‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 30 sur 112 · TA CÉLÉBRATION EXCEPTIONNELLE · texte numérisé non relu

TA CÉLÉBRATION EXCEPTIONNELLE

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Ma (leiiiièie e.xpansion se leiiiiiiiail en iiuli(|uaiil le sentiment naissant de la pleine unité qui, résultée de raccomplissement de ma (•(instiuction religieuse, doit de plus en plus caractéiiseï- le reste de ma seconde vie. Sous ton saint ascendant, cette nouvelle carrière a radicalement dilîéré de la première en faisant d'aboi-d sur|.;ir. démon existence privée, le principal perfectionnement de ma mission publi(|ue. (>ette rénovation se trouvera désormais complétée pai- la réaction inverse. L'essor continu de ma mission m'ayant enfin conduit à régler l'ensemble de l'existence humaine, je dois vérifier et récompenser une telle aptitude en systématisant ma propre discipline. Ton angélique impulsion sera profondément caractérisée par ce complément, où mes travaux rendront à mes alïections une intluence équivalente à celle qu'ils en reçurent.

Ayant finalement léduit l'oidie et le progiès à constituer cl développer Tunité fondée sui- ramour, je dois ainsi foiiinirle premier exemple du véritable état religieux, en établissant une pleine harmonie dans mon existence. Tel sera le mérite ou le bonheur

de ma seconde vie. dont ta sainte prépondérance a posé les bases, publiques et privées, pendant les dix années qui viennent de s'écouler. Notre religion a définitivement institué la vie intérieure, admirablement ébauchée au moyen âge, mais de plus en plus négligée pendant tout le cours de la révolution occidentale. Le fondateur du positivisme doit prouver la réalité de cette construction ef constater son opportunité d'après une application décisive à sa propre conduite. Complément et récompense de mes efïorts. ma pleine unité doit spécialement manifester l'efficacité générale de la religion qui dissipe tout arbitraire en liant le dedans par l'amour et le rattachant au dehors par la foi. J'ai condensé le plus possible la discipline humaine en la réduisant à la culture continue, tant indirecte que directe, des instincts sympathiques, d'où dérivent à la fois le devoir, le bonheur, et même la santé. Ma propre existence doit éclairer et confirmer cette doctrine, en rattachant à toi. comme personnification de l'Humanité, la plus complète harmonie qui se soit jusqu'ici réalisée.

L'essor direct et continu d'une telle unité doit désormais consolider et développer ma seconde vie, tant privée que publique. Celle-ci va définitivement élaborer la synthèse universelle, dont j'ai maintenant établi tous les fondements, intellectuels et moraux. Dans celle-là, je dois directement cultiver la subjectivité, ((ue j'ai suffisamment subordonnée à l'objectivité, destinée surtout à lui fouinir une base nécessaire. Quelque longévité que j'obtienne, ce double essor diversement poursuivi me fournira, tant au dehors qu'au dedans, un inépuisable exercice, éminemment propre à rendre mon existence plus efficace et plus digne.

Ainsi sera graduellement préparée l'éternité finale, où, pleinement incorporés au Grand-Ètre, nous ne vivrons que dans la postérité, pour concourir sans cesse à développer la suprême destinée.

Devenant surtout intérieuie. mon existence, de plus en plus condensée, et de moins en moins variée, va maintenant conduire mes épanchements annuels à te décrire davantage mes émotions que mes événements. Leur principal attrait serait ainsi perdu, si ces entretiens étaient réellement destinés à la publicité. .Mais, en les bornante nous-mêmes, ils doivent nous olîrir plus d'intérêt

en perpétuant des impressions qui ne comportent pas d'autres traces.

Ces réflexions peuvent directement caractériser la célébration exceptionnelle qui les a naturellement suscitées. Depuis que commença par toi ma régénération morale, voici la première année où je puis pleinement l'apprécier, non seulement d'après l'accomplissement de ses principaux résultats, mais aussi comme n'étant pas préoccupé d'un grand travail. Une disponibilité qui ne pouvait auparavant exister cessera l'an prochain : en sorte f[n"elle formera toujours le caiactèie propre à la présente année. Quoique, d'après le plan général de mes travaux, elle doive se reproduire dans deux ans, c'est maintenant que j'en dois éprouverla principaleintluence, tant active que passive. Elle me prépare au régime de digne retraite qui doit commencer, en I860, après toutes mes publications essentielles, y compris la sainte correspondance, précédée des nobles biographies, et peut-être suivie de l'ébauche poétique. Avant alors cessé d'écriie. l'activitéque je dois toujours conserver ]H)ur piècher, conseiller, et consacrer, ne pourra i)lus susciter la concentration sous laquelle nous avons jusqu'ici vécu. Nos entretiens annuels prendront ainsi le caractère que celui-ci représente seulement par exception.

Je devais d'abord expliquer cette situation, exceptionnelle dans le présent, mais normale envers un avenir prochain et déjà senti. Maintenant, je vais directement poursuivre, suivant la marche habituelle, le récit, plus alîectif qu'actif, que notre dernier entretien conduisit jusqu'à la fin d'août l8o4.

En Septembre, la publication du volume final de ma construction religieuse a naturellement suscité le premier essor des réflexions précédentes. Il a dû pourtant être d'abord dominé par le sentiment du repos qu'exigeait une élaboration profondément poursuivie pendant sept ans. Un calme aussi mérité s'est trouvé fatalement troublé par le libre essor des inquiétudes matérielles que ma concentration habituelleavait auparavant surmontées. J'ai commencé dès lors à sentir les tribulations naturellement propres à ma mission. Plus heureux que nos prédécesseurs, nous pouvons dignement élaborer la régénération humaine sans avoir rien à craindre pour notre vie. ni même enveis notre liberté. L'oppression maté-

Confessions annuelles. :>2I

rielle est désoiiiiais bornée aux moyens de subsistance. Mais, quoique moins graves, ces persécutions sont plus continues; de manière à demander une résignation plus calme et plus familière, où les régénérateurs soutiennent leur zèle sans compter sur l'enthousiasme des prosélytes.

Octobre a bientôt fait cesser, pour le moment, les embarras résultés de l'insuffisance du subside positiviste. Comme l'année précédente, un digne appel a promptement suscité de nobles efforts, mais en laissant craindre le prochain retour des mêmes embarras. Le loisir que je venais d'obtenir me fit déjà sentir le vide des distractions extérieures et le besoin de discipliner ma propre existence d'après la prépondérance de ma vie intérieure, essentiellement concentrée vers toi. Je commençai dès lors à connaître les perturbations physiques qui rendent habituellement précaire l'existence de l'éminente collègue que nous avions irrévocablement acquise l'année précédente. Un tel état, de plus en plus aggravé depuis, m'explique le regrettable silence qu'elle garde jusqu'ici sur ma construction religieuse, dont tous les volumes sont sous ses yenx, sans qu'elle ait pu les examiner. Elle avait commencé, le mois précédent, par un envoi décisif, la réalisation de la noble résolution qui m'associe auprofit matériel de son incomparable traduction. Quoique cette manifestation soit jusqu'ici restée seule, la persistance de ce généreux scrupule me semble aussi certaine que sa sincérité, même quand des préoccupations quelconques empêcheraient tout autre résultat.

Novembre m'a d'abord satisfait en réalisant le projet que j'avais conçu, dès le début de 1854, pour le choix du théâtre espagnol, édité par l'un de mes meilleurs disciples. En appliquant à ma philosophie la qualification de Hijmp<illii<]u(', la suscription de mon exemplaire a commencé l'appréciation décisive de notre terme fondamental, bientôt confirmée d'après l'étrange critiijue ([ui me tiaita de mystique. Vers le milieu de ce mois, la famille de mon principal disciple me confia la touchante mission de lui faire sagement connaître la catastrophe ([ui le prive prématurément d'une excellente mère, que j'avais pu personnellement apprécier un moment. Dès la fin de Novembre, mon loisir avait déjà suscité le plan de l'opuscule exceptionnel que je viens d'exécuter, et fait

aussi surgir mon élaboration directe sur l'incorporation finale du fétichisme au positivisme. Les sorties sans but me firent, malgré leur rareté, sentir le besoin de rattacher à toi toutes mes excursions habituelles, en instituant, pourle Samedi, le pèlerinage qui, complétant la visite du Mercredi, perpétue nos deux entrevues hebdomadaires.

Au début de Décembre, survint l'épreuve, d'abord pénible, mais bientôt salutaire, résultée de la déviation passagère de celui de mes disciples qui semblait avoir donné le plus de gages, surtout moraux, à la religion positive. Les dissidences suscitées par mon volume final, principalement envers l'utopie décisive où le positivisme se condenseia. parurent un moment annoncer une défection qui m'eût été plus amère qu'aucune autre. Mais le prompt et complet repentir du noble disciple dissipa toutes mes inquiétudes ; et cette épreuve aboutit à consolider sa foi, même à préserver les dignes témoins d'un tel e.xemple. On avait généralement présumé que mon volume le plus décisif susciterait plus de résistances chez de jeunes âmes, à peine alïranchies des habitudes révolutionnaires. Vers le milieu de ce mois, un autre de mes principaux disciples assura son digne avenir en embrassant, avec autant d'énergie que de noblesse, la profession qui convient le mieux à la plupart des positivistes actuels. Sa résolution le conduisit bientôt à m'adresser d'heureuses questions, d'où résulta la première ébauche de mes conceptions décisives sur la théorie sympathique des maladies. Ce mois compléta l'institution de mon pèlerinage du Samedi, par une digne station dans la chèrechapelle où nous fûmes spirituellement unis.

La présente année reproduisit, d'une manière plus décisive, la solennité spontanée qui tend graduellement à constituer la célébration directe du (irand-Étre, en rendant un hommage collectif au fondateur de la vraie religion. Mais la diminution du nombre des assistants, et surtout l'absence du sexe dont j'avais prématurément espéré le concours, me firent tristement sentir la lenteur normale de notre avènement et la dispersion exceptionnelle du noyau central.

Janvier vit bientôt surgir une ignoble attaque, où commence la série prévue des animosités métaphysiques que la constitution

finale du positivisme doit naturellement soulever, au milieu du respectueux silence des catholiques. Dans ma nouvelle circulaire, je pus déjà sentir la sainte efficacité de ma récente institution du Samedi, qui. m'inspirant des dispositions plus conciliantes envers le catholicisme, lit alors surgir le projet d'alliance religieuse que je viens de proclamer. Ayant pleinement constitué la religion positive, je ne peux plus craindre d'altérer des principes irrévocables en développant les concessions et les ménagements propres à seconder notre avènement. Outre l'elficacité sociale de cette conduite, mon perfectionnement privé s'y consolide, en éliminant tous les sentiments répulsifs, quelque légitimes qu'ils soient. C'est ainsi que surgirent envers mon vieux père, et même quant à ma malheureuse sœur, les dispositions qui m'ont graduellement conduit à l'heureuse réconciliation que je viens d'accomplir.

Février me fournit une occasion imprévue de développer, dans un cas décisif, cette précieuse tendance, sans laquelle ne pourrait naître ou durer l'unité fondée sur l'union. Je connus alors, d'après une modification de la sainte tombe, ta réunion avec le seul parent qui fut réellement digne de toi. Dès lors je le gratifiai d'une place accessoire dans ton culte quotidien, en réduisant mes souvenirs de ton énergique père aux trois qui le montrent noblement convaincu de la pureté de nos liens, malgré sa propre imperfection et les insinuations dont il fut souvent assailli. Sur votre commune tombe, je vous promisûle pardonner pleinement à ton frère, en ton nom comme au mien, si jamais il témoigne un vrai regret de sa conduite envers noi:s. Quelques renseignements m'ont récemment permis d'espérer ce retour, qui ne serait assez constaté que par la restitution du saint manuscrit dont j'ai du moins appris la conservation inattendue, comme celle de ton portrait original.

Mais me fit éprouver une impression bientôt expliquée, en reproduisant, avec une amertume exceptionnelle, le douloureux anniversaire de ta maladie finale. Depuis la catastrophe, cette époque m'avait toujours trouvé sous le poids d'un travail absorbant. L'entière terminaison de ma principale construction devait alors me faire mieux sentir un tel retour, qui ne pourra désormais redevenir aussi saisissant, même dans mes autres chômages. Cette

émotion ne pouvait être aucunement atténuée par la lecture décisive que j'accomplis alors de l'ensemble du traité dont tu dominas autant l'exécution que la conception. Une utilité durable est finalement résultée du surcroîtexceptionnel de nos douleurs annuelles : ma pleine disponibilité m'a fait mieux apprécier l'ensemble de ton ascendant, et même l'a développé davantage ; tes images en sont plus vives et nos liens plus sacrés.

Ces nouvelles impressions ont naturellement atteint leur degré principal au début d'Avril, où j'ai définitivement réglé, comme complément de nos neuf fêtes annuelles, la fatale période de onze jours propre au dernier acte du drame annuel. D'après la marche de ma lecture exceptionnelle, l'invocation finale s'est trouvée coïncider avec l'heure de notre catastrophe. Ma résignation habituelle n'a pu ni'erapêcher de sentir, avec une nouvelle amertume, l'ensemble de ta triste destinée. Au lieu de ton éternelle jeunesse, tu devais alors achever la quarantième année, où finit la préparation normale des femmes supérieures. L'entière construction delà religion universelle t'aurait maintenant offert une immense carrière, pour sa digne propagation chez le sexe le mieux apte à la faire prévaloir. Tes écrits antérieurs auraient naturellement fondé la juste célébrité qui devait assurer l'elficacité directe de ton principal olfice. Il était impossible que ces réfiexions ne me fissent piofondénient apprécier l'immensité de la perte que l'Humanité lit en toi. dont l'essor décisif attendait l'achèvement de ma synthèse.

Revenu bientôt à mon acceptation habituelle d'une pénible fatalité, ta renaissance annuelle me fit, au début de Mai, sentir plus complètement l'ensemble de tes bienfaits. A l'ère que j'instituai, dès 1848, pour la transition finale, le volume final de ma construction religieuse joignit, l'andernier, celleoùrannéeactuelle marque le début décisif de l'état normal. Outre ces deux chronologies publiques, j'ai dès lors organisé l'ère privée d'où procède ma seconde vie, dont la onzième année a commencé le 16 Mai 1855, au saint anniversaire de l'incomparable entrevue qui fit, dix ans auparavant, surgir ma régénération. Ce mois de renouvellement, où recommence ma lecture annuelle de la digne correspondance dont j'ai maintenant fi.xé la publication, fut tristement terminé par

l'accomplissement inattendu d'un funèbre office. Le noble disciple que nous perdîmes au milieu de sa trentième année suscita la régularisation de la commémoration solennelle que je dois à tous les vrais croyants, et qui jusqu'alors n'avait pu convenablement s'opérer. LTne touchante réunion, où les deux sexes se trouvèrent sous ta suave image, mieux mêlés qu'en aucun cas antérieur, vint alors fournir un témoignag-e décisif de l'efficacité morale du positivisme. Quoique une famille fanatique eût accueilli par un grossier refus ma digne invitation, cette conduite fit mieux ressortir les sympathies féminines où les préventions catholiques s'elfacèrent sous la religion de l'Humanité.

Dès le premierDimanche de Juin, j'ai convenablement commencé l'opuscule exceptionnel qui va fournir au public le seul résultat de mon année de chômage, où mon cours annoncé n'a pas été permis. Les sept semaines de cet épisode m'ont toujours manifesté le perfectionnement inattendu de ma discipline, chaque séance de travail ayant, pour la première fois de toute ma vie, exactement produit ce que j'avais projeté. J'espère pouvoir davantage utiliser ce nouvel empire sur moi-même dans la grande et difficile com position qui m'absorbera l'an prochain. Cet incident a confirmé l'institution générale de ma semaine de travail, dont les cinq journées consécutives se trouvèrent alors réduites à trois ; quoique convenable aux opuscules épisodiques, cette réduction me fit péniblementsentir l'insuffisance d'activité. Ma sortie du Samedi se trouvant ainsi maintenue au milieu d'une élaboration, je sentis mieux le prix de l'usage, déjà familier, qui termine ma visite de tous nos lieux par le rappel spécial de la filiation catholique du positivisme. A cet utile épisode je dois aussi rattacher l'honorable souvenir de l'active résignation qui m'a permis de le commencer sous le poids de mes embarras matériels, et de l'achever avant qu'ils fussent dissipés. Ma circulaire venait de les annoncer, en indiquant l'épuration décisive que mon tome final devait susciter parmi des adhérents qui jusqu'ici durent être purement provisoires, faute de pouvoir juger l'ensemble de ma doctrine.

Juillet m'a d'abord conduit, d'après mes dispositions croissantes envers mon père et ma sœur, à la noble initiative qui, cordiale-

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inent accueillie par l'im el raiide, vient de létablir. après une longue rupture, des lelations désormais inaltérables. Outre le prix personnel de ce résultat, j'y pus bientôt montrei' à mes disciples une vérification décisive de l'aptitude morale du culte intime, seule source d'une telle inspiration. Dansle grand tableau (le famille qui maintenant termine ma principale piière, j'avais, depuis i)lusieurs mois, opéré graduellement nne réconciliation subjective, d'où devait résultei- la manifestation objective. Cette réconciliation ne me laisse d'autres regiets que de ne pouvoii'pas, vu les dillicultés de ma situation, aller à temps la compléter par une cordiale entrevue, à laquelle il m'a fallu substituer l'envoi de mon buste.

Vers la fin de ce mois, une noble lettre du fondateur de notre fovei- américain m'apprit la conversion décisive d'un admirable prolétaire. (|ui me fait pressentir de prochains succès chez les viais descendants des coopérateurs de Cromwell. Une digne demande,que je m'empressai d'accueillir, va caractériser la plénitude religieuse de ces deux éminents disciples, en conférant, à ma place, le premiei- saciement positiviste à la jeune enfant qu'ils ont spontanément nommée Sophie-Clotilde. Surgi chez la population la plus anarchique, cet exemple manifeste la supériorité des conversions émanées du cœur, en montrant des âmes protestantes ou sceptiques disposées à bien sentir l'affinité du positivisme avec le catholicisme.

Au début d'Août, j'ai dignement informé celui que je m'étais un moment promis pour successeur que. d'après l'ensemble de sa conduite depuis qu'il est sous mes yeux, il a perdu l'honorable titre qui le distinguait, et conservé peu de chance d'une vocation théorique. La société de libres-penseurs récemment surgie contre l'anglicanisme m'a noblement demandé, par une députation spéciale, l'autorisation, aussitôt accordée, de publier la lettre où j'avais, un an avant, paternellement blâmé leur attitude négative. Ce précieux contact s'est directement développé, quelques semaines après, dans une entrevue décisive avec le chef de cette association, qui paraît disposé sincèrement à se subordonnera moi. pour prendre un caractère vraiment organique. S'il exécute convenablement sa résolution de publier en anglais ma Philosophie de

l'histoire, la conspiration des lettiés britanniques contre le positivisme social au nom du positivisme intellectuel se trouvera pleinement surmontée. Pendant ce nK)is, le départ annuel de mon principal disciple s'est fait, des deux côtés, péniblement sentir, par suite de la mélancolique situation irrévocablement résultée de l'immense perte qu'il fit en Novembre. Fne telle tianslormation a spécialement développé l'attachement et la vénération de mon jeune ami, dont la culture morale va dignement compléter la supériorité mentale, unanimement reconnue parmi les vrais croyants. Quoique l'appel résulté de rinsuffisance du subside m'ait alors montré la tiédeur de la plupart des positivistes, quelques-uns ont noblement manifesté la résolution de me garantir contre tout retour de tels embarras.

Ce fidèle tableau des événements, ou plutôt des impressions, qui suivirent notre dernier entretien, constitue naturellement la terminaison essentielle de mon année de chômage. Quoique mon opuscule exceptionnel ne puisse être publié qu'au commencement de Septembre, son achèvement me dégage du supplément qu'exigeait la grande construction accomplie depuis un an. Déjà le cours habituel de mes pensées se dirige vers l'éminent volume que j'aborderai dans cinq mois, et qui fournira la confirmation la plus décisive de ma puissance synthétique en régénérant, par le cœur, les conceptions les plus abstraites. Il me reste pourtant à réaliser, en Septembre, un important épisode, en écrivant, au nom de l'Humanité, personnifiée en toi. le digne testament ([ui doit assurer l'exécution de mes résolutions publiques. J'en ai, depuis un an, graduellement accompli le prélude nécessaire, par le choix, devenu presque iriévocable. des treize disciples auxquels je confierai ce noble otHce. Pendant l'année exceptionnelle que je viens de te décrire, ta sainte impulsion m'a fait réaliser de nouveaux progrès vers la véritable unité, tant privée que publique. En développant ma vie subjective, ton culte continu la subordonne spontanément à l'ordre objectif, qui peut seul garantir sa consistance et même sa dignité, par l'élimination de tout arbitraire. Ainsi se développe la co'incidence normale des deux conditions de l'harmonie humaine, dont la source et le but me

viennent également de toi ; la glorification que je te procure émane du periectionnement (|ue je te dois. Depuis dix ans que tu me légénères, on ne peut contester ton aptitude à me représenter le Grand-Ètre, dans un état continu de communion subjective plus complet que la communion objective rêvée par les catholiques. Toutes les émotions et réflexions spécialement résultées de ma disponibilité cérébrale viennent de me faire mieux apprécier le principe religieux qui réduit la science et l'art à connaître et perfectionner notre nature, tant sociale que personnelle. Intimement convaincu que le bonheur et le devoir exigent surtout la compression des mauvais sentiments et le développement des bons, j'ai notablement gagné sous l'un et l'autre aspect pendant cette année exceptionnelle. Graduellement purgé par toi de toute aigreur, et spontanément confirmé, dans ma régénération, d'après l'exemple continu de ton immortelle sœur, je ne reste inflexible qu'envers la malheureuse toujours disposée à mal user d'une condescendance quelconque. Mais, à mesure que se développent tes bienfaits subjectifs, je sens davantage la lacune objective que me laissa notre catastrophe, à la fois publique et privée. Outre que ta principale valeur est ainsi restée latente à tous autres yeux qu'aux miens, l'essor religieux du positivisme se trouve doublement privé do ton puissant concours. Pendant les sept années où je vais compléter la synthèse universelle, ton talent dignement mûri devait irrévocablement propager chez ton sexe la construction maintenant accomplie pour l'élite du mien. Quand nous aurions tous deux cessé d'écrire, un essor plus libre et plus complet de l'influence consultative nous aurait réservé respectivement une efficacité profondément connexe. Sous ton angélique présidence, les contacts personnels qui manquent aux positivistes se seraient habituellement développés dans des réunions cordiales, dont l'institution doit toujours être féminine. En consolidant à la fois notre bonheur et notre ascendant, tes diverses influences auraient aussi garanti notre sécurité, d'après l'essor continu des impulsions généreuses chez des âmes où l'esprit fut d'abord plus ébranlé que le cœur. Au lieu de cette destinée, le patronage que la mort a rendu plus sain, plus complet, et plus fixe, me reste seul pour développer l'efficacité publique et privée de la régéné-

ration que je te dois, et qui ramène sans cesse à notie intime devise :

Amour et respect éternels,

Auguste COMTE,

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