PRÉFACE
ordre, de sorte que, même en faisant la part de sa modestie, de sa fîère timidité, peu favorables à l'exploitation de son talent, on se demande pourquoi il n'a pas obtenu de son vivant toute la réputation qu'il méritait. Il y a là un problèmelittéraire et social qui sollicite l'examen. Son œifvre si riche, si belle, si peu récompensée pourtant m'a permis d'étudier de près et de reconnaître à-des signes certains ce que c'est qu'un vrai poète, et m'a fait en même temps réfléchir sur les conditions requises pour que notre art porte tous ses fruits.
J'esquisserai d'abord à grands traits sa vie. Je le ferai surtout d'après les renseignements qu'a bien voulu me fournir sa famille, car nous nous sommes, Delair et moi, plutôt rencontrés" que fréquentés. Je n'en apporte que plus de zèle et de piété à présenter ses poésies posthumes au public ; il me semble que je paie une dette de mon cœur à sa mémoire, comme si j'avais à me reprocher d'avoir négligé de le mieux connaître" Hélas ! la sympathie, qui est le fond, la semence naturelle des amitiés, laisse trop souvent stériles à Paris ses terrains de culture ; l'agitation y est trop vive et sépare avec la même facilité, le