XXXIV PREFACE
rien ne traversait sans en emprunter la chaleur et la palpitation. Son regard de poète retenait les traits les plus saisissants et les plus expressifs des choses et ne se complaisait pas dans l'analyse de l'ordure ; sa plume altière se refusait à décrire les objets que la nature même semble avoir dédaignés, ceux dont elle a négligé le moule, abandonné la forme au hasard, qu'on peut copier inexactement sans commettre aucune faute de dessin, parce qu'elle ne leur assigne aucune proportion ; elle n'est soucieuse de l'harmonie que dans ses œuvres exquises, dans les fleurs, par exemple, et les jeunes corps.
L'aperçu d'ensemble et l'appréciation générale que je viens de donner des ouvrages si divers de mon très aimé confrère pourraient presque me dispenser de caractériser le présent recueil de ces poésies posthumes. On y reconnaîtra en effet exprimés avec autant d'art et plus de liberté tous les sentiments qui, aux étapes successives de sa carrière, ont animé ses écrits. J'ajoute seulement que la part faite aux émotions les plus intimes, aux tendresses du foyer, y sera nouvelle pour le lecteur. Il n'aura pas trouvé non plus dans les publications antérieures les