NEUVIÈME LETTRE
Mercredi matin 21 mai 18i5.
J'ai trop souffert pour ne pas être au moins sincère. Monsieur ; et, si je n'ai pas répondu à votre lettre de Samedi, c'est parce qu'elle m'a causé des sentiments pénibles, que je n'aurais pas su vous cacher.
En acceptant votre amitié et votre intérêt, je croyais, je vous l'avoue, contribuer à votre bonheur et au mien : il m'a été douloureux d'avoir à craindre le contraire.
Si je ne m'étais pas fait depuis longtemps une habitude de cacher mon cœur, je vous aurais inspiré encore plus de pitié que de tendresse, j'en suis sûre. Il y a un an que je me demande
chaque soir si j'aurai la force de vivre le lendemain Ce n'est
pas avec de telles pensées qu'on peut faire des coups de tête.
Vous ne me connaissez pas, et la bonté de votre cœur vous a porté, je le sens, à exalter en vous l'intérêt qu'inspire mon malheur. Mais je vous demande de faire un moment usage de vos belles facultés, relativement à ce qui me concerne, et vous ne serez pas tenté de m'adresser un seul reproche.
Epargnez-moi les émotions, comme je désire vous les éviter : je ne sens pas moins vivement que vous.
Adieu, Monsieur Comte ; croyez à ma sincère affection comme à mon estime, et recevez-en l'offre pour toujours.
DE VAUX, née Marie.