‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 49 sur 112 · QUARANTE-DEUXIEME LETTRE · texte numérisé non relu

QUARANTE-DEUXIEME LETTRE

Vendreili matin ."i Septeniliro 1845.

.l'aurais été vous voir hier, si je n'avais pas été fort soulfiante. Pendant une partie de la journée, je me suis crue empoisonnée. C'était l'effet du Champagne et de ma fraîche expédition de l'autre soii-.

•le ne veux pas que vous redeveniez malade ou malheureux à cause de moi. Je ferai ce que vous voudrez. La tendresse que vous me témoignez et les qualités élevées que je vous connais m'ont attachée sincèrement à vous, et amenée à réfléchir sur nos deux sorts. J'ai essayé de débattre intérieurement les questions sur lesquelles je vous ai souvent fait jeter un voile. Je me suis demandé comment, dans une situation comme la mienue, on pouvait s'approcher le plus près (lu bonheur; et j'ai fini par penser ({ue c'était en se confiant à une affection solide.

Depuis mes malheurs, mon seul rêve a été la maternité : mais je me suis toujours promis de n'associer à ce rôle qu'un homme distingué et digue de le comprendre. Si vous croyez pouvoir ac-

cepter toutes les responsabilités qui s'attachent à la vie de famille, dites-le moi, et je déciderai de mon sort.

Je tiens beaucoup à ma famille, et je tâcherai toujours de me la conserver, même par des sacrifices s'il le fallait. Nous sommes tous également sans préjugés barbares ou injustes : mais on s'était habitué à me retrouver au centre, et ce sera toujours une crise que le moment de séparation. 11 y a des convenances que je désire respecter : mais, avant de m'étendre davantage sur ces matières, il faut que j'aie votre opinion sur le point capital. Ecrivez-moi, et avec toute la raison et le calme que commande un tel sujet. Je vous répondrai exactement mes sentiments. Ne venez pas chez moi. Ayez de l'empire sur vous même en rue Pavée, si vous y venez ce soir. Si vous n'y venez pas, faites-le savoir d'une manière naturelle par votre Sophie. Je conçois que la prudence et le calcul coûtent; mais il y a des susceptibilités légitimes, qu'il faut ménager avant tout.

Adieu, soignez-vous, et évitons les émotions vives. Je vous confie mon leste de vie.

CLOTILDE

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