‹ Testament poétiqueChapitre 26 sur 112 · PRÉFACE XXVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXVII

dramatique, n'en déplaise à Sarcey. J'accorde que parfois, et ce fut l'écueil du poète, il sacrifia son principe au mouvement qui, au théâtre, n'est pas l'action. Il lui arrive alors d'atteindre surtout l'effet féerique, l'effet de mise en scène, plus que l'effet dramatique. Aussi de presque tous ses drames ferait-on de magnifiques livrets d'opéra. Cette remarque fut faite par M. Perrin pour Garin: elle est des plus sensées. Une lettre de Verdi sur la Mégère apprivoisée la confirme : « Superbe ! écrit-il. Heureux le compositeur qui fera de la musique sur une pareille pièce ! » — La remarque de M. Perrin me semble bien précieuse. J'y vois plutôt une reconnaissance tacite qu'une défiance du sens dramatiaue chez Delair. Car il s'en faut de beaucoup, si je ne me trompe, que, dans un opéra, la mise en scène ait plus d'importance que l'action. Celle-ci, au contraire, doit être le plus forte possible pour fournir à la musique de quoi exercer son mode d'expression qui est tout passionnel; elle doit être, en outre, si nettement définie que, même dans le cas trop fréquent où beaucoup de paroles échappent à l'auditoire, elle y supplée et suffit à rendre la musique intelligible.

Page 1