VIVRE POUR AUTRUI. — VIVRE AU GRAND JOUR
Paris, lo Lundi U Dante 6(3 (25 Juillet 18Ji).
Noble et tendre Patronne.
Huit ans se sont écoulés depuis que ma reconnaissance, mes regrets et ma résignation oiîrirent à ta sainte mémoire, au milieu (le l'année du deuil, une dédicace exceptionnelle, ([ui ne put être publiée que cinq ans après. Ouoique la manifestation actuelle s'écarte davantage des usages universels, elle excitera moins de surprise, parce qu'elle termine une élaboration dont les principales phases motivent de plus en plus un tel hommage. Peut-être ferai-je ainsi surgir une institution complémentaire, qui désormais consolidera, d'après la sanction publique, la digne dédicace de toute construction successive.
Le retard involontaire que subit la publication de mon hommage initial fut heureusement compensé parla participation immédiate des âmes d'élite, que mon discours préliminaire préparait, depuis trois ans, à ratifier la consécration qu'il annonça. Je dois davantage obtenir un résultat analogue, en complétant ici la sainte dédicace, dont tous mes dignes lecteurs ont pleinement apprécié la validité. Vu le dérèglement des esprits actuels, ce volume sera souvent examiné, du moins d'abord, sans aucune connaissance des trois précédents. Mais il suffît pour motiver l'hommage final.
qui ramènera bientôt à la consécration initiale. Plus systématique qu'aucun autre, il fait mieux ressortir la conne.xité, dont je te dois le sentiment décisif, entre la synthèse et la sympathie.
Chacun des sept pas essentiels de ma construction religieuse caractérise spécialement l'angélique influence que son début proclama. Ton concours est incontestable envers les trois qui distinguent le tome initial, quoiqu'on ne le sente assez que pour le premier d'entre eu.x. Mon ouvrage fondamental avait iirévocablement dévoilé l'existence composée et continue qui domine de plus en plus l'ensemble des alTaires terrestres. Il avait même proclamé graduellement la prépondérance du cœur sur l'esprit, comme unique source, spontanée ou systématique, de l'harmonie humaine. La nature et la destinée du (îrand-Etre se trouvant ainsi révélées, il sutlisait. pour instituer la religion universelle, qu'une sainte tendresse me rendît assez familier le principe fondamental où venait d'aboutir ma première vie. Voilà comment le dogme de l'Humanité surgit, à l'anniversaire initial de notre catastrophe, dans le cours décisif d'où dérive tout ce traité. Quiconque a bien senti cette filiation doit maintenant reconnaître qu'il faut la faire remonter jusqu'à la dédicace qui. quelques mois avant, formula la première manifestation de tous les germes d'un tel progrès.
Ta participation n'est moins sentie, envers les deux pas propres à la seconde moitié du tome initial, que parce qu'ils ne sont point encore devenus aussi familiers à la plupart de mes disciples. Quand j'introduisis le titre de positiviste, un public empirique et sceptique le jugea non moins contradictoire qu'étrange. Je l'ai fait, en trente ans, tellement grandir qu'il est recherché, comme gage d'ordre autant que de progrès, par beaucoup de ceux qui n'en remplissent pas les piincipales conditions. Parmi les sept acceptions qu'il combine, la dernière, que je ne pouvais assez sentir sans toi. reste la moins appréciée, quoiqu'elle soit la j)lus décisive, comme concernant directement la seule source de la véritable unité. Ceux qui reconnaissent le mieux la connexité nécessaire des six caractères propres à l'esprit positif, à la fois réel, utile, certain, précis, organique, et même rclatil'.