AU MONT VALÉRIEN
Je suis allé cueillir des fleurs sur la montagne Qu'enorgueillit son fort et son beau nom romain. Son flanc porte en écharpe une verte campagne Où les fleurs du terroir poussent à pleine main.
Je suis allé cueillir pour toi, ma bien-aimée, Avec tes deux enfants, notre unique horizon, Tout joyeux de l'accroître, odorante et pourprée, La gerbe destinée à fleurir ta maison.
Des papillons comme eux butinaient dans les herbes Et sous les murs, lustrés parles gazons épais, Des vaches aux yeux bleus, massives et superbes, Ruminaient lentement, nourrices de la paix.
Au-dessus de nous, rien que des cris d'hirondelles Et le silence bleu de l'espace, et le jour. Ainsi que les volcans, les hautes citadelles " Aiment pour leurs sommeils des murmures d'amour
Un moment toutefois s'est levé de la plaine,
Roulant une indistincte et profonde clameur.
Je ne sais quel vent, large et chaud comme une haleine.
A peine a-t-il ému l'herbe du mont dormeur.
Et comme sans songer je relevai la tête, Le merveilleux tableau qu'on découvre de là Fait pour lasser le peintre et troubler le poète Dans le soleil et l'ombre à mes yeux s'étala...
Au nord c'est le damier des cultures vermeilles Où les bourgs çà et là posent leurs clochers gris ; Et les courbes sans fin de la Seine, pareilles Aux retours d'un rêveur ; au levant, c'est Paris.