BONHEUR
0 mon refuge ! ô ma demeure Toujours présente à l'horizon, Où mes blessures à toute heure Trouvent charpie et guérison!
Compagne ! ô ma force ! ô ma joie !
Mon cœur se fond pour te bénir.
Avant que l'aurore rougeoie Dès l'aube je te sens venir.
Tu me viens, ayant pris lumière Et chaleur au soleil d'été, Et dans la maison coutumière Tu reverses celte clarté.
Tu m'éveilles, tu m'illumines En passant sur mes yeux ta main !
Tu me nourris, tu m'achemines, Tu fais mon vin, tu fais mon pain !
Si j'erre le jour en détresse, Je n'ai qu'à me tourner vers toi Pour que dans l'orage apparaisse L'arc-en-ciel, nimhe où je te voi !
Tu luis et tu charmes ! Tu prouves Que la vie est un don de Dieu !
Et tu réchauffes et tu couves, Étant le foyer et le feu !
BONHEUR 22o
Sœur d'armes contre un sort rebelle, Gardienne des lares sacrés, Tu veux bien encore être belle, Et m'ouvrir tes bras adorés !
0 ma Raison, forte et paisible, Fierté sans tache et sans détour, Pallas! Conscience visible ! Tu consens d'être encor l'amour !
La parole sèche à la bouche, Quand le cœur déborde ! Les mots Semblent dès que l'amour les touche, Et se brisent, et sonnent faux !...
0 mon àme, que te dirai-je,
Puisque tu es moi plus que moi !
0 mon cœur, que te donnerai-je,
Si tout ce que j'ai vient de toi !
Le ciel si pur n'est pas tes yeux, Les roses ne sont pas ta lèvre, Ni la source où guérit la fièvre N'est ton baiser délicieux.
Les lys florissants ni la neige Ne sont tes seins ; reste en mes bras ! 0 mon amour, si tu t'en vas, Avec quoi donc te referai-je ?
Si rien ne peut renouveler Ta forme en ce monde où tout passe, 0 mon amour, rends-moi, de grâce, Aveugle avant de t'en aller !
0 cœur limpde ! azur ! ù source où je m'abreuve
De vérité loyale et de fraîcheur ! ô fleuve
De pureté ! Bonheur ! — Et toi, pourtant, aussi,
La douleur s'est assise à ton seuil obscurci !
Chère, et tes yeux, devant tes colombes en fuite
Ont eu l'étonnement. ont eu les pleurs ensuite,
Et sur les trahisons que nous peuvent couver
Nos destins et nos cœurs-, tu t'es prise à rêver !
— Mais quelque mal qu'ait vu ton âme, ou que ton âme
Elle-même ait souffert, ni le gel ni la flamme
N'en ont terni jamais l'adorable cristal,
Et nul brouillard ne trame aucun voile fatal
Sur cette transparence où tu te montres nue ; La pensée à ton front sans faire ombre est venue, Et ton àme à travers tes songes t'apparaît Comme le bleu du ciel à travers la forêt.