‹ Testament poétiqueChapitre 95 sur 112 · MENDIANTE · texte numérisé non relu

MENDIANTE

Que ses haillons noirs qu'elle m'a laissés. Par la cheminée elle s'est enfuie Avec les habits d'Orient tressés ;

Et toute ma chambre est pleine de pluie.

J'aime à vous voir si belle, et de votre beauté N'ai pourtant que l'image à mille autres offerte ; J'aime à vous rêver bonne, et de votre bonté D'autres se loueront seuls, hélas ! moi. jamais, certe !

Et j'aime à vous aimer cependant sans espoir !

— Dans un bouquet, la fleur inutile qu'on jette, La goutte d'eau qui court sur vos vitres le soir, La page du roman que vous passez, distraite,

C'est moi. — Peut-être, hélas ! la page vous eût bien Émue, et rafraîchie un moment cette goutte, Et la fleur embaumée... — Et vous n'en savez rien ; — Et les choses ainsi ne sont pas mal sans doute,

Puisque nous n'en mourrons enfin, ni vous, ni moi, Quoique j'en aie à l'âme une mélancolie ! — Vivez, brillez, mettez les cœurs en désarroi, Et que toute douleur au monde vous oublie !

Charmante, et bien portante, ainsi que Dieu vous fit, Je me contenterai du reflet de ce charme ; A la source, de l'astre amoureuse, il suffit D'en avoir le reflet dans sa petite larme.

Et l'un me loue et m'aime, et dit : Cet homme est bon. Je sais, — honte sur moi ! — que ses raisons sont fausses Ainsi ment l'épitaphe inscrite sur nos fosses Qui nous fait neige alors que nous fûmes charbon.

Celui-ci me dénigre et me hait, et les causes

Qu'il en donne tout bas sont plus fausses encor.

Imbécile, qui n'a rien vu de mon trésor !

Ma vraie àme est pour l'un et l'autre lettres closes.

Ironique destin des hommes d'ici-bas !

Sous le masque mêlés ils marchent côte à côte ; Et tous, méconnaissant le mérite ou la faute, Sont aimés ou haïs pour ce qu'ils ne sont pas.

Mais moi, je me connais ;' je vois clair en moi-même. Bien. Est-ce que je m'aime, est-ce que je me hais? Ah ! pour me conserver à moi, comme je fais, Si précieusement, sans doute que je m'aime...

Et pourtant cette vie, — oh ! comme je me hais De m'en faire un désert blanc de sel et de sable, Et surtout, sachant bien le mal inguérissable, De ne m'en pas ôter l'insupportable faix !

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