‹ Testament d'Auguste ComteChapitre 98 sur 112 · CENT CINQUANTE ET UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CENT CINQUANTE ET UNIÈME LETTRE

Jeudi soir 29 Janvier 184G (3 li.).

Votre cordial bonsoir ou bonjoui- vient d'arriver Tort à propos, ma bien-aimée, pour calmei- un accès de spleen, auquel le refus d'hier n'était pas étranger, comme manifestant davantage l'amertume de mon isolement. Certes, je ne vous aurais point lait cette proposition, si elle m'eût paru vraiment contraire au genre de eonvenances qui mérite d'être respecté. Dans la simplicité de

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mon cœur, je dois vous avouer que. même à présent, je ne comprends guère en ([uoi cette concession habituelle dépasserait le degré d'innocente lamiliaiité que comporte notre commune situation exceptionnelle. Néanmoins, en de tels cas. ce sera toujours avec une sincère déférence que je soumettrai ma propre opinion à Ja vôtre, non seulement parce qu'il s'agit <le vous, mais surtout d'après la supériorité, générale et spéciale, de votre tact féminin. Je vous ai volontairement lemis la direction totale de nos relations quelconques ; et je me suis trop bien tiouvé jusqu'ici de cette affectueuse discipline pour jamais la blâmer sérieusement, loi's même qu'elle choque mon avis personnel. Restez donc seule à décider spontanément chaque fois si vous pouvez exceptionnellement prolonger jus(|u'au soii- votre clièie visite hebdomadaire, et laissez-moi seulement désiier en secret que ce soit le plus sou vent possible, sansdoutei- d'ailleurs de vos regrets personnels dans les autres cas.

Ce tendre débat momentané ne me laissera désormais de souvenir permanent que celui de l'adorable naïveté c[ui vous entraîne à reconnaître amicalement vos moindres imperfections. Il y a un grand mérite, et aussi irn vif boiihem-. dans la sincère confession d"un tort quelconqrre. même léger- ! Le régirrre catholiqire n'avait jamais mieux compris, quoique empiriquement, nos intimes besoins moraux qu'en régularisant, à sa manière, les habitudes d'aveu et de repentir, si etficaces pour l'amélioration radicale du cœur humain. Combien je me suis souvent félicité d'avoir franchement reconnu mes torts ou mes erreurs, même avant leur réparation î En demandant mon indulgence au sujet d'un faible défaut accidentel, vous méritez davantage ma respectueuse adoration. Ah ! qu'il est doux, ma Clotilde. comme je vous l'indiquais avanthier-, d'aimer un être ver-s lequel nous ramène spontanément, en toute occasion, l'appréciation rétléchie du inoindr-e incident journalier aussi bien que des cas les plus décisifs ! Ceux-là doivent surtout sentir le prix d'un tel bonheur qui avaient d'abord mal placé leurs affections. Mais aussi, après avoir enfin trouvé un digne objet de culte, qu'il est doulour-eux de ne pouvoir réaliser cette sainte union !

J'ai été bientôt quitte hier soir de ma corvée mondaine. Tout ce

tumulte exceptionnel n'y l'.tit (lue nie lappelef vulre lioùl spéculatif pour la danse; et. dans ce tourbillon de lobes blanches ou roses, je n'ai pas tardé à ne voir que vous, même sans leimer les yeux. Quand l'aflluence est parvenue au point de rendre impossible mes tendres méditations, je me suis retiré en silence, et j'étais au lit à onze heures, n'ayant à regretter que trois francs de cabriolet, qui ne m'ont pas empêché de dormir passablement.

Vos deux bonnes lignes et l'épanchement spécial qu'elles viennent de me susciter ont assez diminué ma mélancolie pour me permettre ce soir de retourner aux Italiens, où j'espèie bien vous faire après-demain entendre enfin .Mario dans (|np|(|iie rùle convenable.

Amour et respect.

ate comte.

CENT CTNOl ANTE-DFJ XÏÈME LETTRE

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