MENDIANTE
Ce petit bruit doux qui tinte aux carreaux, C'est la pluie, hélas! Or, une pauvresse Est là, en haillons collés sur les os.
Je lui dis : Entrez, pauvre âme en détresse ! Dans mon àtre clair monte un feu vivant. Venez ; chauffez-vous à cette caresse.
Elle entre et je dis : — « La pluie et le vent c Glacent les haillons traînants qui te ceignent. € J'ai des robes, là, qu'on tisse au Levant,
« Et l'or et la pourpre et les fleurs y saignent. « 11 semble, à les voir, ces rêves profonds « Qu'ivres d'opium les sages enseignent.
« Gouvres-en ta chair et tes membres blonds. »
La voici vêtue ainsi qu'une fée ;
Et je verse, épris, dans ses cheveux longs,
Tout l'amour que tient mon âme étouffée Et tout ce qu'il tient d'or en ma maison ! — Et d'un tel désir me vient la bouffée
Qu'à ses pieds tombant je perds la raison. Maintenant voici, je m'éveille, triste, Près de l'àtre où meurt le dernier tison.
Petit à petit sentant que j'existe,
Je la cherche, hélas ! de mes yeux lassés,
Mais d'elle à présent plus rien ne subsiste