LA PRÉSENCE INVISIBLE
0 vent qui passes, plus rude Que les bisons chevelus, Roules-tu la multitude Des êtres qui ne sont plus ?
Toi qui bats, tambour livide, Est-ce que, vain bruit des vents, Tu composerais ton vide De ce qui fut les vivants ?
Ilouh ! houh ! va-t'en vers les grèves, 0 vent, tourne sur les mers, Avec les chants et les rêves, Les larmes, les cris amers !
Tourbillonne, siffle et gronde De Singapour à Para, 0 vent, fais le tour du monde, Portant ceux qu'il engendra !
Ouvre tes ailes mouillées, 0 rafale des défunts !
Arrache aux bois les feuillées, Arrache aux flots les embruns !
0 vaste tourbe inutile,
Si tu dois souffler toujours,
Vole, renverse, mutile,
Les montagnes et les tGurs !
Plane, sans cesse grossie Par les générations, Et sur la terre obscurcie Répands les destructions !
Sur la terre qui s'effare Roule ton vaste charroi Comme un conquérant barbare, — Et d'abord, emporte-moi !