TRENTE-SEPTIÈME LETTRE
Lundi l"^' Septembre 1845.
Mon très cher philosophe, nous allons passer la journée d'aujourd'hui à Garges. Nous ne serons peut-être pas revenus pour sept heures ; ne risquez donc pas de faire une course inutile ce soir.
Je voudrais avoir un cœur aussi sain que le vôtre à mettre dans notre association de sentiments; soyez sur toutefois que je sens bien vivement vos bontés, et que je vous en tiens tout le compte possible. J'aurai à causer avec vous: maisje veux toujours vousdire une chose essentielle pour nous deux ; c'est que ma famille s'afflige de tous témoignages trop vifs d'intérêt qui me sont donnés. Chaque sentiment a son égoïsme; les plus purs n'en sont pas à l'abii : il faut les ménager, et prendre l'humanité telle qu'elle est. Ne
cherchez pas à modifier cette disposition chez les miens ; ne faites ni ouvertures ni insinuations à ce sujet ; et permettez-moi seulement de vous guider, cela m'importe pour mon repos. Nous nous verrons Mercredi, et puis je vous verrai ou je vous écrirai après; n'avez aucune inquiétude sur ce que je vous dis. On ne m'a fait ni reproches, ni remontrances ; mais je connais le faible, et j'y ai égard, plus pour les autres que pour moi.
Adieu, mon très digne ami ; comptez sur moi, et ne vous faites ni chagrins ni soutîrances à mon sujet. Vous pouvez croire en ma sincérité, c'est déjà une grande douceur dans la vie. Je vous tends la main tendrement,