‹ Testament poétiqueChapitre 37 sur 112 · CE QUI NE VIEILLIT PAS · texte numérisé non relu

CE QUI NE VIEILLIT PAS

Les chères fleurs enfin sont aux amours rendues Et les neiges au souffle attendrissant fondues, Poète : Avril encor vient répondre à tes vœux ; Mais les pâles flocons restés dans tes cheveux Hélas ! ne fondent pas même lorsque l'aimée Souffle en riant dessus son haleine embaumée : Il est donc un printemps qui ne peut revenir !

Poète, toutefois, si tu veux rajeunir,

Lis les Grecs. Rossignols d'Ionie ou d'Athènes,

L'écho n'est pas éteint de leurs chansons lointaines.

Il ne vieillissait pas, l'air qu'ils ont respiré. La jeunesse éternelle est en ce chant doré, Et la joie, et Vénus, des flots de pourpre éclose, Et qui le même jour a fleuri que la rose,

Et la liberté vierge, et, ,

L'héroïque printemps qui dévora Xerxès.

11 ne vieillissait pas, l'air vibrant sous l'yeuse, L'air qui partout baignait la forme harmonieuse, Et ce peuple divin, même dans le tombeau, Ainsi qu'un fiancé que précède un flambeau, Ne voyait que sourire et vierges mi-voilées Et sous les pas légers violettes foulées. Aux peuples nés ailleurs sur la terre, les dieux Révélèrent leurs noms, fatals ou radieux ; Mais c'est eux seuls, parmi les forêts ingénues, A qui se sont fait voir les Grâces toutes nues.

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