A MA MERE
Ma mère est paysanne. Elle est petite et vieille. A ses traits les labeurs vénérables ont mis Leur pâle couperose, et dans ses yeux amis Une àme bleue et douce, aux champs natals pareille
J'y vois les feux du soir s'attarder, endormis. Sur la cime des prés butinés par l'abeille Une étoile s'allume ; et, la face vermeille, Des anges au bercail rentrent les bœufs soumis.
Ces anges blancs, ce sont tes bonnes œuvres, mère, Rendant, le soir venu, sans trouble et sans chimère, Le troupeau de tes jours à Dieu qui l'a compté.
Que plus de paix toujours dans ton âme pénètre, Mère, et que toujours plus descendent dans mon être Les bénédictions de ta simplicité.
Que je baise ta tête blanche, Ma pauvre chère vieille ! Hélas !
Vois-tu comme la mienne penche ?
J-e suis un pauvre homme bien las !
A tes genoux que je m'apaise !
Le cœur est étrange, vraiment ; Plus il est vide, plus il pèse !
Mais regarde-moi seulement,
Je redeviendrai, mère blanche, Comme un petit, las de gémir, Et dont la tête ne se penche Que sur le sein, pour y dormir...
Ai TESTAMENT POÉTIQUE
Tes yeux sont purs et doux, ma mère, Et d'un tranquille azur baignés.
Jamais doute ou révolte amère Ne troubla ces lacs résignés.
On n'y voit rien que l'habitude De bien faire et n'y pas songer, Et la sereine quiétude Qu'hivers ni deuils n'ont pu changer.
La terre, d'où sort toute chose, Hier, demain, de jour, de nuit, Sans chercher la fin ni la cause, Ouvre la fleur, gonfle le fruit.
Le fruit tombe ; elle recommence, Sans étonnement, sans effort, Et sa sublime patience Suit l'acharnement de la Mort.