‹ Tétanos BulbaireChapitre 12 sur 29 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBsERvATION I (PERSONNELLE ; 1891). — Tétanos trauma

tique avec paralysie faciale et troubles de la respiration -et de la déglutition. Au début, contractures localisées à la têle et s'étendant ensuite progressivement à tout le corps. Guérison au bout de 68 jours. — Récidive à la suite d'une piqûre de vaccine ; mêmes phénomènes que précédemment, auxquels s'ajoutent des symptômes de tuberculose pulmonaire. Guérison.

L..., Paul, 24 ans, entré le 25 avril 1891, à l'hôpital Beaujon, service de M. le D' Gombault. Petit, maigre, il a une apparence souffreteuse. -

Il n’a pas d’antécédents héréditaires morbides. Sa mère .

- est morte à 50 ans de la fièvre typhoïde et son père, âgé

de 60 ans, se porte bien. Deux de ses frères sont morts à 20 et 21 ans de phtisie causée par l’épuisement et la misère ; trois autres frères ainsi que trois sœurs sont bien portants. é

Lui-même a été assez éprouvé dans sa jeunesse. À 7 ans une dysenterie de longue durée et abondante le mène à

- deux doigts de la mort. Après une convalescence longue, sa santé se rétablit peu à peu et depuis elle a été assez

bonne. Toutefois, il tousse facilement, et detemps à autre, il a, la nuit, des sueurs profuses coïncidant avec des alter-

note

natives de constipation et de diarrhée. Cependant, ses poumons explorés avec'le plus grand soin ne révèlent aucune trace de tuberculose.

Au mois de janvier 1891, ilentre une première fois à

l'hôpital Beaujon dans le service de M. le D' Gombault, pour ‘une fièvre typhoïde légère. Guéri au hout de 15 jours, il quitte l'hôpital et embrasse la REGIS de garçon laitier.

Peu de temps après (12 avril), il montait au fenil pour faire tomber de la litière, lorsque l'échelle, mal assujettie contre le mur, tourne et le précipite d’une hauteur de 3 m. 50 environ. Dans cette chute, la face vient heurter le sol détrempé en ce moment par la pluie et souillé de boue mélangée à de nombreux crotlins de cheval. [Len résulte à la région sourcilière droite une plaie exactement parallèle à l’arcade sourcilière, située à quelques millim. au-dessus du sourcil et commençant en dedans à peu près au niveau de la racine du nez pour dépasser. en dehors de un centimètre au moins la queue du sourcil, et finir en s’inclinant légèrement vers l'os de la pommette, d'où production d’une balafre assez grande à concavité inférieure. L’hémorrhagie est abondante et le malade perd connaissance. Transporté sur de la paille, de nombreuses affusions d’eau froide le ramènent à lui.

Après, conduit à l'hôpital Beaujon, sa plaie est nettoyée, suturée avec 5 points aux crins de Florence et protégée | par un pansement antiseptique. Ensuite le malade est renvoyé. Ceci se passait le lundi.

6 jeudi au lieu de venir se faire panser à l'hôpital, | ainsi qu'on. lui avait conseillé, il mande un médecin.

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Celui-ci ne pouvant nie 18 pansement qui est adhérent, ordonne un cataplasme de farine de lin, revient le lendemain, et facilement alors il défait le pansement, ce qui donne issue à quelques gouttes de pus. Il enlève en même temps les points de suture, et fait mettre sur la plaie qui est à peu près cicatrisée, un cataplasme de farine de lin.

Au niveau de la plaie, le malade n’éprouve pas de douleurs. Toutefois, dès le 2° jour de l'accident, il a constaté que la mastication était difficile; en même temps, il ressentait une douleur sourde dan la région du masséter, douleur qu'il attribuait à la violence du traumatisme

et dont il ne se préoccupe pas autrement.

Les jours suivants cette douleur augmenta en même temps que s'accrut la difficulté pour ouvrir la bouche, qui, dit le malade, devenait raide et pesante à ouvrir, au point que l'introduction d’une bouchée de pain, même peu volumineuse, était très laborieuse.

20 avril, 8° jour après l'accident. La ‘plaie est complètement cicatrisée, mais la contracture a augmenté, si bien que le malade peut à peine desserrer les dents.

- Le 21. La contracture augmente toujours.

Nuit très mauvaise. À peine quelques instants de sommeil troublé par de pénibles cauchemars. Le malade se sent la tête lourde, douloureuse au niveau de la région fronto-temporale droite : il est abatlu, inquiet, essoufflé, tourmenté et cherche sans cesse dans son lit une

place où il pourra enfin se reposer. Vers le matin cepen-

dant, un sommeil un peu plus long et plus calme lui apporte quelque soulagement.

Le 22. A son réveil le malade constate que la contracture est absolue : il lui ést impossible d'ouvrir la bouche, et sent ses dents inférieures poussées contre les supérieures. Très inquiet, il était dans son lit à se tourmenter lorsqu’à 8 heures du matin, il sent, surtout à droite, une violente secousse dans la mâchoire inférieure qui est violemment serrée contre la mâchoire supérieure. En même temps se déclare une céphalalgie violente, surtout à droite, dans les régions frontale et pariétale.

Cet état dure environ dix minutes. Au bout de ce temps le malade se sent Lout à fait bien ; mais on lui fait remarquer et il le constate lui-même, que sa bouche est déviée à gauche, déviation qui a toujours persisté depuis et qui n'existait absolument pas avant cette crise. En même temps, la salive coule abondamment.

À ce moment, un autre médecin appelé, ordonne une potion au chloral. Le malade en prend deux cuillerées, et bientôt après 1l peut goûter un sommeil de deux heures, calme, sans cauchemars. A son réveil il est abattu, inquiet, mais ne souffre pas.

Pas de nouvelles crises dans la journée.

Vers le soir, le malade va un peu mieux; la contracture étant moindre il peut desserrer légèrement les dents et aspirer ainsi une tasse de lait. Le matin on avait dû faire passer la potion entre les interstices dentaires.

Sur ces entrefaites, le premier médecin étant revenu voir son malade, lui conseille de suspendre le chloral ; conseil volontiers suivi, vu la très grande répugnance du malade pour le médicament.

Les 23 et 24. Mème état. Le malade ne souffre pas ;

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mais la maladie n’allant ni mieux ni plus mal, il envoie

sa femme consulter M. Gombault qui lui conseille L le

faire entrer à l’hôpital.

Le 25. Le malade entre à l'hôpital. Petit, maigre, oh

tif, il n'a pas l'air très robuste. 11 est inquiet et dit qu’il va mourir. Cette idée de mort l'a d’ailleurs hanté tout le temps de sa maladie.

L'aspect de la figure attire tout d’abord l'attention. Elle offre une asymétrie manifeste : la moitié droite étant abaissée et portée en avant, et 5 gauche déviée du même côté et élevée. à

A gauche, l'expression est à Fr. fois sardonique et féroce. Les rides du front sont très accentuées : : l'œil est à

demi ferméet ne peut s'ouvrir ; le lobule du nez, dévié, “est légèrement attiré en haut; également, la commissure

labiale est fortement déviée et portée en haut; en même temps les lèvres entr’ouvertes, laissent voir les dents, ce

qui donne au malade un air féroce ; et par cette ouverture la salive s'écoule cd eouneit

À droite, les plis du front sont complètement effacés ; l'œil fixe, hagard, est grand ouvert et les larmes alor sur la joue ; le sillon labio-nasal a disparu ; la narine est tellement déprimée qu’elle vient au contact de la cloison :

la joue est flasque, mais non soulevée dans les mouve-

ments respiratoires ; les lèvres sont étroitement collées l’une à l’autre. Cette moitié droite de la figure se

la terreur portée à l'extrême.

Les mâchoires sont au contact l’une de l’autre, sans qu'il y ait possibilité pour le malade de les écarter de

plus de quelques millimètres ; le contact est surtout pro-

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