‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 84 sur 112 · CENT DIX-NEUVIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CENT DIX-NEUVIÈME LETTRE

Mercredi matin 10 Décembre 1845.

Mon bien cher ami, combien je vous remercie d'accepter si dignement le mal et le bien qui vous viennent de moi ! Comptez, en retour de vos nobles procédés, sur l'attachement le plus tendre que je puisse éprouver. Si l'amour est le plus impétueux des sentiments, il n'est pas le seul puissant et doux ; et j'ai pour vous aujourd'hui plus que le cœur d'une parente.

Je fais ce que je puis pour que ce mot vous parvienne de bonne heure. Reposez-vous cette journée-ci. J'ai, de mon côté, un malaise qui me fait redouter même l'omnibus. J'irai vous voir Samedi en place, et j'arriverai de bonne heure pour ne pas entraver votre temps du soir.

Pendant que j'y pense. Dieu me garde d'oublier encore la réfutation que j'ai préméditée cent fois, et qui m'a toujours échappé, tant je la croyais peu utile. Comment voulez-vous, avec la connaissance que j'ai de votre caractère, que je vous aie jamais cru capable de commettre une brutalité? La violence n'est même plus dans nos mœurs actuelles, si antichevaleresques qu'elles soient devenues. En vérité, vous êtes mon débiteur à l'endroit de ce soupgon, et je vous le renvoie tel qu'il est sorti de votre pensée.

En revanche, je vous place, de grand cœur, sur le piédestal que vous m'élevez ; il vous convient autrement qu'à moi. Si je tiens à reconquérir ce qu'on m'enlève parfois, c'est parce que je ne me sens pas trop riche, et que je n'ai rien à perdre; je me connais mieux que ceux qui me jugent.

J'espère que je ne vous manquerai pas trop aujourd'hui. Soignez-vous bien, mon digne ami, et donnez-moi de vos nouvelles. Il faut ne pas pouvoir vous rendre heureux pour ne pas le faire. Répétez-vous cela avec votre Cduir et votre raison, et ne m'aimez que comme je mérite de l'être.

Je vous serre bien tendrement la main. Puissé-je vous prouveimieux qu'en paroles mon alîection. mon estime, et mon respect! Quel que soit notre sort, j'espère que la mort seule rompra le lien fondé sur tous ces sentiments; et je vous ollre la douceur de cette pensée en échange de celles que je vous ai ôtées. Adieu, mon tendre ami ; à Samedi, et à toujours de cœur.

Clotilde I)K V.

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