‹ Testament poétiqueChapitre 108 sur 112 · A MA MÈRE MORTE · texte numérisé non relu

A MA MÈRE MORTE

0 mère, dans la nuit tu t'en es donc allée ! Mais je te sens encor — sans doute tu nous vois, Tu n'as pu t'en aller si loin que notre voix Ne t'arrive toujours, amère et désolée.

Tout petit, dans la banne auprès du lit roulée Tu me bordais, m'ayant endormi ; puis tes doigts Ressaisissaient la tache et tes yeux maintes fois Se fermaient sur la laine encore non filée...

Mais t'éveillant rapide au premier cri poussé, Et me fermant la bouche avec ton sein pressé, Tu m'épanchais le sucre et le lait de la vie.

N'entends-tu pas le cri que je jette plus fort? Viens, et tends la mamelle ; apaise mon envie. Et verse-moi le sucre et le lait de la mort.

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