‹ Testament poétiqueChapitre 94 sur 112 · MENDIANTE · texte numérisé non relu

MENDIANTE

Ce petit bruit doux qui tinte aux carreaux, C'est la pluie, hélas! Or, une pauvresse Est là, en haillons collés sur les os.

Je lui dis : Entrez, pauvre âme en détresse ! Dans mon àtre clair monte un feu vivant. Venez ; chauffez-vous à cette caresse.

Elle entre et je dis : — « La pluie et le vent c Glacent les haillons traînants qui te ceignent. € J'ai des robes, là, qu'on tisse au Levant,

« Et l'or et la pourpre et les fleurs y saignent. « 11 semble, à les voir, ces rêves profonds « Qu'ivres d'opium les sages enseignent.

« Gouvres-en ta chair et tes membres blonds. »

La voici vêtue ainsi qu'une fée ;

Et je verse, épris, dans ses cheveux longs,

Tout l'amour que tient mon âme étouffée Et tout ce qu'il tient d'or en ma maison ! — Et d'un tel désir me vient la bouffée

Qu'à ses pieds tombant je perds la raison. Maintenant voici, je m'éveille, triste, Près de l'àtre où meurt le dernier tison.

Petit à petit sentant que j'existe,

Je la cherche, hélas ! de mes yeux lassés,

Mais d'elle à présent plus rien ne subsiste

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