‹ Testament poétiqueChapitre 66 sur 112 · GESTATION · texte numérisé non relu

GESTATION

0 Terre ! tu nous tiens et nous portes, ô Terre, Comme en ses flancs obscurs porte son fruit la mère !

Le sang de notre cœur, la force de nos reins, Nos palpitations, nos essors et nos freins, Tout vient de toi ! C'est toi qui vis dans notre vie ! Par le réseau profond qui serpente et dévie, Par mille bleus rameaux tu fais monter en nous La nourriture et l'âme écloses au-dessous. Mais ce réseau sacré n'est pas moins une chaîne Qui nous tient à l'attache, où tu veux nous entraîne,

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Et sans retour nous lie à tes fatalités. Nuls pas, nuls mouvements qui ne soient arrêtés Par ces fils se croisant sans fin, doux et funèbres. Hélas ! nous habitons le ventre des ténèbres. — Mais peut-être, — aussi bien que l'enfant mûr enfin, Assez fort pour se faire à soi-même un destin, Et mener sans appui sa route personnelle Qui, rompant tout à coup l'attache originelle, Tombe dans la lumière et dans la liberté, — Peut-être que la mort, c'est la maturité Qui brise le cordon maternel, nous délie, L'œuvre génératrice étant lors accomplie, Et nous fait, pour y vivre à notre gré, joyeux, Fuir dans l'indépendante immensité des cieux !

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