‹ Testament poétiqueChapitre 96 sur 112 · LÂCHETÉ · texte numérisé non relu

LÂCHETÉ

Rare est le mauvais sort que ne pourrait briser

Un effort patient de volonté tenace,

Ou le coup de collier d'une vaillante audace.

L'œil lucide et le bras hardi font le vainqueur,

Et la fortune manque à qui manqua le cœur.

J'ai feuilleté l'histoire, à mes doigts familière,

Et j'ai questionné le vent et la poussière ;

La poussière m'a dit que l'homme est trop souvent

Inerte et vil plus qu'elle, et plus léger. Le vent

M'a dit qu'il poussait moins J'ombre que la panique. Le sort n'est qu'impassible et n'est pas ironique ; Étant la loi, rigide, il suit droit son chemin Sans se préoccuper du tremblement humain : Qui ne regarde pas en arrière est son maître. Notre fatalité, qu'on ne veut pas connaître, C'est l'hésitation, laissant fuir les instants ; — Imbécile, qui crie à l'Univers :• « Attends ! » — C'est l'horreur sainte, c'est l'épouvante de faire En avançant, — le pas qui nous tente en arrière ; Et les peuples, courbés et plaintifs, noirs moutons Bêlant daus le chemin plein d'ombre où nous doutons N'ont de joug si pesant qu'ils n'attachent eux-mêmes ; Et la cause d'où vient leur mal, — honte suprême ! — Et qui les fait crier au sort immérité, N'est pas l'oppression, mais c'est la lâcheté.

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