‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 81 sur 112 · CENT TREIZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CENT TREIZIÈME LETTRE

Vendredi matin 5 Décembre I8i5.

Vous me gâtez, mon tendre ami ; c'est moi qui ai été tort maussade à ma dernière visite chez vous, et ma lettre d'hier matin avait bien plus pour but de vous le faire oublier que de me plaindre des motifs que je vous ai déduits. Tout cela n'est rien entre bons cœurs : ce qui serait grave serait de s'aftliger volontairement ; et voilà pourquoi j'ai tant insisté jusqu'à ce jour sur l'impuissance, en même temps que la cordialité de mes intentions pour vous. Laissons reposer les sujets graves pendant le temps nécessaire, et faisons-nous ressource en tout ce qui se peut. Vous m'avez donné une paire de couleurs carmin en me remerciant de mon maigre bouquet ; j'espère le remplacer plus tard par un autre plus digne. Mes forces d'hier ont pourtant été très raisonnables, je vais

bien aussi aujourd'hui, et ne croyez pas que j'aie l'intention d'atténuer les vrais secours dont m'ont été les conseils de M. (^iiandchainp. Il y a longtemps que la pharmacie n'avait autant fait pour moi : j'aurai bien du plaisir à le lui apprendre et à lui témoigner ma reconnaissance. Le fait est que les contrariétés sont le poison le plus efficace pour moi, et que l'isolement même me paraît doux auprès. Toute ma susceptibilité est dans mon cu'ur et non dans mon esprit, quoi qu'on en dise; et ce qui passe inaperçu pour les autres constitue pour moi de vrais maux. Je sens bien que je ne resterai pas ainsi faite (heureusement) ; l'impressionnabilité physique détermine l'autre : mais il me faut la paix pour me refaire.

Cette conviction de tous les instants m'a poussée hier à la démar che que je désirais ajourner; mais je ne connais pas encore son résultat. J'ai envoyé, à l'heure du dîner, prévenir que je restais chez moi ; et j'ai écrit à ma mère que, toutes réflexions faites, elle me rendrait un véritable service en me donnant ma pension ce mois-ci. Je l'ai prévenue que je travaillais, que j'avais besoin de beaucoup de calme, et qu'en outre, ce parti me ferait trouver du temps. J'irai aujourd'hui savoir la réponse. J'ai, au fait, passé une bonne journée hier : j'ai écrit tranquillement, sans me presser, et pouvant bien me reposer après ; cela me vaut beaucoup mieux, et je serais sûre d'arriver à bien de la sorte ; puissent-ils se décider à me seconder enfin selon mes vues !

A demain, mon très cher ami ; j'accepte avec bien grand plaisir Sémiramis ; et, si je suis à mon à part, je prendrai un cabriolet ici à sept heures, et j'irai vous chercher. Vous pensez que ce n'est pas pour vous en faire le cadeau : mais cela nous sera commode à tous les deux, je l'espère. Je suis bien aise, aux j'eux de ma maison, de conserver mon relief de veuvage : j'y suis fort bien, et il faut maintenir le respect autour de soi autant qu'on le peut.

Je me hâte de vous jeter ce barbouillage à la poste ; et j'espère qu'il vous trouvera mieux portant que le dernier d'hier. Comptez sur mon inaltérable attachement et sur le dévouement que je voudrais pouvoir vous prouver.

Faites de mes compositions l'usage que vous en voudrez faire. J'.avais lu les l'ensées d'uni- Fleur en famille, où cela avait été traité de chose contournée. Un homme de goût avait trouvé cette

petite pièce jolie ; et, d'aptes votie avis, je lui ai fait trouver sa place dans Wilielniine. En voici une autre qui m'est revenue ; mais elle n'a pas grand sel comme idée ; je vous l'envoie pour la forme.

Adieu, cher ami, à vous de cœur,

Clotildk dk vaux.

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