‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 70 sur 112 · TRE-VIN(.T-D01ZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TRE-VIN(.T-D01ZIÈME LETTRE

Lundi nialiii 10 Novomhie ISiô (10 li.).

Après avoir relu la précieuse lettre que je viens de recevoir, mon cœur éprouve le besoin d'y répondre aussitôt, et j'espère en avoir encore le temps avant l'heure de ma corvée, sauf à développer, dans notre doux entretien d'après-demain, ce que je ne pourrais qu'indiquer ce matin.

Je dois d'abord vous remercier de nouveau pour la touchante conliance que m'accorde votre sainte tendresse, et qui constitue

déjà la principale récompense de mon amour, fùt-il même toujours privé de l'inappréciable réciprocité à laquelle je ne puis cesser d'aspirer ardemment. En respectant la noble délicatesse qui, dans l'état présent de votre cœur, vous interdit d'accepter toute l'étendue réelle de mon dévouement spontané, je me réjouis de vous voir du moins consentir aujourd'hui, avec une cordiale franchise, à l'intervention supplémentaire que je me réduisais à vous proposer comme seule immédiate. Vous pouvez donc compter sur ma douce satisfaction à vous remettre Mercredi ce que vous voulez bien me demander : mes embarras passagers ne me priveront jamais, môme à présent, de cette amicale coopération.

Ouant à vos plans personnels, ils méritent beaucoup de réflexion préalable. La réunion avec votre père a surtout besoin d'être pesée : c'est votre* meilleur moyen immédiat, toutefois sous les indispensables conditions que vous m'indiquez si sagement ; mais il a le grave inconvénient de trop engager l'avenir. J'approuve infiniment votre projet de relations directes avec votre digne oncle, et je reconnais que votre composition actuelle vous en fournira la plus noble occasion. Néanmoins, je ne puis m'empêcher de regretter que vous ayez promis à votre mère de cacher jusqu'ici à votre père cette honorable protection : engagée au silence, vous devez sans doute le garder; mais je crains qu'il ne vous ait été prescrit dans l'intention, peut-être inaperçue, de vous mieu.x assujettir au despotisme maternel.

J'apprends avec joie que vous voulez enfin accorder à votre chère santé des soins sérieux et soutenus. Votre médecin se relève, à mes yeux, d'abord par sa courageuse franchise à votre sujet auprès de vos parents, et ensuite par sa consciencieuse déclaration sur l'impuissance radicale de la pharmacie envers vous : pensez donc surtout à votre régime, sous tous ses nombreux aspects ; c'est là votre grande ressource, et j'ose garantir qu'elle vous suffira pleinement, d'après la persévérance convenable. L'une de ses principales prescriptions immédiates consiste à vous décharger sur votre portière de vos propres fatigues journalières ; je suis ravi de vous voir accueillir aussitôt mes indications à cet égard. Quand ce nouvel arrangement sera connu de votre famille, elle sentira, sans doute, comme complément indispensable d'une telle hygiène,

CORRESPONDANCE. :m

l'évidente nécessité de ménager vos forces corporelles pendant les heures de la vie commune.

Combien jevousdois, chère et digne amie, de tendre reconnaissance quant à vos affectueux remerciements sur l'heureuse efficacité de mon affection pour ranimer déjà votre vie morale ! Si votre sainte amitié peut un jour se transformer enlîn en un véritable amour, quel bonheur aura jamais égalé le mien ! Une telle base préalable assurerait à cette ineffable félicité une persistance équivalente à son énergie.

Adieu, mon incomparable Glotilde ; à ce soir, la satisfaction de serrer tendrement votre main, et surtout à Mercredi le bonheur de causer amplement sur tous vos plans.

A vous, mon seul et éternel amour,

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