permettra, j'espère, d'utiliser assez sa noble nature. Son admirable résolution pour réparer spontanément la détresse d'un digne émule fournira bientôt un type décisif de la fraternité liositiviste. également i)ro(itable à ces deux éminents disciples. Au début de la nouvelle année, ma réception solennelle de notre
glande famille appli(iua directement la récente épienve pratique, pour faire mieux ressortir rinsuilisancede toute régénération restée purement intellectuelle. Celui dont la mémorable préface venait de proclamer l'etlicacité de la philosophie positive contre le découragement et l'emportement, s'était aussitôt montré plus découragé et plus emporté qu'aucun autre. Substituant toujours l'esprit au cœur, sa routine révolutionnaire attribuait à la philosophie ce qui n'appartient qu'à la religion. Une telle chute vérifiait nettement combien la vie réelle dépend davantage de nos sentiments que de nos convictions, et même combien celles-ci chancellent au moindre choc, quand ceux-là ne les soutiennent point. Mais cette recommandation fréquente envers la culture morale ne comporte une suffisante efficacité que sous une digne influence féminine, qui manque encore à presque tous mes disciples. Si l'éminente compagne de mon noble Hollandais peut enfin instituer un vrai salon positiviste, cette grave lacune sera mieux appréciée et même plus réparable, sans (|ue rien dispense des liens privés. Faute de ce double appui féminin, notre association tend vers une prochaine dissolution, que peut seul y prévenir un meilleur essor de la fraternité mutuelle et de la commune vénération. A ce début caractéristique, dut immédiatement succéder la circulaire décisive où j'établis ouvertement ma situation finale, ([ui ne me laisse con tre la misère d'autre abri permanent qu'une souscription jusqu'alors incomplète. Quand cette explication nécessaire fut noblement accomplie, je repris aussitôt le cours paisible de ma sainte construction, que l'urgence dictatoriale avait utilement suspendue. La fin de ce mois initial m'oltrit une satisfaction aussi piécieuse qu'imprévue, d'après radmiral)le justice que me rendit publiquement un digne adversaire américain, dont le touchant enthousiasme signale mieux la froideur personnelle de mon principal vulgarisateur.
Sous cette heureuse impulsion. Février s'ouvrit par la démarche exceptionnelle qui me semble toujours opportune, quoique ses résultats directs soient encore incertains, quand j'appelai noblement mes généreux antagonistes à concourir au subside réparateur. Le précieux disciple qui venait de te vouer sa naissance positiviste m'offrit ensuite une application nouvelle de notre reli-
gion envers les plus intimes doulenis. Accourant aux deinieis instants de sa digne nièie, il pul d'aboid obtenii' d'elle une admirable conversion, (jui m'inspira la sainte lettre où je conférais à l'héro'ique victime notre dernier sacrementobjectif, parl'entremise motivée d'un tel fils. Ouoique des convenances domestiques en aient interdit la lecture opportune, il la garde précieusement comme un monument décisif de l'aptitude du positivisme à consoler et à juger. Les compensations subjectives qu'il tire déjà de notre culte intime acbèvent de prouver l'etiicacité privée de la nouvelle religion, auparavant éprouvée envers tous les autres liens de famille. Ce mois finit par une dernière interruption normale de mon traité statique pour mon manifeste décisif à mon civique patron sui' l'attitude du positivisme dans la situation dictatoriale. La publicité de cette pièce indique aujourd'hui l'avènement systématique d'un nouveau pouvoir spiritnel, tenant enfin un digne langage à tous les pouvoirs temporels. Ton saint ascendant s'y marque noblement comme la source secrète de l'évolution sacerdotale du positivisme, voué désormais à l'ordre encore plus qu'au progrès.
Ayant ainsi proclamé ma résolution irrévocable de subsister désormais d'après les seules cotisations de mes libres adhérents, je repris, le mois suivant, avec une pleine confiance, ma grande élaboration. Je me sentis alors appelé, pour la première fois, à travailler habituellement sans aucune diversion obligatoire. Ma vie corporelle étant noblement confiée au patronage occidental, je me concentrai spontanément dans ma vie cérébrale, directement vouée PU service fondamental de l'Humanité. Ayant alors réglé sagement ma tache hebdomadaire, exempte à la fois de précipitation et de fatigue, je prévis la prochaine terminaison de ce volume décisif. Sa publication immédiate fut assurée, au delà de mes espérances, d'après la scrupuleuse réalisation de l'admirable garantie qui protégea le tome initial. Ce dévouement imprévu de mon jeune patron détermina bientôt l'honorable imprimeur à m'olfrii' spontanément ses services pour le nouveau volume, sans exiger aucun des engagements spéciaux qui m'avaient été dignement proposés. En elîet. l'opération typogia[»lii(iue ciunmença dès la lin de ce mois, quoique mon travail ne fût point achevé.
192 TESTAMENT JjALT.L'STE COMTE,
Pendant (jifelle s'accomplissait rapidement, je célébrai saintement notre tatal anniversaire par la seciète elîusion ((ni me força desnspendre nn moment ma profonde élaboiatioii. Il me (it niienx sentit- combien je devais m'attachei- à perfeclionnei- sans cesse une construction à laquelle tu te trouves désoi mais associée irrévocablement. C'est autant à ta digne glorification qu'à la mienne que vont maintenant concourir tous les elîorts propres à mes dix deinières années de pleine vigueur cérébrale.
A cela près. Avril ne m'olfrit d'autres événements ([ue le début d'une mémorable appréciation anglaise, (|iii se [)ouisuit avec une rare persévérance, el l'admirable réponse où mon lovai antagonisteaméricain accueillit diredemeid ma démarclie exceptionnelle. De consciencieux adversaires m'ayant élevé publiquement au niveau d'Aiistote et de Bacon, et même déclaré supéiieur intiinsèquement à tous les philosophes anciens et modernes, je pus alors te dire sans présomption : Arisiow et saint Puni sont par toi combinés ! La tin de ce mois fit heureusement coïncider ta douce renaissance annuelle et la terminaison de mon nouveau volume.
Sa préface venait de promettre, avant f'élaboration du tome suivant, un prochain travail épisodi(|ue. où la i)ro[»agande positiviste puiserait une systématisation décisive, d'après une heureuse condensation, que je n'avais pas sitôt espérée.
Mai s'ouvrit au milieu d'une grave perturbation physique, par ma digne solution de la piincipale difUcullé propre à cet opuscule exceptionnel. J'y sentis admirablement la réaction fondamentale du cœur sur l'esprit, en te choisissant pour la sainte catéchumène. J^es sympathies ((u'excite déjà ce doux projet me garantissent l'elli cacité de son exécution normale, dont j'ai fixé le début à l'issue de ta fête positiviste. J'espère devoir, l'an prochain, t'exposer les précieux résultats de cette collaboration directe, ouvertement instituée entre nous pour le cas le plus opportun. Sa seule annonce vient probablement de suggérer à notre éminent artiste, la touchante inspiration qu'il me soumit le jour même de l'apparition du tome nouveau. Convertissant un simple portrait en un vrai tableau, il t'y représente aniuuint subjectivement ma construction religieuse. L'assistance de mes deux autres anges achève de sanc-
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tifier cette admirable symbolisation. qui caractérisera notre culte en ébauchant notre art. Ainsi commence le régime normal, où chaque type masculin sera toujours glorifié sous l'adjonction de tous ses vrais auxiliaires féminins. On ne peut mieux indiquer combien l'intime fusion des deux natures constitue seule le véritable élément Iniinain. Ces douces émotions ont été, pendant ce mois, doublement consolidées par des touchants appels qui témoignèrent à la fois l'extension du culte positiviste et sa tendance vers ta sainte adoration. Ton angélique patronage permettra bientôt nos plus intimes pratiques aux dignes prolétaires qu'une fatalité trop explicable prive même de tous les véritables types domestiques. Loin de m'inspirer aucun ombrage, les sincères adorations qu'ils vont secrètement t'adresser me feront mieux apprécier ton incomparable nature et pressentir davantage ton culte occidental. En même temps, un nouveau disciple vient de solliciter noblement la communication de l'effusion sacrée que je t'adresse chaque jour, pour guider celle qu'il destine à la sainte compagne dont il institua, sur mon simple avis, l'adoration posthume. Depuis que j'ai satisfait à sa naïve demande, ma prière quotidienne me devient plus précieuse, d'après cette heureuse aptitude envers d'autres douleurs. La réalisation graduelle de mes principales prévisions, même privées, m'annonce donc l'immense vénération que l'Occident vouera bientôt à notre double mémoire. Pendant le cours de notre entretien actuel, une demande spontanée est venue confirmer spécialement cette inappréciable perspective. Le jeune époux et père que je t'ai diversement signalé a voulu contracter envers toi des liens plus directs, en vouant à ta sainte tombe une visite périodique, que je suis heureux d'autoriser, comme début elîectif de ton universelle adoration. Pouvais-je espérer une aussi digne clôture du mois final de cette nouvelle exposition annuelle ? Je ne dois pas la terminer sans t'y signaler le récent bonheur de notre Sophie d'après le retour définitif du second fils dont elle se priva librement pendant quatre ans pour me servir mieux. Outre la satisfaction que j'éprouve à contempler habituellement sa juste félicité, peut-être cet enfant d'une digne fille adoptive méritera-til personnellement mon patronage continu. Puisse t-il m'oiïrir à la fois un doux surcroît d'alîections domestiques, un sincère adora-
\U\ TKSTAMKNT D'AI'CrSTK COMTK.
teuitîe ta inéinuire, et un vi;u scivitcm- du (liaud-Klie duut tu fais irrévocablement pailie.
Quoiqu'aecomplie sous une indisposition passagèie, eette nouvelle exi)ansion me lait vivement sentir le précieux accroissement annuel de notie sainte identification. pres(iue autant publique désormais que privée. Depuis le volume sacré, les âmes d'élite sanctionnent de plus en plus, et même partagent, à divers degrés, ma tendie vénération. Kn accueillant ma récente adjonction de ta noble A7/.S7/ Mrrca'iir à notre calendrier occidental, mes disciples sentirent (jiriin (cl honiu'ur ne te manquait que d'après la récente incorporation à ma propre gloire. Ainsi se prépare spontanément la solennelle demande ((ue je t'annon(;ai, il y a trois ans, comme devant terminer dignement ma grande construction religieuse. Ce Vd'ii décisif est déjà devenu tellement ojtportun quej'aipu laconlier librement à mes meilleurs tlisciples. sans leur susciter d'autre surprise (|ue la sincère admiration due à la toucbante réclamation d'une semblable récompense. De paieils suffrages se multiplieront beaucoup }ten(lant les deux années qui me séparent encore de cette manifestation finale. Son efficacité sera peut-être assurée avant que tu m'accueilles dans l'éternel cercueil.... Le tableau qui s'ébauche maintenant deviendra bientôt l'annonce, muette mais expressive, de cette union définitive de nos corps, noblement accordée à l'haimonie de nos âmes par l'irrésistible gratitude de l'Occident régénéré.
Sous la douce réaction immédiate de l'elîusion que j'achève, tous mes offices publics recevront bientôt une salutaire stimulation, et peut-être quelques inspirations heureuses. Rien ne pou vait mieux préparer mon àme à la prochaine ouverture de mon ([uatrième cours religieux, auquel la nouvelle situation républicaine promet un ascendant plus profond. Après cette inauguration décisive du vrai sacerdoce, je commencerai l'opuscule exceptionnel où ton concours plus spécial doit davantage utiliser mes émotions actuelles. Même en abordant ensuite le troisième volume de mon principal traité, j'achèverai cette année d'élite en sentant mieux l'approche de notre irrévocable identité, à la fois garantie et hâtée par mon active persévérance philosophique. Le nouveau pas eiicvclopédiciue accompli dans le tome qui vient de surgir dominera
CONFESSIONS ANNUELLES. lOo
de plus en plus tout le reste de ma construction religieuse. En plaçant la morale au sommet de la hiérarchie théorique, ainsi mieux uni à la hiérarchie piatique, je consolide la condensation du positivisme, tant abstrait que concret, dans notre maxime fondamentale : virrc pour autnn. Un tel résumé rappellera bientùl aux dignes lecteurs de ta Lticic combien ton cœur le devança spontanément pai- ce touchant aperçu : Quels plaisirs peuvnil l'emporter sur ceux du déconement ? Cette sainte conformité me fait davantage apprécier, soit en père objectif ou en fils subjectif notre intime devise :
Amour et respect éternels !
Auguste COMTE.
Professeur de philosophie positive, 10. rue Moiisieur-le-Princu.
O amanza del primo amore, o diva
Non è l'affezion mia tanto profonda Clie basti à renderroi grazia per grazia.