‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 62 sur 112 · SOIXANTE-QUINZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SOIXANTE-QUINZIÈME LETTRE

(Retardi'e à la poste)

Dimanche soir (10 li.) 19 Octobre 1845.

Je vous (lois bien la relation de mes événements île la journée, mon citer philosophe. Je n'avais pas encore vu ma mère quand Sophie m'est arrivée de votre bonne part, et je n'ai rien pu vous faire dire, si ce n'est des compliments. Quelques moments avant elle était venu mon frère, dont j'avais déjà été fort contente. Ma mère pour sa part a été aussi naturelle et aussi avenante que s'il ne s'était passé entre nous que des choses agréables. Elle a remis les questions sur le tapis avec la même partialité, mais sans aigreur, et notts voilà sur un pied sinon satisfaisant du moins supportable. Si je n'avais pas eu l'audace de la franchise, nous n'en aurions pas fini. Je m'applaudis donc de ma mesure de rigueur, au lieu de la déplorer.

Je me suis bien portée dans le jour ; ce soir ma tête est en feu ; mais je vais échauder mes pieds pour pouvoir me remettre à l'œuvre demain. Que ne se contenle-t-on en ce monde des ennuis positifs, et d'où vient la rage de chaque association de se si bien munir de cette sorte (riiigrédient nommé censure? Je me suis toujours rappelé le charmant résumé philosophique qui se trouve dans le Meunier, son fih, et l'Ane, et je me suis souvent promis de m'en tenir à lui sur bien des choses. On ne devrait parler en ce monde que quand on ne peut pas faire autrement ; la langue nous joue bien des tours.

Je suis sure que vous aurez été aussi content que mon frère de la surprise qu'il a eue hier au soir, mon cher ami. Il est revenu ravi de la céleste chanteuse, et je suis bien aise pour ma part qu'il vous doive ce plaisir.

Portez-vous bien. Sophie m'a dit que vous ne dormiez toujours guère. Je le déplore pour vos journées plus que pour vos nuits.

Mon médecin m'a trouvée très fortifiée ; il dit qu'il est très pos-

COIVRESPONDANCR. MM

sible que je sois robuste dans un an ou deux. Je le dois déjà à mon léginie, pour l'avoir fait passer du blanc au noir.

Adieu, mon très cher ami : à demain : recevez l'assurance de toute ma reconnaissance avec celle de mon affection.

A vous de cœur,

Clôt IL DE de VAUX.

Vous me paraissez très bien nvoiv jvigéV homme fatal. C'était un pastiche en noir de Cil Blas.

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