‹ Testament poétiqueChapitre 8 sur 112 · VIII PREFACE · texte numérisé non relu

VIII PREFACE

Lope de Véga, Gœthe, et surtout les Anglais, Massinger et Forb, Beaumont et Fletcher, Ben Jonson et Shakespeare, à son avis le premier des poètes et des dramaturges de tous les temps. Il l'admirait dans ses œuvres les moins connues et les plus contestées et son œuvre ne le quitta pas même à son lit de mort.

Ces travaux n'occupaient pas toute son activité intellectuelle ; il en vouait une grande part à suivre le grand mouvement philosophique de son temps. Spencer, Taine, Renan ne publiaient rien qu'il ne le lût. C'est alors qu'il conçut l'idée d'un volume de vers exclusivement philosophique et commença la composition des Étapes, restée inachevée. Magnifique labeur où il s'absorbait entièrement, au point de renoncer à toute distraction, même à la préférée, à celle du théâtre, et de négliger les plus utiles relations sociales.

Tandis que sa pièce Garin, reçue à la Comédie- Française, y attendait sept ans le jour de la représentation, Delair sans se décourager écrivit Brunehild, trois actes en vers, inspirés des récits d'Augustin Thierry ; le Rossignol, poème dramatique en trois actes sur la Bretagne ancienne ; Rabelais, grand drame en vers sur la Renaissance ;

PRÉFACE TX

la Leçon, un acte sur les guerres de Religion ; Crête-Rouge, un acte sur la guerre de l'indépendance des Etats-Unis; Blûnchefleur et Le Cousin Bertrand, comédies en vers d'après Shakespeare et d'après les romans bretons ; enfin le scénario de deux grands drames, Dupleix et Saint-Jean de Losne.

La représentation de ces œuvres pleines de souffle, de verdeur et de force, âpres aussi, était subordonnée à celle de Garin, toujours, hélas ! retardée.

C'est alors que Delair fit la connaissance de Goquelin aîné. Leurs relations, d'abord accidentelles, devinrent des liens de profonde amitié. Coquelin personnifiait pour lui le génie du théâtre, ce qui l'attirait le plus au monde, et de son côté le grand comédien rencontrait dans le poète une docilité toute simple, une douceur, qui, sans doute, le déconcertaient délicieusement et à coup sûr l'émerveillaient. 11 lui fut bientôt très utile.

Le drame historique n'avait pas toutes les prédilections de Delair ; il s'était fait du drame moderne un idéal très déterminé. Pendant toute sa jeunesse, à la campagne ou à Paris, il avait

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