XX PRÉFACE
et de sa forme, que la tombe se ferma sur lui. De son vivant il fut vaincu. Esclave d'un cœur trop large et trop compatissant, il ne sut pas trancher, dussent-ils en saigner, les liens qui entravèrent l'essor de sa jeunesse. Ceux qui ont pu lire son journal intime, et remuer le fond de l'horrible tristesse, de la misère physique où se débattit sa grande âme d'artiste, ceux-là ne sont guère surpris de sa défaite, mais ils ne désespèrent pas d'en voir un jour éclater la revanche. Son œuvre, sans doute, n'est ni homogène ni achevée, mais la critique en peut sauver d'assez beaux fragments pour que toute gloire ne lui soit pas refusée. Je serais trop heureux si, par une sympathique analyse de ses titres littéraires, j'inspirais au lecteur qui ne les connaîtrait pas tout le désir de les vérifier sur son œuvre dont ce recueil posthume lui aura fait pressentir les qualités rares.
L'œuvre de Paul Delair intéresse en particulier quiconque est soucieux d'éprouver ce qui est proprement matière à versification, de fixer l'étendue et la limite des avantages que peut offrir sur la prose cette merveilleuse discipline