A CELLE QUI DÉFIE
Tu t'avances vers moi, vierge, beauté, printemps, Répandant au soleil les trésors de ta joie, Ton sein gonflé de rire où la pointe rougeoie, Ta lèvre où le baiser défie, et tu m'attends !
Tu chantes, triomphale, ardente ! — Infortunée ! Tu ne te sens pas dupe et tu ne te sais pas Le fatal instrument d'une force d'en bas Qui se joue et se sert de ta vingtième année !
D'autres relèveront ton défi. Les amours Te courberont au joug et bientôt, sous la charge Des douleurs, tonbeau flanc rompra, pas assez large, Et la fécondité flétrira tes seins lourds.
Ah ! tu voudras alors ne l'avoir pas connue Cette guerre où des dents et des lèvres tu cours ! Tu redemanderas en pleurs tes premiers jours, Tu te feras horreur quand tu te verras nue !
Aime donc ! Souffre, enfante, ainsi que l'animal. Et lorsque tu mourras, vieille et désespérée, La nature, de fleurs sur ta tombe parée, Rira d'avoir par toi perpétué le Mal.