SOIXANTE ET UNIÈME LETTRE
Dimanche matin 28 Septembre 184à (9 li.).
Au moment d'être, pour la première fois, privé six jours de votre adorable présence, j'éprouve, ma Clotilde, un besoin spécial de vous renouveler l'expression de mon attachement. Je vous dois d'ailleurs une intime gratitude de votre amicale disposition spontanée à m'adoucir cette absence par la promesse d'une lettre, dont la non-existence d'un bureau de poste à Garges m'empêche-
rait de vous remercier à temps. Néanmoins, je serais aujourd'hui désolé de vous faire aucunement regretter une précieuse diversion, trop étrangère à votre genre de vie. et d'où j'attends même une heureuse influence sur votre état physique.
Tout ce que je découvre peu à peu en vous et sur vous augmente continuellement mon respectueux amour. Hier encore, j'ai commencé à voir votre situation sous une nouvelle face, bien propre àstimulermatendanceconstanteà vous tenir, si jamais il le fallait, lieu de tout. Le plus tendre langage de la plus intime identification ne pourrait désormais exprimer que bien faiblement la profondeur et la pureté de mon dévouement. En y repensant cette nuit, j'ai vivement senti combien j'éprouverais une indicible satisfaction h te sacrifier, au besoin, jusqu'à ma vie, maintenant que j'ai accompli ma principale tâche dans la grande évolution humaine.
Malgré quelques récentes indications, je n'aurais jamais prévu l'étrange susceptibilité maternelle qui s'est hier dévoilée à moi. Quelle qu'en soit l'injustice, j'approuve beaucoup votre disposition, aussi noble que tendre, à ménager convenablement une telle faiblesse, en retour de tant d'excellentes qualités. Vous pouvez aisément faire élever l'orpheline par quelque tante excentrique, en insinuant même que l'influence maternelle eût sulh pour prévenir les aberrations résultées de cette éducation exceptionnelle ; votre importante composition n'y perdra rien. Si l'entretien de demain me permet de revenir à propos sur ce conflit, j'essayerai d'y faire pénétrer la raison. Mais, puisqu'il s'y mêle secrètement une certaine rivalité littéraire, aucune moditication durable n'est guère à espérer : il vaut mieux sacrifier, en gémissant, à cet inconcevable travers d'un être justement vénéré.
Je suis charmé que vous ayez goûté mes petits avis sur les détails de Willelmine. Quand même ils ne vous eussent pas convenu, la supériorité de votre nature, mentale et morale, m'aurait empêché de rien redouter d'un pareil dissentiment.
Mais c'est, entre nous deux, un intéressant surcroît de sympathie que cet accord spontané jusqu'en de tels sujets.
Envers Marrast, je n'ai pas eu lieu encore de soup(:onner aucune indiscrétion de sa part sur ma Sfihilc Clolihlr. Puisque d'ailleurs il ne sait rien de mon portiait. il est donc étranger à certains
renseignements que j'avais cru d'abord ne pouvoir, à cet égard, venir que de lui.
Adieu, ma bien-aimée ; soignez votre chère santé : à Vendredi soir. Comptez toujours sur la plénitude de l'inaltérable dévouement de votre philosophe,
A" COMTE
Pendant votre séjour à Carges, consacrerez-vous un instant à mon petit médaillon vide ?
S()1\VNTE-J)i:i MÈMP] LETTRE
Gargo.s. .Mardi matin 30 Scplomhre 1845.
Mon cher consolateur, j'ai assisté hier en esprit à votre bonne visite du soir ; c'était un plaisir pour moi de penser que j'avais au milieu des miens un représentant dévoué, et capable de tous les égards en même temps. La petite bourrasque de Samedi soir était oubliée en partie Dimanche matin quand je suis partie pour Garges ; et j'espère que vous n'en aurez plus trouvé de trace. Ils sont bons au fond ; ma mère par-dessus tous. Mais ils ont des passions comme ceux à qui ils les reprochent ; et les passions de tout genre me paraissent devoir étouffer ou beaucoup engourdir la vraie générosité. Je n'ai encore rencontré qu'en vous l'équité unie à d'amples besoins du cœur ; aussi je me pénètre toujours plus de l'idée que vous êtes un homme parfait. Oue ne vous ai-je connu plus tôt ! Que de douleurs de moins j'aurais subies peutêtre, que de plaies de moins aussi j'aurais à cicatriser! Mais peutêtre, au contraire, ai-je gagné à subir cette épreuve. Elle m'a fait dépenser un fardeau d'enthousiasme ; je crains seulement qu'elle ne l'ait tué en moi. De tout cela n'accusons personne. Je le redirai toujours : je ne voudrais pas, au prix d'une fortune, être née ailleurs. J'ai vu de laides choses sous de belles apparences
dans bien des familles. Dans la mienne, il y a de plus que l'honneur, l'honnêteté.
Je suis ici dorlotée et choyée comme une princesse et fort édifiée de l'affection réciproque de mon couple d'hôtes. Je suis tombée dans un gala de quinze personnes, parmi lesquelles il y avait quelques parents du mari ; ils m'ont raconté de lui de fort belles choses, et à son honneur. Il est plus riche que sa femme, et a surmonté mille tracasseries de famille pour l'épouser. C'est un bon jeune homme, très pur et très tendre ; il remplit ses devoirs par religion, et se livre à ses goûts sans avoir à offenser un seul commandement. Rien n'est plus beau que leur habitation : mais, quoiqu'ils me demandent d'y rester avec eux jusqu'au lo Novembre, époque de leur rentrée à Paris, je retournerai Jeudi prochain. Je ne ferais rien ici, et puis j'y gèle un peu.
J"aime à penser que vous vous portez bien tout à fait, et que vous continuez à être content de la rue Pavée pour votre compte : on n'y redoute que la partialité évidente, on y tolérera toujours celle du fond plus facilement.
Mon très cher ami, vous avez tant de bienveillance pour moi que j'ose la mettre à l'épreuve encore une fois. Vous m'avez offert votre bourse : je serai riche en Janvier; si vous voulez m'aider à l'atteindre en me prêtant cent francs, vous me rendrez service. Vous sentez que cette fois je vous demande le ner pluK idtrà de mes besoins ; ne m'offrez donc rien de plus, et surtout ne me les offrez pas en une fois si cela peut vous gêner. Je voudrais donner assez de valeur à Willelminepour que du feuilleton elle pût passer entre les mains d'un éditeur. Votre affection me donne de la force et du courage. Si je réussis, je n'oublierai pas la part que vous aurez eue à mon ressuscitement.
Mes palpitations m'ont reprise ici pendant une nuit pour avoir couché la fenêtre fermée ; le grand air m'a rétablie vite ; mais il m'en faut énormément encore.
Adieu, mon très cher philosophe ; à Wndredi. Comptez sur mon cœur, comme je compte sur le vùtie. (Juoi qu'il \ous puisse arriver, j'y sympathiserai comme vous sympathisez à ce qui me louche, et j'aurai encore de plus que vous le plaisir de la reconnaissance.
Si quelque chose changeait l'arrangement de Samedi soir à
l'endroit des Italiens, je serai toute prête pour commencer. Il suffira que vous y ayez mis toutes convenances; ma mère, qui n'a pas de mémoire, me parlait d'aller à Versailles dans le courant de la semaine ; voilà ce qui me t'ait supposer qu'il pourrait y avoir un changement, ma belle-sœur étant fort peu libre.
Adieu encore ; portez-vous bien, et soyez heureux autant qu'on peut l'être dans cette vallée de larmes, comme dit la mère Stanislas.
Je vous tends la main tendrement.
Clotildk de \.
SOlXAxM'IMKOJSlÈMi: LETTUE
.liiifJi 2 Oclobro 1845 (Midi).
L'épreuve passagère résultée de votre courte absence m'a permis d'apprécier à quel point, mon adorable amie, vous m'êtes devenue nécessaire. Vous ne sauriez concevoir quel vide pénible j'ai éprouvé ces jours-ci, en sentant que nous n'étions plus sous la même enceinte, et que je ne pouvais plus vous rejoindre au besoin, pas seulement par correspondance immédiate. Mais toutes ces soulîrances se sont aussitôt dissipées hier, en lisant votre charmante lettre d'avant hier, heureusement la plus longue dont vous m'ayez encore gratifié, et qui m'annonce votre retour pour aujourd'hui.
Je suis très touché de l'indulgente appréciation que je dois à votre amitié. Hélas ! nul ne sait mieux que moi combien je suis loin d'être parfait. Mais j'ai, du moins, l'avantage peu commun de bien connaître mes principales imperfections, et la volonté, encore plus rare, de les diminuer peu à peu en exerçant sur moimême une active discipline continue, où désormais votre pré cieuse influence peut m'aider beaucoup, même à votre insu.
Que je vous sais gré d'ailleurs, ma Clotilde. de déplorer enfin,
pour vous-même, le fatal retard de notre pure liaison ! Combien n'est-il point regrettable, à tant d'égards, que votre frère ne nous ait pas mis en relation aussitôt qu'il le pouvait, sans attendre que ce contact résultât lentement d'une source indirecte ! Mais cessons de contempler un irrévocable passé, et pensons surtout à ce qui nous reste d'avenir. Aimons-nous profondément, chacun à sa manière, et nous pourrons encore être vraiment heureux l'un par l'autre. En vous accordant avec délices une égalité de sympathie, je ne saurais toutefois vous laisser exclusivement, suivant votre charmante expression, le plaisir de la reconnaissance, et j'y prétends même encore plus de part. Si j'ai heureusement contribué à vous réconcilier avec la vie, ne vous dois- je pas d'en avoirenfin connu dignement le principal attrait? Grâce à vous, mes besoins d'affection ne sont plus réduits à la vague et insuffisante pâture résultée de mon amour universel de l'Humanité, lequel d'ailleurs, loin de soulïrir aucunement de ma noble adoration privée, en reçoit, au contraire, une vive excitation journalière. Pourrai-je jamais trop reconnaître cet immense bienfait moral, si précieusement réalisé au temps même où ma vie me semblait presque condamnée désormais à un irrévocable isolement! Si ma principale gratitude à ce sujet doit consister à vous chérir et à m'identifier avec vous. ah ! comptez, ma Clotilde adorée, sur une ample et éternelle rémunération.
Ma santé continue à s'améliorer, sans être encore vraiment bonne. Quoique l'agitation convulsive ait presque disparu, le sommeil reste insuffisant, sinon quant à sa durée totale, déjà quasi-normale, du moins pour la continuité, et même pour le calme. A la vérité, cette discontinuité me procure la douce compensation de multiplier envers vous mes actes d'adoration intime : car, depuis plus de quatre mois, je ne me suis jamais endormi ni réveillé une seule fois sans vous consacrer spontanément ma dernière et ma première pensée. Quelques courses d'affaires m'ayant obligé de prolonger ma dernière intermittence de travail, je m'en suis si bien trouvé que je prends volontairement un nouveau repos. Je m'étais vraiment remis à l'ouvrage beaucoup trop tôt après notre crise de Septembre, qui ma ébranlé bien plus profondément que je ne le croyais d'abord.
Suivant votre prévision, je n'ai trouvé Lundi aucune trace de l'orage de Samedi, en sorte qu'il ne m'a pas été posssible de revenir convenablement, comme je vous l'annonçais Dimanche, sur l'étrange susceptibilité maternelle relative à Willelmine. Tout en me félicitant toujours d'un bon accueil personnel, j'ai pu vérifier alors combien, amour à part, vous m'êtes indispensable dans cette société de famille, où. en votre absence, le soin de soutenir et d'animer la conversation, au milieu d'une obscurité funèbre ou soporeuse, dépend surtout de l'esprit de contradiction de votre frère. Nous ouvrons ce soir les Italiens par les PnrlKtiiiK. Mais la véritable ouverture pour moi consistera à vous y conduire ; ce qui d'ailleurs, comme vous le conjecturez, pourrait bien arriver après- ■demain. Au reste, vous sentez assez que, sans cette incomparable satisfaction de cœur, j'aurai toujours un vrai plaisir direct à honorer votre mère et à lui complaire, aussi bien qu'à payer faiblement à votre belle-sœur mon immense dette musicale.
Je vous remercie d'avoir accepté, avec une franche cordialité, une offre générale si naturelle entre nous : le communisme ne convient qu'à de tels cas ; et, en ce sens, il est aussi ancien que l'Humanité. Me voilà prêt, comme toujours, à vous remettre ce que vous désirez, et désormais sans le dépasser. Si d'abord je fis autrement, ce ne fut certes par aucune vaine ostentation, ni même par une indiscrète générosité, mais seulement d'après la crainte très légitime qu'une délicatesse irréfléchie ou une insuffisante confiance vous déterminât à dissimuler vos besoins. Je voudrais bien ne pas retarder cette heureuse remise jusqu'à votre bonne visite de Merciedi prochain ; je m'arrangerai pour profiter, à cet effet, du premier instant où nous serons seuls, soit demain s'il y a lieu, soit surtout après-demain, si j'ai la satisfaction de vous mener aux Italiens.
Vous me charmez en me parlant de vos hôtes de Garges. L'anomalie conjugale qui leur est propre constitue, à leur commun avantage, une très forte présomption, puisqu'elle n'a aucune source financière; et votre appréciation, dont la justesse ne m'est pas moins connue que la bienveillance, achève de me les faire, par avance, estimer tous deux. Je leur pardonne d'avoir voulu me priver de vous pendant six semaines, car j'y vois la preuve qu'ils
ont dijfnement senti votre valeur. Au reste, vos indications à leur égard pourront me devenir directement utiles : puisqu'ils paraissent convenir aussi à vos parents, ils auront probablement cet hiver avec votre famille des relations suivies, où je pourrais bien comme membre supplémentaire, me trouver accessoirement englobé ; je m'y prêterais alors volontiers, d'après ce que vous m'apprenez.
Adieu, ma très chère amie, à demain la satisfaction de serrer tendrement votre main.
Recevez, en attendant, un chaste baiser fraternel de
Votre philosophe.
A" COMTE
Quand j'ai appris Lundi soir que vous aviez avancé d'un jour votre départ, j'en ai été peu surpris, en repensant à ce qui s'était passé Samedi. Mais cette brusque modification du dessein dans lequel je vous avais quittée n'en est pas moins devenue pour moi la source d'un désappointement mêlé d'inquiétudes, au sujet de la lettre que je vous écrivis Dimanche matin comme devant être lue avant votre départ, tandis que la poste n'a pu la remettre chez vous que deux heures après votre sortie eiîective. Les diverses chances fâcheuses que pouvait susciter son séjour prolongé chez votre portier jusqu'à votre retour m'ont tellement préoccupé que je ne saurais être pleinement rassuré, à cet égard, qu'en recevant de vous l'assurance spéciale que cette lettre vous est enfin parvenue sans aucun accident quelconque.
SOIXANTE-OIATRIÈME LETTHE
Satnt'fli ni.Tlin i Oclohre I8i.'
Afin d'achever ma semaine dans le far nicntc, j'irai vous voir demain, mon cher ami. .le vous porleiai moi-même le don du
cœur, puisque la poste se met à jouer- le rôle de duègne. Et puis, je vous remercie présentement du plus profond de mon àme des services touchants que vous m'avez rendus.
Je vous ai t'ait hier une espèce de discours otiiciel relativement à la scène irréfléchie de Samedi. J'ai eu mes motifs pour vous en parler devant ma mère, parce qu'elle m'a vivement reproché le fond du procédé. Elle m'accuse, à tort je le pense bien, de vous avoir refroidi envers mon frère ; je serais bien heureuse si vous lui témoigniez de nouveau votre sympathie et votre intérêt, et je vous assure qu'il n'a pas cessé de les mériter. Sa nature le pousserait toujours instinctivement vers vous quand il voudrait se soustraire à votre intluence ; mais il est loin d'en être tenté. Faites la part de tout et de tous ; il n'y a que le malheur qui m'ait débarrassée du plus gros de mes pauvretés, et j'en ai bien encore.
J'ai relu avec respect et tendresse vos deux bonnes lettres, et je vous en remercie. Je vous dois déjà de grands soulagements de cœur, et je suis heureuse d'embellir votre vie d'une manière aussi commode. Cheminons appuyés l'un sur l'autre, mon cher philosophe ; laissons le temps nous guider et nous faire. J'ai de singuliers moments pendant lesquels je me compare à une chrysalide ; il me semble que je me transforme aussi dolemment qu'elle, et que je sors d'une aussi triste robe. Je me remettrai avec bien du plaisir à l'œuvre de ma VVillelmine ; j'espère ne démériter d'aucun côté en suivant mon plan d'idées ; peut-être serai-je utile. Les douleurs de l'excentricité me paraissent devoir résulter bien davantage de l'éducation que du naturel ; et les femmes d'aujourd'hui sont généralement mal élevées.
Mais je rabâche. Adieu : mon très bon ami. Conservez-moi votre tendresse, et comptez sur la mienne. Je vous serre la main affectueusement.
Clotilde de V.
SOIVANTE-GINOI lÈME LETTRE
Mardi 7 Octobre 1845.
Mon cher ami, votie bonté et votre dévouement pour moi vous donnent les plus amples droits à ma confiance ; et, si je ne vous ai pas expliqué plus tôt pourquoi je recourais à votre obligeante générosité, c'a été en partie pour vous en laisser tout le mérite.
Maintenant, pour les miens et pour moi, je suis bien aise de vous initier à mes afïaires privées, desquelles je ne veux pas risquer non plus que vous preniez souci.
Depuis trois ans, le frère de ma mère me donne, à titre d'étrennes, huit cents francs, qui servent à couvrir une partie de ma dépense de l'année. Ma mère me remet trois cents francs sur cette somme, et puis elle paie mon loyer, et ma pension chez mon frère. Chacun me fait, de temps à autre, un petit cadeau pour m'aider : je ne suis donc nullement malheureuse matériellement. Cette année, que, sans être malade ni en traitement, j'ai eu beaucoup de soins à prendre de moi, je me suis trouvée ruinée avant le temps : et, si vous ne m'aviez pas paru le meilleur des hommes, j'aurais recouru à la sollicitude des miens au lieu de m'adresser à la vôtre ; voilà ma petite histoire. Je ne voudrais vous paraître, ni une dépensière, ni vous faire suspecter la bonté réelle de ma famille. Tous ils ont condescendu à plusieurs de mes désirs qui leur étaient dans le fait onéreux. Le seul reproche que je puisse leur faire, c'est de vouloir me circonscrire intellectuellement. Mais j'en reviens toujours à mes moutons ; chacun a ses défauts et ses pauvretés. Ne prenez cependant pas votre part de ceci, je vous trouve très supérieur de plus d'une manière, et vous êtes un ami tel que j'ai toujours ambitionné d'en posséder un. J'espère que mes tourments intimes ne diminuent pas à vos yeux le prix que j'attache à votre alîection. Il n'y a pas de situation, si difhcile qu'elle soit, qui pourrait me fixer où je me sentirais mal ; et le calcul me coûterait davantage que la souiîrance.
Ma mère ne part que demain, et tous les autres sont au mieux
pour moi. L'adulation, même d'une mère, lait bien du tort à un homme. Mon frère, élevé plus énergiquement, eût été un homme vraiment supérieur.
A Vendredi et Samedi, mon très cher ami ; demain je travaillerai, on ne fait rien du tout en recomnienrant. Je voudrais être plus vieille de six mois, avoir fait deux nouvelles intéressantes, et pouvoir dire j> veux. Voilà un vilain mot, n'est-ce pas ? mais je ne le dirai jamais qu'à moi.
Soignez-vous de votre côté, et portez-vous bien ; il y a un cœur que cela intéresse.
Je vous tends la main,
Clotilde de V.