THALASSA! THALASSA
O vaste Mer! en vain tu fais la courroucée, je sais ce que tu es, moi qui pleure ton sort : Je te reconnais bien, courtisane inlassée Qui éternellement tords et détords ton corps, Frotte ton ventre vert, frotte ta croupe d"or Contre la grève, et la mordille, exaspérée De désir, et te roule, haletant, sur son bord!
Où sont-ils, tes sursauts de vierge effarouchée,
Quand les premiers de nous t'osèrent approcher.
Faibles audacieux qui n'osaient qu'en tremblant
De leur nef effleurer en un sillage blanc
Ta frissonnante robe aux reflets d'émeraude.
Ta robe verte et bleue aux reflets frissonnants,
Et pressentir ta chair mouvante, énorme et chaude?
Vierge que nos terreurs avaient faite sacrée Quel fut-il, celui qui de son esquif fatal Le premier déchira ta tunique nacrée, Troubla de son baiser ta gorge indéflorée. Et laboura ton flanc de son rostre brutal ?
Mes malédictions harcèleront sans cesse Ce héros au grand cœur bardé du triple airain ! Car pour jamais, dès que tu subis sa caresse, Ton sein loge et nourrit, déplorable Déesse, L'exaspéré désir qui dévaste tes reins !
Et depuis, envers toi, toute insulte est permise,
O sublime berceuse de TAphrodité !
Tu fais la complaisante aux familiarités,
Te voilà devenue une fille soumise,
Le plus sale voyou vient lever ta chemise
Pour quelques liards crasseux âprement disputés,
En ces jours où ton flot fume comme une lave. Un grouillement humain assiège ton corps, Et tout fier de lui-même à sentir qu'il te brave. Le Peuple Souverain qui quelquefois se lave, Déchausse ses souliers et met tremper ses cors !
— Je me révolte contre la chose précisément que révèrent tous mes frères :
L'odieux équilibre, inerte comme de cadavres qu'un bout^fon funèbre maintiendrait debout de les adosser les uns aux autres,
L'équilibre qui d'ensemble enchaîner des énergies équivalant en puissance, divergeant de direction, les entredétruit dans un duel sans issue.
Les finit en cadavres restés debout, d'être adossés les uns aux autres ;
Je hais la symétrie des choses qui se complètent; violet et jaune font deux nobles couleurs — mais les reconnaître accouplées en un mariage qui enfante le noir mort ou le blanc qui n'existe pas, m'indigne et me fait souffrir I
Et j'excècre autant l'accouplement où un homme avec sa femelle agglutinent leurs bestialités à s'anéantir dans l'édition des bâtards, des bâtards de leurs attributs originaux fermentant mélangés l'un dans l'autre! Mais je révère, mais j'adore la symétrie mouvante des forces ^/'('5(7//t' semblables, et qui perpétuellement gravitent entre elles, tendent infiniment à se joindre sans se joindre jamais ;
Q.ui développent des infinités d'aspects, des infinités de rapports infiniment divers et changeants, infiniment neufs, infiniment harmonieux;