VI PRÉFACE
Après une insomnie d'une nuit, il apprit que, cette nuit-là même, son père était mort à trois cents lieues. Depuis lors, il ne cessa d'être hanté par l'idée de la mort; son œuvre lyrique en porte partout l'empreinte. Une autre affection pouvait seule combler le vide de son àme aimante; cette affection vint, jusqu'à son dernier jour, la remplir-tout entière; il se maria.
Sous l'inspiration de son jeune bonheur, il composa son premier volume de vers Les Nuits et les Réveils. Présenté à Théophile Gautier, il eut la joie sans égale de l'entendre lui souhaiter la bienvenue en lui récitant un des sonnets du recueil.
La mort de Gautier, celle d'Alexandre Dumas surtout l'affectèrent profondément. La prodigieuse imagination de Dumas avait, dès son enfance, éveillé dans la sienne, si vive 'et si riche, d'inoubliables échos. Il improvisa, d'enthousiasme, l'éloge du maître en un acte qui lui valut un véritable triomphe aux matinées de Ballande et fut, quelques jours après, sans lecture préalable, joué au Théâtre-Français. Ce début fut un coup de maître où se révélèrent ce goût et cet art de la composition qui marquèrent tout son théâtre.