XXIV PREFACE
délicate d'inépuisables sujets d'attendrissement ou de révolte. Les subterfuges, les expédients de la raison transcendante dont les métaphysiciens se contentent, faute de mieux, pour expliquer le mal, pour concilier le déterminisme avec le libre arbitre, tout cela lui est étranger et ne fait qu'irriter sa droiture intellectuelle. La lutte est inégale de la raison humaine avec l'inconnu qu'il importe le plus de pénétrer; il s'en tire comme il peut. L'entière sincérité de sa recherche met au martyre ses vœux les plus hauts, ses espérances les plus chères, et ce martyre qui fait la dignité de son inspiration fait aussi la beauté de ses vers. Le philosophe patenté rougirait à bon droit d'un recours à la foi comme d'une trahison envers la méthode même et l'instrument propre de sa connaissance; le poète, lui, cherche moins qu'il n'aspire. Aussi est-il plus enclin à se confier à l'immédiate intuition du seul vrai dont son cœur ait besoin. C'est là ce qui le sauve du désespoir, aussi longtemps que la somme de ses désillusions devant le spectacle universel des combats tragiquement silencieux pour l'existence n'excède pas sa foi en quelque idéal mystérieux, raison d'être et fin de la nature.