‹ Testament poétiqueChapitre 4 sur 112 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

la ferme de ses oncles. Il en rapportait des impressions naïves, le souvenir de certains vieux livres égarés et dépareillés dans la salle basse de la maison, entre autres le premier tome de la Nouvelle Héloïse orné de dessins de Moreau le Jeune. Mais c'est chez le père d'un de ses camarades, à Montmartre, qu'il rencontra pour la première fois une vraie bibliothèque. Il y lut Gessner, Florian, Destouches, Régnard, Molière, le Voyage du jeune Anacharsis et surtout Gil Blas.

L'aube de l'amour en son cœur date de cette dernière lecture. Il la faisait le soir à sa famille, en compagnie d'une fillette de son âge (il avait alors treize ans) dont la grâce l'émut tendrement et dont la mort précoce l'impressionna beaucoup. Deux de ses poésies consacrent ces lointains souvenirs.

De treize à dix-sept ans son adolescence fut toute à la curiosité, à l'étude et au rêve. Ce qu'il dévora d'ouvrages d'imagination et d'histoire est inouï. Il conçut dès ce temps-là une sorte de métempsycose dont il se croyait très sérieusement le vivant témoignage et dont nous parlerons plus loin. Il méditait un grand poème sur Jeanne d'xirc et commençait déjà Perceval le

Page 1