‹ Testament poétiqueChapitre 79 sur 112 · VEILLE PROLONGÉE · texte numérisé non relu

VEILLE PROLONGÉE

Chez la voisine endormie Le plus ancien des coucous Dans sa gaine de momie Frappe douze tristes coups.

Ma voisine est fraîche et tendre Un visage de vingt ans !

Je voulais ce soir l'attendre :

Je n'en ai pas eu le temps.

Sur mes livres, solitaire, J'ai veillé, j'ai travaillé A mon labeur sans salaire ; Et sur mon coude appuyé

Dans un tremblement étrange Tout doucement j'ai glissé Où chantait une voix d'ange...

Lorsque l'horloge a grincé.

Peut-être elle sonne l'heure A quelque ami dans ses bras..

Je ne sais pourquoi je pleure ; Hélas ! je ne l'aime pas !

CELIANE*

— Oui, cher ; je ne fais plus la guerre. J'ai laissé l'ombre des drapeaux • Pour goûter l'ombre bocagère Et les clairons pour les pipeaux.

J'ai mis la gloire en nonchalance, Au grenier la targe et la lance, Et je n'entends plus les tambours Sinon quand ils font sur la place Danser d'une si belle grâce Les rustiques et leurs amours...

' Écrit en marge du scénario inachevé d'une pièce Louis XIII.

Mon Célidan, la solitude

A pour moi cent charmes divers ;

J'ai pour théâtre et pour étude

L'aimable horreur de ces déserts !

Car une déité l'enchante,

Et sous la frondaison penchante

Si quelqu'un te dit que parfois

L'on a cru voir passer Diane,

Dis-lui que c'est ma Céliane

Et que je la suivais aux bois

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