‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 86 sur 112 · CENT VINGT ET UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CENT VINGT ET UNIÈME LETTRE

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Mon cher ami, comme je vous l'ai dit, j'aurais eu de la peine à vous aller voir hier. J'avais une grande irritation d'entrailles, que j'ai traitée au coin de mon feu en travaillant ; le haut va bien, et d'autant mieux. Mais, quoique j'aie retrouvé des jambes, la marche ne m'est pas encore possible ; elle me donne tout de suite maintenant le malaise que je viens d'éprouver.

Voilà mon explication et ma justification sur un point. Quanta l'autre, le passage que vous me citez d'une de mes lettres s'est

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retracé à mon souvenir, mais comme impression d'un moment; et c'est en réponse à une phrase de vous que je l'ai écrit. Soyez sur que je ne redoute uniquement dans nos relations que ce qui pourrait troubler votre repos ou me créer de nouvelles peines. Je ne me sens plus capable de soulîrir dignement, et mon grand moyen est d'éviter toutes les occasions ou les causes d'émotion. Je sais très bien, mon cher et digne ami, que je ne puis pas vous imposer un degré d'alîection selon mes vœu.\ ; je désire seulement ne rien usurper dans votre amour; je sais combien nous mettons du nôtre dans ce sentiment enthousiaste ; bien lieureu.\ quand la haine n'y succède pas.

Mes modifications de famille sont tout bonnement dans les formes, et cela me suffit. J'avais écrit à Max un mot de regret sur la part innocente que j"ai prise à la démarche qui l'a blessé. Il a été touché de cette petite concession, et nous nous voyons sans gêne actuellement. Léon n'arrivera que le premier Janvier : je rentrerai probablement chez eux pour les six semaines qu'il doit passer avec nous. D'ici là, je voudrais bien achever ma Willelmine. Le long intervalle que j'ai mis sans y travailler m'a ôté l'entrain et la facilité.

Cela a été très malheureux pour moi de tous points. Il me devient chaque jour plus pressant de m'allranchir par moi-môme. Je me sens le fonds nécessaire ; c'est ce ([ui me laisse du courage. Moi, qui n'ai pas encore eu l'ambition de l'argent, quel prix j'attacherai au premier que je gagnerai !

M. Grandchamp me fait bien sur bien, et c'est un vrai cadeau que je vous dois. Il a pansé mes pieds avec un taffetas qui rarrangera la chose à la longue sans nécessiter aucune coupure. Quant à mes poumons, il me les garantit, et je le crois déjà, sur l'expérience. Ma lettre avait fait le meilleur effet pour nous deux.

Je serai bien heureuse si je vous trouve bien portant Samedi, mon cher ami. Je pense que vous aimez autant que j'aille chez vous que de vous laisser venir. Moi je l'aime mieux, cela me fait plus de distraction, et je puis faire la moitié du trajet à pied. Lundi, j'avais été à pied et j'étais revenue de même de chez M. (Irandchamp: c'est ce qui m'a fait mal. On est si pressé de se trouver fort.

Je vous tends la main tendrement et je vous aime de tout mon cœur.

Clotilde de vaux.

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