‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 28 sur 112 · NOTRE ETAT FINAL · texte numérisé non relu

NOTRE ETAT FINAL

i\on l' l'uffezion mia tanto profonda

Che hnsti à render roi grazia per grazia.

(Copie améliorée).

(^oiiimcncéc le 2 (luUenihorg (iô,

contiiMH'c le Iciidciiiaiii, et «omplélée le siirlondemaiii, pour ètrf» luo, sur

la sainte tombe, le Mercredi 31 Août.

Paris, le 2 Gultoinberfî 65

(Dimanclu! 14 Août 1853).

NOBLK KT ÏK.NDRK PATUONNK,

Ma ((uatiièine célébratidii de ta sainte tète se trouva retardée de trois semaines par la teiininaison nécessaire du discours décisif où commeiK^a dignement la divulgation de ton éternel ascendant. Cinq ans après, un besoin analogue vient de m'imposer un délai d'environ trois mois, atîn de ne point interrompre l'élaboration, exceptionnellement continue, du précieux volume que j'achevai Dimanche en l'invoquant comme au début. Je me trouve ainsi conduit à faire coïncider cette tardive effusion avec la meilleure fête de l'ancien culte, où les cœurs tendres anticipèrent spontanément sur l'adoration du Grand Être, et que j'ai consacrée pour la prochaine glorification delà t'emme. D'ailleurs, ce retard me procure aujourd'hui, comme dans les deux années précédentes, la satisfaction de lier notre solennel entretien à la publication d'un nouveau volume de mon principal traité. J'espère compléter, l'an prochain, cette sainte coïncidence, en terminant ma construction religieuse au moment de commencer notre dixième effusion. La célébration actuelle offre plus de solennité qu'aucune autre,

parce qu'elle s'accomplit au temps marqué par notre religion pour le jugement détinitif de cha([ue mémoire, sept ans api-ès la séparation objective. J'ai maintenant acquis l'autorité sacerdotale qu'exigeait une telle décision, qui. quoique relative à mes meil leures affections, ne laissera point soupçonner mon équité. Trois années seulement s'étaient écoulées depuis la catastrophe, et déjà j'osai, dans notre saint entretien, prononcer ton irrévocable incorporation au fîrand Etre. Deux ans après, la publication de ma dédicace me permit de recueillir l'adhésion spontanée des âmes d'élite <à ce jugement anticipé, (l'est pourquoi je ne crains point maintenant de ratifier avec maturité, comme (îrand-Prètre de l'Humanité, la décision précoce que m'inspira l'atïection privée. II conviendra peut-être de systématiser cette marche spontanée en proclamant toujours, après trois ans, un jugement provisoire, revu fmalement au bout des sept années. Une telle décomposition du sacrement subjectif permettrait au sacerdoce de fonder sa décision définitive sur le contrôle public exercé pendant quatre ans envers l'acte préparatoire.

Irrévocablement incorporée à l'Humanité, tu m'en olîres désormais, aux yeux de tous comme dans l'intimité, la meilleure personnification. Ce jugement définitif sera solennellement promulgué, l'an prochain, par l'invocation exceptionnelle qui terminera dignement ma construction religieuse. Mais là se borne mon efficacité, tant que le culte positif n'est point organisé publiquement. Aurai-je jamais l'incomparable satisfaction de présider à ton tiansport solennel dans la tombe d'élite qui doit nous devenir éternellement commune? Quoique ta sainte coopération ne soil maintenant méconnue d'aucun des vrais positivistes, les meilleurs d'entre eux me semblent encore ne pas sentir assez notre identification. Les inspirations spontanément surgies, l'an dernier, envers ton culte universel ont jusqu'ici trop peu d'extension, et même de consistance. Sauf des élans passagers, personne ne con çoit habituellement notre pleine connexité comme ma principale récompense, pour laquelle mon invocation finale devancera dignement l'instinct public.

En même temps que ton culte universel se Iroiivc cnlicrcnicMl assuré sans être assez pratiqué, notre union subjective a |)ris son

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caractère final, simple prolongement de celui qu'aurait offert le lien objectif. Notre existence privée est dans une telle harmonie avec notre vie publique que mon cœur n'a pu personnellement atteindre un état fixe que quand mon esprit eut assez formé Tinstitution propre à systématiser notre intimité. Mais, depuis que notie Cdif'rliismc a consacré la fondation du mariage chaste, je sens irrévocablement dissipées mes fluctuations antérieures sur le mode, tant ouveit que tacite, qui convient à notre union. Je puis continuera l'attribuer fou tes lésa t fit >ides féminines, en l'invoquant également comme sœur, fille, et même mère, suivant la nature de ton influence. Néanmoins, j'éviteiai toujours le vague qu'une telle variété pourrait introduire dans mon adoration, en subordonnant ces divers attributs au caractère de chaste épouse, qui seul résume nos liens. Ma dernière effusion pressentait cet état final, en remarquant son aptitude à condenser spontanément tous les modes de notre union. .Notre intimité subjective se borne dès lors à développer le caractère linai de noire harmonie objective, où l'adoption devait légalement suppléer au mariage chaste.

Ainsi dégagée de toute fluctuation, notre sainte infimifé prendra désormais un essor continu, dont mon cœur éprouve de plus en plus le besoin journalier, d'après l'impossibilité croissante de trouver autrement des sympathies suffisantes. .l'ai longtemps espéré pouvoir ériger mes meilleurs disciples en véritables amis, susceptibles d'accueillir dignement la plénitude de mes épanchements habituels. Mais j'ai tristement reconnu que la nature, plus intellectuelle que morale, de ces relations y concourt avec l'inégalité des âges pour m'interdire une telle satisfaction. Après avoir trop altéré ma paternité normale par une vaine fraternité, je sens que l'essor même de ma juste autorité doit me faire renoncer à déterminer là d'autres sentiments qu'une vénération enthousiaste. Quoique notre Sophie me fournisse heureusement des satisfactions plus complètes, la diversité d'éducation, et surtout de situation, les rend insuffisantes, et je dois ine borner à contempler de près son bonlieur domestique. Toi seule pus jamais m'olfrir une plénitude d'harmonie qui me fera toujours déplorer amèrement notre séparation objective. Dans cette insurmontable situation, notre union subjective constitue l'unique ressource de mon cœur, qui doit

désormais la développer nutant qne possible, en renonçant à toute autre intimité.

Sans insister davantage sur ce préambule spontané, je vais directement procéder à la nnue habituelle de nos événements depuis notre dernier entrelieu.

Le mois dans lequel il s'accomplit ne m'offre de souvenir durable que celui des résultats déjà produits pai- la récente publication de mon principal volume. Tous les espiits compétents sentirent dès lors que j'avais ainsi réalisé la partie la plus ditlicile et la plus décisive de ma grande construction, de manière à consolider l'autorité de mon nom, devenu comparable à celui d'Aristote.

Au mois suivant, je dois d'abord rapporter le début de notre Catéchisme, le jour même de ta fête positiviste. Cette sainte composition, où notre concours devint direct, se poursuivit dès lors sans aucune interruption.. Juillet 1852 me rappelle aussi l'atlitude décisive d'un jeune banquier, qui promet au positivisme un éminent praticien, et dont le dévouement, toujours développé depuis, s'y manifesta par une généreuse initiative.

Tandis que je poursuivais dignement notre douce élaboration, je reçus en août deux impressions contraires. L'une résulta de la précieuse visite du jeune théoricien, que j'avais espéré pouvoir mériter ma succession, et dont je commençais dès lors h sentir l'insutlisance, sans la caractériser nettement. Pendant son séjour, survint la lettre, plus étrange qu'imprévue, qui détermina mon heureuse rupture avec l'habile écrivain que j'avais trop honoré, malgré son indigne soumission à la plus pernicieuse des femmes.

Septembre commença par l'admirable manifestation d'un célèl)rc révolutionnaire, invoquant spontanément, du fond de sa prison, la régénéi-ation positiviste. él)auchée déjà d'après ma réponse. Ouelques jours après, je terminai digiuMuent notre opuscule excep tionnel, en regrettant naïvement de voir ainsi tinir une collaboration piécieuse à mon canir. L'heureuse visite d'un noble professeur me pi-ouva bientôt l'importance des adhésions secrètes que le positivisme obtient dans la portion, la plus hostile en apparence, du monde britannique, même officiel. Au milieu de ce mois, je réalisai la principale mesure résultée de la lécenle ruplure. en prenant la direction déllnitive de mon subside, de manière à

régulariser- ma position. La semaine finale me dévoila subitement la grave usurpation tentée par la puérile ambition du chef trop vanté de notre foyer lyonnais, en m'obligeant bientôt à la répression énergique qui. quoique efficace, m'aliéna cet auxiliaire.

Octobre me rappellera toujours la publication décisive de notre Catéchisme, devenu dès lors la base systématique de la propagande positiviste, ainsi consolidée et même accélérée. Au milieu de ce mois, surgit un événement imprévu, propre à fournir une digne épreuve de la léalité de notre régénération, quand une veuve anticipée vint invoquer auprès de moi la providence que j'ai systématisée.

Dès le mois suivant, ce palr-onage collectif s'organisa noblement sous mon impulsion, en consolidanl l'exécution de deux devoirs positivistes. le veuvage éternel, et l'alimenlation de la femme par l'homme. Le début de Novembre m'avait fourni, sur ta sainte tombe, une satisfaction inattendue, quand la rencontre inopinée de ton vieux père m'y procura l'expression personnelle de sa touchante gratitude pour mon culte hebdomadaire.

En Décembre, se place d'abord la visite sacrée de l'éminent américain dont j'étais loin de craindre la prochaine catastrophe, malgré la mélancolie de ses adieux. Ouelques jours après, j'accomplis dignement, envers le Tzar, le manifeste décisif qui caractérisera le positivisme auprès de tous les vrais conservateurs, dans la préface de mon nouveau volume. L'année se termina par ma juste répulsion, malgré de respectables entremises, du vicieux rapprochement conçu pour annuler une rupture devenue autant indispensable à la netteté qu'à la dignité de ma situation, publique et privée.

J'ouvris LS.'W dans une tioisième léceptioii solennelle de mes vrais disciples, ([ue je dus alors féliciter sur leurs progrès en vénération et fraternité depuis ma précédente remontrance et d'après une heureuse épuration. Mais ce touchant hommage me laissa secrètement regretter que la reconnaissance des positivistes ne remontât point jusqu'à toi, comme le faisait espérer la profonde cllicacilé de notre Cdlrrliisinc. Ces nianifeslatioiis collectives ne me satisferont pleinement que (|uand tu t'y trouveras ouvertement honorée, soit au début de l'année, soit à l'anniversaire de

CONFKSSIONS ANNUELLES. 201

notre catastiophe, ou le jour de ta fête. Néanmoins, c'est à toi seule que je puis témoigner ces regrets, afin de respecter la spontanéité qui constitue la principale valeur de ces libres hommages, dont il faut attendre dignement l'entière maturité. La fin de Janvier se distingua par la plus importante de mes circulaires annuelles sur le subside sacerdotal. Sa publication imprimée correspondit à la gravité du caractère désormais acquis par un tel patronage, qui devient une institution décisive, d'après la fonda tion directe du clergé positiviste, oîi j'aurai bientôl de vrais adjoints. Quoique le subside n'ait point encore atteint son taux noimal. son accroissement continu me fait espérer qu'il y va parvenir ; et déjà cette circulaire motiva noblement mon immuable résolution envers le saint domicile.

Février commença par la lettre imprévue qui m'apprit, de Phi ladelphie, la perte récente de mon meilleur disciple américain quelques jours après sa touchante visite. Au début de sa maturité, cette catastrophe ravit au Grand-Etre un précieux serviteur, dont la volonté finale, scrupuleusement exécutée par son digne frère, se fixa sur mon sort, pour convertir sa libre souscription en annuité viagère. Quelques jours après, j'achevai d'ouvrir les relations normales du positivisme avec les gouvernements progressifs, en adressant au Grand-Yisir une communication équivalente à celle dont j'avais honoré le Tzar. Mes divers préambules étant accomplis, je commençai l'important volume que je viens de terminer, et qui me suscita, pendant six mois, sans précipitation ni fatigue, un travail jamais suspendu, propre à me faire appiécier mon état normal. Dès le début de cette élaboration, se développa l'intéressante relation qui me lie spécialement au grand Jeiîerson. par le diplomate américain devenu l'époux de sa petite-fille. A la fin de ce mois, survint l'entievue décisive qu'un éminent baronnet avait projetée dans l'Inde, et qui m'annonça le prochain accueil du positivisme parmi les conservateurs britanniques. Je dois malheureusement rapporter à la même époque la défection, désoimais irrévocable, de l'artiste distingué sur lequel j'avais trop compté l'année précédente, et qui ne sortira jamais i\u lt(Miil)it'r révolutionnaire.

Mars me rappelle d'abord la déclaïalion, doublement décisive.

de mon entière lenoneiatinn au second successeur que j'espérai prématurément, sans l'avoir soumis à des épreuves suiiisantes.

Ce nouvel avortement ne tient point, comme le premier, au défaut d'énergie, mais à l'insuffisance mentale, qui toutefois n'interdit point au noble disciple l'accès du sacerdoce positif. Le chagrin que me fit éprouver la nécessité de prononcer un tel arrêt, qui d'ailleurs fut dignement subi, sulfirail pour me détourner de proclamei- un tioisième espoir sans avoir d'abord pris toutes les piécautiniis convenables. En recevant, vers la fin de ce mois. la seconde visite du meilleur de mes disciples extérieurs, je m'assurai que cette résolution n'avait aucunement altéré sa fraternelle assistance envers le successeur avorté. La brièveté de son nouveau séjour ne m'empêcha point de confirmer mon appréciation antérieure siii la rare harmonie entre son cœur et son esprit, heureusement complétée par un suffisant caractère, que j'avais d'abord méconnu.

Comme l'aniitM' précédente, la première semaine d'Avril fit sur gir la digne elfusioii qui. pendant une heure sacrée, dut suspendre ma grande construction, pour le septième anniversaire de notre catastrophe. L'avènement de ton jugement final me fit mieux sentir que sa confirmation consistait surtout à développer davantage l'efficacité philosophique du saint ascendant qui domine ma seconde vie. Au milieu de ce mois douloureux, un précieux disciple me permit, à son insu, d'instituer, par la digne mère qu'il perdit l'année précédente, la sanir subjective (jui maintenant, chaque Mercredi, visite la tombe sacrée. En me faisant mieux oublier un lien dissous, cette acquisition imprévue vint compléter notre sainte famille, à laquelle mon père spirituel, le grand Condorcet, servira désormais de chef. A la fin de ce mois, l'admirable délicatesse du noble frère de notre infortuné Wallace me permit de combler la longue lacune de mes loyers, quoique je sois encore exposé, malheureusement, au retour forcé de moindres délais.

i^e début de Mai me procuia la satisfaction de voir commencer l'impression de mon nouveau volume, sans que le noble typographe exigeât aucune des garanties que je dus alors lui proposer, mais qui désormais sembleraient douter de sa digne confiance. Je rapporte au milieu de ce mois la désertion, probablement irrévocable.

de l'imparfaite prosélyte qui me séfliiisitpai- son admiration alîectée envers toi. quoique l'ensemble de sa conduite ne répondit jamais à cette annonce. Outre que sa vulgarité mentale et morale, comme la stérilité de son prétendu zèle, m'empêchent de regretter une telle perte, elle se trouva bientôt réparée d'après l'acquisition décisive d'un couple intéressant. Une femme énergique mais tendre, dignement convertie par un époux intelligent et dévoué, vint avec lui me demander alors la consécration positiviste de leur ancienne union, surtout pour s'engager à l'éternel veuvage. La fin de ce mois se trouva marquée par mon portrait hollandais, dont le mérite rappellera toujours l'habileté d'un artiste qui ne me vit jamais, et le zèle de la noble patronne d'un tel travail.

Au commencement de Juin, j'eus enfin le bonheur de voir mon département natal fournir au positivisme un digne adhérent, dont la généreuse participation à mon subside garantit aussitôt le dévouement. Quoique je ne l'aie pas vu jusqu'ici, sa visite au foyer provenral m'a confirmé la sincérité des dispositions manifestées dans des lettres enthousiastes. De pareilles acquisitions indiquent le prochain ascendant de la religion positive, d'après une situation qui pousse aux méditations décisives sur l'unique issue de la crise occidentale.

Une manifestation plus éclatante, quoique moins décisive, fortifia ce juste espoir au début du mois suivant, quand un disciple enthousiaste, dû surtout à notre Catéchisme, m'invoqua comme son père spirituel et le Grand-Prètre de l'Humanité. L'excursion spéciale qu'il fit pour me voir me permit bientôt de constater la vérité de ses sentiments, mais aussi le vague de ses convictions et de ses résolutions, que l'excellence du cœur rectifiera peut-être. Au milieu de ce mois, une occasion accessoire me procura l'hommage imprévu du plus célèbre des écrivains actuels, que je croyais essentiellement hostile au positivisme. Le lemlemain. la réalisalion du veuvage auquel nous avions pourvu d'avance, me suscita la première manifestation de mon saceidoce funèbre, dans une cérémonie publiquement exempte de tout alliage. (Juelqiies jours après, l'invitation trop tardive d'un éminent disciple me suggéra la résolution, dont je me félicite de plus en plus, de garder, dans ma prochaine préface, un généreux silence envers l'habile écri-

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vain qui niéiiltiit tant mon indij^nation. Je ne dois pas oublier, en Juillet, la célébration exceptionnelle qui proclama mon double amendement à la loi du veuvage, pour la rendre pleinement libre en autorisant les dégagements assez motivés, et mieux préparée pai' un début chaste. Vers la fin de ce mois, j'appris la prochaine publication, en Angleterre, d'un ouvrageétendusuile positivisme; manifestation d'autant plus décisive qu'elle émane d'une femme célèbre, dont le ciRur n'a point démenti l'esjjrit.

Dans la première semaine d'Août, j'achevai dignement mon troisième volume, qui paraîtra pendant ce même mois. Vu l'entraînement actuel vers les études historiquf^s, j'espèie, ])our ce nouveau tome, un s\iccès plus vaste et plus rapide qu'envers les deux précédents, c|u'il rendia niirux appréciables. Sa j)ronij»teet paisible exécution est surtout due à l;i pliMiil ndc. nienlalr el morale, développée en moi par notre rr//('V7//.s7/u', où rimniens(> ensemble du positivisme devient nettement saisissable. (let incomparable voyage dans toute la suite des temps humains facilitera mes travaux quelconques, en m'y faisant mieux sentir un passé dont chaque phase m'est désormais familière. La terminaison et la publication de ce volume constitueront, sans doute, les seuls événements de ce mois', avec l'exécution tardive. (|ui s'y lie s]»ontanément, de notre entretien annuel. Tout le reste d'.Voùt va me préoccuper doucement de toi, d'abord en amélioi-ant cette elîusion, puis en récrivant mes prières quotidiennes, d'après ma règle naturelle sur leur révision septénaire. Le dernier jour de notre meilleur mois, je viendrai te lire l'épanchement que je termine, en compensant un retard forcé par un concours spécial de précieux souvenirs.

En achevant ce nouvel entretien, je m'explique enfin le trouble involontaire que m'a fait exceptionnellement éprouver une occu- I)alion où j'ai coutume de trouver un charme sans mélange. Cette inquiétude impiévue résulte uiii(|uement des onze semaines d'ajournement que vient de subir notre elîusion annuelle. Quelque motivé que soit ce délai par une élaboration sacrée, je n'ai pu m'empêcher d'en ressentii- un profond regret, et presque des remords, dont je suis à peine dégagé maintenant. Mais j'achèverai de dissiper ce trouble d'après la compensation produite par la coïncidence de la lecture tai-diveavec notre meilleur anniversaire.

CONFESSIONS ANNUELLES. id'.

où ta fête, réunie cette lois à la mienne, absorbe aussi celle de notre digne sceui- et de notre vénérable mère. Une telle épreuve m'indique combien ton culte m'est devenu précieux, puisque sa moindre altération m'agite profondément.

Notre union, ma sainte (^lotilde. constitue, en etïet, la meilleure ressource de ma pleine maturité, comme elle fournira le principal appui de ma prochaine vieillesse. Chaque jour je sens davantage l'exactitude de l'appréciation graduellement introduite dans ma double prière : « Malgré la catastrophe, ma situation finale surpasse tout ce que je pouvais espérer, et même rêver, avant toi. » Rien ne doit sembler exagéré dans une telle déclaration, en considérant le fatal isolement d'où tu m'as seule tiré, et dont j'avais d'avance accepté le poids, quoique j'eusse été peut-être incapable de le supporter. Or, c'est d'après la scrupuleuse assiduité de ton culte que je recueille cet incomparable fruit de notre unique année d'union objective, devenue la base d'une intimité subjective qui présente une durée déjà septuple. A mesure que cette adoration se prolonge, elle me rend tes images plus vives et plus nettes, en me laissant peu regretter le portrait indirect sur lequel j'avais récemment compté. Une telle progression devint appréciable en comparant nos entretiens annuels, qui, depuis l'accomplissement du deuil, manifestent, tous les deux ans. un perfectionnement de culte, annoncé par l'elîusion intermédiaire. J'y sentis, en 1847, notre communauté de cercueil, en 1849, ton incorporation au Grand-Etre, en 1851, l'universalité de ton adoration d'après la publication de la sainte dédicace, et maintenant cette marche aboutit à caractériser notre union finale.

Une telle culture, qui me rapproche toujours de la limite normale, faire idéalement revivre l'être chéri, me fait mieux apprécier l'existence subjective, où tout se trouve épuré. Je sens ainsi le prix de notre pleine chasteté, qui me préserve spontanément des grossiers souvenirs par lesquels serait maintenant troublé le commerce de nos âmes. Pour les cœurs dignes de cette union privilégiée, nul lien n'est comparable au mariage chaste, où rien de personnel ne vient entraver les nobles sympathies. Une illusion inspirée par l'instinct sexuel a trop glorifié les satisfactions que la volupté procure aux âmes aimantes. Sauf la première épreuve,

où le plaisir devient un gage de l'amour, les émotions charnelles, toujours essentiellement égoïstes, altèrent nécessairement le bonheur propre à l'allection mutuelle.

C'est ainsi que je pourrai subjeetivemeut goùb'r avec toi la pleine félicité d'une existence domestique qui nous manqua constamment, et dont nous sommes désormais assuiés depuis que notre éternelle famille se trouve enfin complétée. En utilisant les privilèges de la subjectivité, je substitue le grand (^ondorcet au père indigne de moi, sans altérer la pureté de ma sainte mère par une supposition d'ailleurs foi-cée ; car c'est de la femme, au fond, que provient riioninie. J^inlroduction de notre admirable sœur ne présente aucune diUituilté réelle, et tous les autres éléments de notre famille olfrent directement une base objective. Sous l'auguste présidence de Rosalie Boyer et de Condorcet, je vivrai pleinement avec toi pour chaste épouse, Virginie Chardoillet pour sœur. Adolphe et Wallace pour frères, enfin notre Sophie pour fille. Cette famille subjective se lie naturellement à plusieurs familles objectives dont je deviens inséparable à mesure que la religion positive s'établit irrévocablement. Si le sacerdoce de l'Humanité, collectivement envisagé, constitue le lien noinial de notre espèce, ses membres, séparément considérés, s'adjoignent spontanément aux milieux domestiques où leur intervention est habituelle. L'autorité propre au fondateur de la religion universelle me fait spécialement obtenir cette adjonction naturelle, auprès des jeunes familles dont se trouve surtout composée notre église naissante.

Je regarderai toujours comme le meilleur de ces cas le digne ménage qui me présente journellement une admirable union. Mon incorporation y deviendra plus complète si le dernier fils de notre Sophie développe assez le rare concours des qualités essentielles, de cœur, d'esprit, et de caractère, qui déjà me fait espérer, dans ce jeune enfant, mon vrai successeur. Quoique un tel espoir doive longtemps rester secret, il augmente maintenant l'intérêt que m'inspire une famille profondément liée à la nôtre, et qui m'honore d'une naïve adjonction, spontanément ratifiée même par ses membres extérieurs. Grâces à toi, ma Lucie, comme source générale de ma rénovation moiale, je me trouve ainsi pourvu d'une

suite de liens privés que l'extension de ma vie publique doit toujours multiplier et développer. Mais, récipioquement, ils exercent sur elle une précieuse influence en me conduisant à mieux cultiver les alîections, surtout subjectives, que l'existence normale de l'Humanité régénérée fera déplus en plusprévaloii-. L'approche de mon volume final, où, dégagé des diverses préparations théoriques, je systématiserai directement la prépondérance du cœur, me fait déjà sentir davantage l'importance de ces liens, coordonnés par notre union. En développant la vie subjective, je dois autant perfectionner ma construction religieuse que consolider ma propre félicité, suivant la pleine connexité que toi seule établis entre elles, et qui suffirait pour motiver notre intime devise,

Amour et respect éternels,

Auguste COMTE,

FONDATEUR DE LA RELIGION DE l'HUMANITÉ,

10, rue Monsieur-le-Prince.

La pierre du cercueil est ton premier autel. Amem te phis qiiàm me, nec me nisi propter te !

M\ ih\ii:mi: smnti: clotilih:

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