COUP DŒIL SUR LA PHILOSOPHIE AU XIX' SIÈCLE
par déclarer qu'il ne peut se déterminer ni pour l'une ni pour Tautre à l'aide de la raison pure. Il est vrai que ce qu'il appelle la raison pratique lui offre, dans un autre ouvrage, tous les moyens de se déterminer victorieusement en faveur de Dieu. Mais pourquoi a-t-il d'abord méconnu la puissance des démonstrations métaphysiques fournies par Descartes, Bossuet, Fénelon , Mallebranche, et surtout par le docteur Clarke? et pourquoi leur avoir fait subir l'affront de les mettre sur une ligne parallèle soit avec les raisonnements de l'inintelligible Spinosa , soit avec les absurdités palpables du baron d'Holbach et de Diderot ? Pourquoi n'a-t-il pas su faire un usage simultané de sa raison pure et de sa raison pratique ? Est-il rien de plus révoltant que d'appeler raison pure celle qui laisse Dieu en problème?
Oui , je le dis à regret, Kant, quoique dans son second ouvrage il ait fourni la plus puissante démonstration de la loi du devoir , et qu'il s'y montre complètement religieux , a mal servi la cause du spiritualisme. Elle était plus florissante avant lui, en Allemagne. Les sages disciples de Leibnitz, de Descartes et de Platon, Wolf, Mosès-Mendelsohin , et surtout le baron de Jacobi, l'avaient maintenue, le premier par sa raison, qui pour- I. ib
tant est irirlliodique à l'excès, et les doux autres avec une éloquence qui reproduit Platon même. Kant, bien involontairement sans doute, n'a que trop servi la dédaigneuse paresse des esprits superficiels, qui, à la vérité, ne le lisent pas du tout, mais qui s'autorisent de sa thèse et de son antithèse pour déclarer quon ne tient pas Dieu par la métaphysique. Il n'y a pas aujourd'hui une erreur plus funeste , une allégation plus impudente et qu'il soit plus nécessaire de repousser. Deux disciples de Kant se sont bientôt présentés pour résoudre le problème qu'il avait laissé indécis entre le suhjcctij et V objectif; et c'étaient deux autres hommes d'un esprit supérieur : Tun Fichte, et l'autre Schelling, deux écrivains beaucoup plus éloquents que leur maître ; mais tous deux étaient portés à une exagération absolue et tranchante. Pour établir la communication entre le monde intérieur et le monde extérieur , ils se placèrent sur les deux rives opposées, et la communication fut rompue plus que jamais. Fichte se logea dans le moi et ne sut plus comment en sortir, de manière que le monde extérieur disparut à ses jeux, et ne sembla plus que peuple de fantômes. Schelling eut pitié de ce pauvre monde extérieur qui semblait devenu