DOULEUR DE PENSER
Parfois la vie afflue en nous et nous enivre
Et tout devient prétexte à l'extase de vivre.
Pour un vent frais qui court, pour une goutte d'eau
Qui suspend le soleil au bout d'un fin rameau,
Pour un enfant qu'on voit, joue exquise et rosée,
Chair que pour une fleur peut prendre la rosée,
Pour un air qu'on entend aux lèvres d'un passant,
Pour moins encor, — pour rien, — l'on est joyeux, l'on s<
Fondre invisiblement vains espoirs, craintes vaines,
Dans le sang tiède, heureux de couler dans nos veines
Et les cinq sens, ravis d'agir, font tour à tour Couler en nous la vie ambiante et l'amour....
Si l'on en restait là! Mais jusqu'au bout poussée, Cette joie en tumulte éveille la pensée Et par tous les canaux lui versant à souhait Son ivresse, l'excite alors du même fouet ! L'excès de vie apporte ainsi l'excès de rêve. En tumulte l'essaim des problèmes se lève. Sous chacun des plaisirs goûtés nous découvrons Un mystère à blanchir sollicitant nos fronts ; Chaque question, prise en désordre, est lâchée Sans réponse, laissant la tête plus penchée ; L'amour ouvre à nos yeux l'origine sans fond ; L'écume de la vie au hasard brille et fond ; Sous les formes nous fuit l'insondable matière. Néant, l'homme! le ciel, gouffre! nuit, la lumière!
Ainsi ce qui faisait bondir le sang joyeux Fatigue le cerveau morne et fuligineux ;