DU PARAGRAPHE QUI LA CONCERNE
DANS l'introduction
'ai parlé de ses douleurs, origine de son inspiration. Le principe en est révélé, mais les circonstances qui les ont créées ne sont nulle part indiquées. Je les ignore et n'ai point à m'en occuper. La poésie personnelle de bon aloi n'est pas essentiellement une confidence,
* Extrait de la Préface du volume l'Ame et la Mort par M"° Marguerite Comcrt. (Chez Alphonse Lemerre, 1898.)
une confession individuelle. Son objet véritable est de retentir dans l'âme du lecteur par tout ce qu'il y sent d'humain. Elle ressemble à la fleur, dont les racines se cachent dans l'obscurité de la terre. C'est dans cette ombre intime que la fibre vivace fut mordue, et la blessure ne se trahit que par l'inclinaison de la tige et la pâleur de la corolle. Cela uniquement se livre au pinceau de l'artiste et aux yeux qu'il a pour mission d'enchanter. Le ressort de ma critique ne s'étend donc pas plus loin que l'expression de la douleur humaine par la beauté des vers. Il ne m'appartient de porter sur l'œuvre qu'un jugement esthétique et je la juge, sans hésiter, très remarquable. Aussi bien toute appréciation morale en serait, à mon avis, périlleuse et, dans tous les cas, foncièrement injuste si elle demeurait superficielle. Respectons la première épreuve que l'auteur a faite de la vie et qui, violemment, a rendu sa conscience à ellemême, je veux dire à son critère inné, en bouleversant de fond en comble l'édifice de ses croyances traditionnelles déconcertées par la rencontre du mal, du monde tel qu'il est. L'effondrement d'un ancien temple, au printemps, est poétique par excellence; n'est-il pas dramatique, en outre, s'il s'écroule sur le front du poète?
LA POÉSIE 20f
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VJ ^A E m'imagine qu'un romancier trouvef^^C^^ raie matière à quelque fine étude de mœurs contemporaines et à des combinaisons captivantes de situations rares dans les conditions sociales où sont nés les sentiments subtils et complexes exprimés par le poète; mais le poète n'en a rien révélé. En cela il a parfaitement compris en quoi consiste l'essence de la poésie personnelle. Il ne nous raconte pas l'histoire de sa vie extérieure, il se borne à nous initier aux épreuves intimes de son âme, et nous nous y intéressons par les profonds échos qui, dans la nôtre, y répon-
* Extrait de mon rapport à l'Acadcmie sur le prix Arclion Despérouses à décerner en 1900.
2o6 TESTAMENT POÉTIQUE
dent. Il n'y a, moralemenr, d'espèce humaine que par la commune misère et aussi la commune grandeur des âmes individuelles, en apparences les plus diverses, par le commun joug de l'amour dont les esclaves se reconnaissent entre eux sous la pourpre ou sous la bure; Pascal a jeté, sans y songer, les fondements de la poésie personnelle par excellence, qui n'a, en réalité, de personnel que l'accent propre du poète et son talent propre, je veux dire les moyens d'art qu'il emploie à faire sentir l'homme en lui. Il ressemble à l'instrument de musique qui ne prête à la gamme que le timbre et le diapason.
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