CHEZ LE VOISIN
Chez le voisin j'entends un piano qui rêve, Puis des rires de femme et d'amoureuses voix. Et je me penche : et c'est la chanson d'autrefois. Et derrière le mur mon jeune avril se lève
C'est bien ma mie : elle est gaie et rose ; et sans trêve Les airs de notre enfance écl osent sous ses doigts ; Et mes amis groupés l'écoutent ; je les vois ; Et la nuit rayonnante en doux propos s'achève
Mais non : car mes amis sont défunts ; et là-bas Ma mie est toute vieille aux bras d'un autre ; hélas ! Les airs sont oubliés du passé que j'envie !
Et ce qui m'en sépare est plus que ce mur lourd : C'est l'amas douloureux, infranchissable et sourd Que laisse en s'écroulant derrière nous la vie !
5 décembre 81.