I.iinrti soir 2 FrviMci' 184ti
Je viens de goûter un plaisir que je vous dois, mon cher ami ; je suis heureuse de vous en remercier. 11 me restait vingt-cinq francs des cinquante que vous avez bien voulu me prêter ce mois-ci : je les ai portés à M. Grandchamp comme à compte de compte ouvert, et je vous confie que ce maudit argent répand toujours un rellet agréable sur les visages.
J'ai recraché le sang- ces deux dernières nuits, et beaucoup soulîert de la gorge. Cela m'a décidée à prendre mon parti d'un exutoire, et je viens de le faire poser. Il n'en sera question avec (jui que ce soit qu'avec vous ; ceci est un vrai secret de femme. C'est pour trois ou quatre mois, si toutefois les nerfs n'en souffrent l)as, car je les considère et les crains plus que mes poumons. .l'ospèie avoii- encore fait un elfort utile et (pii me proliféra.
Willelmine avance, et se colore; je n'ai pas le défaut de l'engouement pour ce que je fais, mais je sens que je n'ai pas fait une
chose commune, voilà tout ce que je désire pour commencer. Les Mémoires d'un prêtre doivent durer encore un mois dans le JSational. et je voudrais bien être sur les rangs avant la fin de ce temps.
.l'espère, mon cher ami. que votre cœur ne me manquera pas plus dans mes bonheurs que dans mes tristesses, et que. s'il me vient des premiers, nous serons deux pour les sentir.
A ce soir déjà, et puis à Mercredi. Vous n'aurez probablement pas eu vos corvées aujourd'hui : j'ai eu du plaisir à le penser. Portez-vous bien, et comptez sur mes meilleurs sentiments. Je vous embrasse affectueusement,
Clotilde de VAUX.