PREFACE XVII
lui de ne l'abandonner qu'après en avoir fait une œuvre qui le satisfit pleinement. Les vers en sont tout à fait remarquables. Il la refondit dans le même esprit qu'il avait apporté au remaniement d'Hélène. Mais ce travail passionné sur une œuvre dont l'amour conjugal et l'héroïsme étaient le ressort lui coûta une dépense fatale d'émotion. Il le savait, mais il préférait mourir la plume à la main. La pièce fut portée à la Comédie-Française ; elle n'y fut reçue qu'à correction. Simple malentendu sans doute, mais qui hâta sa fin.
Le désespoir le gagna. Il fit le serment, qu'il devait encore oublier, d'abandonner le théâtre, revint à la poésie pure et publia la Vie chimérique (1892), sorte d'autobiographie morale composée de vers qu'ont inspirés toutes les époques de sa vie. On y retrouve les rêves de l'enfance, l'amour de la terre, l'idée fixe de la mort, la fantaisie à outrance, cette illusion d'une vie antérieure qui avait déjà défrayé le recueil des Songes, tout, jusqu'au doute absolu qui ne reconnaît que le néant, mais aussi cet appel suprême au devoir qui clôt le volume comme un réveil de la conscience après une agonie.