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Tout-à-coup, elle quitta sa place pour s’approcher de la balustrade, tout près de l'autel, et se mit à considérer d’un œil vague un panier de fleurs blanches exhalant un suave parfum, hommage sans doute de quelque pieux fidèle.
Puis elle jeta un regard fugitif sur la lampe d'argent du sanctuaire, sur les cierges allumés, en respirant l'atmosphère du lieu, toute imprégnée d’un parfum étrange, comme si quelqu'un y fut justement passé avec une corbeille de violettes et d’asphodèles.
De là, ses yeux toujours en mouvement St reportèrent sur la dame en deuil, restée age nouillée non loin d’elle. Alors, elle se sentit à le gorge comme un serrement et, involontaire ment, ses paupières s’humectèrent, Elle tent de refouler ce moment d'émotion nerveuse, €!
affectant un sourire d’ironie.
—Dieu de Dieu! murmura-t-elle, mais qu'est ce que cet endroit où l’on s’agenouille devait une femme et un enfant ?
Juste à ce moment, la dame en deuil se lev Elle paraissait jeune ; elle était belle; $ traits indiquaient la fierté, mais aussi l’abatt ment. Son regard s’abaissa sur la pauvresse misérablement vêtue. Elle s'arrêta, tot émue. La mendiante en profita pour implo:
our S’ap- vivement à voix basse la charité. La dame tira autel, et sa bourse, puis, hésita, un instant, en regardant $ panier de avec un intérêt marqué le paquet qui se dissiparfum, mulait sous le châle.
ix fidèle. —C'est un enfant que vous avez là, interro- | la lampe gea-t-elle d'une voix affec:ueuse ? Puis-je le | s allumés, voir ?
ite impré- —Oui, madame, lui répondit-or, en écartant quelqu'un les plis du châle suffisamment pour découvrir À rbeille de la petite figure pâle du petiot, plus intéressant que jamais, profondément endormi qu'il était. vement se —J’ai perdu le mien il y a une semaine, fit | estée age- tout simplement la dame, en regardant l’en- | sentit à la fant. C'était tout ce que j'avais de plus cher au \ volontaire- monde. Sa voix sv fit tremblante. Elle ouvrit Elle tenta sa bourse et mit une demi-couronne dans la main ‘rveuse, en de la pauvresse stupéfaite. À —Vous êtes plus heureuse que moi, continuanais qu’est- t-elle. Peut-être voudrez-vous prier pour moi ; ille devant car je me sens bien malheureuse. | Elle laissa retomber un voile de crêpe qui lui : cacha toute la figure. s’inclina et s’éloigna sans | bruit. La jeune fille la suivit du regard jusqu’au moment où elle disparut dans l’obscueuil se leva. rité de la grande nef, puis se retourna distraite- | belle ; ses ment du côté de l’autel.
ssi l’abatte- —Prier pour elle, se mit-elle à penser. Moi? | pauvresse 81 Comme si je pouvais prier ! | rrêta, toute Et un sourire amer se dessina sur ses lèvres.
our implorer
Derechef, elle se mit à contempler la statue de marbre sur l'autel. Pour elle, ça n'avait aucun sens. Elle n’avait jamais entendu parier de religion chrétienne, excepté par une brochure dont le titre très encourageant était : “Arrêtez ! vous allez en enfer !”’
Dans le milieu où le sort l'avait condamnée à vivre, on faisait fi de toute religion ; le nom du Christ servait de juron ordinaire, par conséquent l’image douce, souriante, affectueusement invitante de la Vierge et de l’Enfant-Jésus dans le temple, n’avait pu rien dire à son imagination.
—Comme si je pouvais prier, marmotta-t-elle de nouveau, d’un ton sardonique.
Elle examina attentivement la pièce d’argent qu’en lui avait donnée, puis le bébé qui dormait toujours profondément dans ses bras.
Soudain, cédant à une impulsion irrésistible, elle tomba à genoux.
Qui que vous soyez, murmura-t-elle en s'adressant à la statue de marbre, il semble que Vous avez aussi un enfant. Peut-être pouvezvous m'aider à avoir soin de celui-ci. Il n’est pas à moi ; je voudrais bien tout de même qu’il le fût. Quoi qu'il en soit, il m'est bien plus cher qu’il ne l’est à sa mère. Je pense bien que vous n’écoutez pas les gens de mon espèce, mais si je pouvais trouver le bon Dieu quelque part par ici, je lui demanderais bien de bénir cette brave
a statue , n'avait lu parier ine broit était :
amnée à nom du r conséctueusent-Jésus n imagi-
ta-t-elle
l'argent dormait
sistible,
elle en ble que Jouvez- Il n’est 1e qu’il us cher le vous mais si art par brave
dame qui a perdu son enfant. Du fond du cœur, je la bénis, mais ma bénédiction ne vaut pas grand’chose. Ah ! et, à nouveau, elle se mit À contempler la Vierge dans sa sereine et radieuse attitude, ça me fait l'effet comme si vous m'aviez comprise, mais je n’y crois pas. Peu importe, je vous ai dit tout de même tout ce que je voulais vous dire pour le moment.”
Son étrange supplique ou plutôt son étrange apostrophe terminée, elle repartit. Les lourdes portes de l’église roulèrent sur leurs gonds, en se refermant bruyamment derrière elle, au mowent où elle franchissait le seuil et redescendait dans la boue de la rue.
La pluie tombait toujours, fine, froide, pénétrante.
Mais la pièce d’argent qu’elle possédait maintenant, constituait un talisman contre les intempéries du dehors ; elle continua de cheminer Jusqu'au moment où elle arriva à un débit de lait d'apparence assez propre ; pour quatre sous elle put faire remplir de lait le biberon déjà depuis longtemps à sec ; mais, pour ellemême, elle n’acheta rien. Elle n’avait pas pris une bouchée de la journée et elle ne se sentait pas le courage de manger quoi que ce fût.
L'instant d’après, elle montait dans un omnibus qui la conduisait à Charing Cross. Elle descendit à la grande gare toute étincelante de lumières électriques, et se mit à arpenter le trotoir de long en large, en accostant ici et là un passant pour solliciter une aumône. Quelqu’un lui donna un penny; un autre, jeune et joli garçon, à la figure rubiconde, déjà un petit crevé, mit la main dans son gousset, en retira toute la menue monnaie qui s’y trouvait, tout au plus trois pennies et un vieux sou, et, en les lui laissant tomber dans la main, lui dit mi-gaiement, mi-effrontément :—
Hum ! avec des yeux comme les tiens, il y aurait moyen de faire mieux que ça.
Elle fit un pas en arrière tout interloquée
Le quidam partit d’un grand éclat de rire er continuant son chemin.
Sans bouger de là, elle parut pendant quelqu temps comme perdue dans des rêveries plus ot moins avouables ; les pleurs du bébé le rappe lèrent à la réalité.
—Qui, oui, chéri, murmura-t-elle en le dorlo tant doucement, il fait bien trop humide e froid pour toi; vaut mieux s’en aller.
Et, passant de l’idée au fait, elle héla un autr omnibus, cette fois pour Tottenham Cour Road. Après avoir été bien durement cahotée elle arriva enfin à destination, dans une sal
un omnioss. Elle tincelante rpenter le t ici et là ne. Queltre, jeune , déjà un ousset, en trouvait, 1x sou, et, in, lui dit
tiens, il y
terloquée.
de rire en
nt quelque es plus ou é le rappe-
n le dorlohumide et r..
la un autre am Court nt cahotée, s une sale
ruelle traversant la pire partie des “Seven Dials’”,
A peine y eut-elle mis le pied, que des homnes et des femmes, à mines repoussantes, groupés en cercle dans un cabaret borgne.
l'accueillirent avec force quolibets et éclats de rire.
—V'là Lise, cria l’un d'eux ! V'là Lise avec l'marmot ! Bon! Arrive! Aboule ! Combien qu'tas ramassé, Lise ? Paye une ronde !
Lise passa tout droit sans détourner la tête. a courbe vindicative de sa lèvre supérieure s'accentua ; ses yeux eurent une lueur de dédain, mais elle ne dit pas un mot. Son silence exaspéra une fillette paraissant environ dix-sept ans, à la tignasse fort mêlée, aux yeux de chat, qui, plus qu’à demi ivre, se balançait nonchalamment, accroupie à terre, les mains croisées sur les genoux.
—Eh ! la mère Mawks! glapit-elle. Mère Mawks ! on à besoin de vous par ici! V'là Lise avec vot'mioche !
C'est comme si ces paroles avaient eu l'effet magique d’une incantation à l’adresse de quelque esprit diabolique. La porte d’un taudis s'ouvrit toute grande, et une femme d’une corpulence énorme, au corsage débraillé, à la figure bouffie, ecchymosée et écoeurante, en sortit
st
Es
“omme une trombe, en se précipitant sur L ct, la secouant violemment par un bras :
—Mon argent, hurla-t-elle, où est m argent, et pis l’gin ? Allons! Aboule! P vite que ça, le chelin et mes quatre pence Pas d’tes blagues avec moi ! Eune affaire, c” eune affaire, n'import'où ! Tu ramasses « coppes avec mon bébé, hein ! Fais pas l’igr rante ! Ça te paie ben mieux que c'que tu f'sa
.Dis pas non! Tu l'sais... . T’aur.
pas ailleurs un enfant comme c’ti-là pour fa de l'argent. C’est les enfants chétis qui crève le cœur à ces belles dames et à ces bons mi sieurs.
Ce disant, la virago eut un geste moqueur € provoqua les rires et les applaudissements « auditeurs.
—Tu l'as eu bon marché, l'hébé, continua elle, j'te dis qu'ça ; et si t’aboules pas là, corre y en a d’aut’ qui prendront ta chance, et, P d’sus l’marché, qui s'ront ben contents d prendre.
Elle se tut, car elle suffoquait.
C'est bon, mère Mawks, répliqua tra quillement Lise, en s’efforçant de sourire. Vo le chelin et les quatres pences pour le gin.
ne vous dois plus rien pour l'enfant maintenar Mais. .....Elle s’interrompit hésitante, enveloppant d’un regard de tendresse la fre créature endormie dans ses bras.
ant sur Lise bras :
ù est mon soule ! Plus atre pences.
affaire, c’est amasses des s pas l’ignoque tu f'sais.
... T'aurais là pour faire qui crèvent s bons mes-
moqueur qui sements des
continua-t- 8 là, correct.
nce, et, par ntents d’la
liqua tranurire. Voici r le gin. Je maintenant sitante, en esse la frêle
oo
—11 dort bien maintenant, reprit-elle d’un ton ému et presque suppliant, Est-ce que je pourrais l'emporter avec moi pour la nuit ?
La femme Mawks qui, pendant ce temps-là, mordait férocement de ses larges dents jaunes les pièces de monnaie que Lise lui avait remises. pour s'assurer de leur valeur, partit d'un violent ‘lat de rire.
Comment, mugit-elle, l'emporter avec toi, lui, l'marmot. Eh !'ben ! j'voudrais ben voir ça. Non, mais, faut'y être effrontéc ! Emporter l'bébé ?
Elle se campa sur les hanches, et, croisant sur sa vaste corpulence deux bras couleur homard cuit :
— Comme tu voudras, grinça-t-elle, en grimasant un sourire, si tu veux abouler d’eune demicouronne, eh ben ! tu pourras l'avoir pour le tripoter à ton goût.
Un grand éclat de rire chez les spectateurs de cette scène, salua cette saillie, et la fillette toulours accroupie et les bras toujours croisés sur les genoux, quitta cette position pour applaudir bruyamment des deux mains.
—Ben tapé, la mère, s’écria-t-elle. Ça peut y s’faire qu’on lâche comme ça pour rien un
bébé pour eune nuitte. Ca vaut ben plus qu:
pour eune journée, Lisa pâlit, et sa figure se contracta.
- Vous savez bien, articula-t-elle lentement que je ne peux pas vous donner tant d'argen que Ça. Je n'ai rien mangé de In journée. I faut pourtant que je vive, quoique ça ne vaille
guère la peine, L'enfant et involontaire ment sa voix trahit de l'émotion dor
profondément ; ce serait bien cruel que de le réveiller. Voilà tout. Il va pleurer et être agité toute la nuit, et, si vous vouliez me le laisser, je le couchernis bien chaudement, et j'en aurais bien soin.
Et, levant deux yeux où se reflétaient à la fois la crainte et l’espoir :
— Voulez-vous, mère Mawks, dit-elle ?
La mère Mawks avait évidemment un tempérament des plus rageurs. Cette simple supplique suffit à la mettre hors d'elle-même. Sa voix prit le ton de la fauve. S'empoignant violemment les deux mains, deux mains crasseuses, dans sa chevelure plus crasseuse encore, comme si elle n'eut pas pu trouver de geste plus énergique pour appuyer ce qu'elle allait dire, d
Si je l'veux, rugit-elle ! Si je l'veux ! Moi. que j'lâche mon propre enfant pour rien, pour eune nuitte ! Sije l’veux ! Ah! Eh ben!
non !...... Jel’veuxpas. J'veux que l’'diable
n plus que
lentement, it d'argent urnée. Il a ne vaille volontairedort que de le er et être me le laisnt, et j'en
nt à la fois
he ?
t un temmple supième. Sa npoignant IS Crasseuse encore, de geste elle allait ,
ux ! Moi, ien, pour
Eh ben!
ie l'diable
me pende tout d’suite, si tu l'as. Nom d’un chien ! En prend-t-elle un peu des airs, m'am’selle. Ah! l'hébé s'ra tranquille avec toi ?
Vraiment ! Tu m’dis pas ça ! Et il va pleurer et être agité avec sa mère ? T'as qu’à voir !
Et à chaque vocifération, la mère Mawks, éeumant de plus en plus de rage, se rapprovhait de Lise,
—Gueuse que t'es, hurla-t-elle ! Ah ! tu t'es mis dans l'coco que j’vas t'laisser mon enfant même une heure, sans qu'tu payes c'te coppe ? Y a assez que tu l'as déjà eu pour pas grand'chose. J'sus eune honnête femme. J'travaille pour vivre. J’peux ben prendre un coup, mais l'en prends pas deux. J'sus pas comme toi et d'eune bougrée, avec tes grands airs ! Une belle garce, oui, vraiment! Allons ! Aboule l'enfant, t'as pas affaire à l’garder eune minute de plus !
Et la mégère s'élança sur le châle qui protégeait le bébé dans les bras de Lise.
—Ne lui faites pas mal, supplia Lise toute tremblante, Ce pauvre petit Faut pas lui faire mal
Les veux de la mère Mawks eurent des relets de tigresse, s'injectèrent de sang ; on eut dit qu'ils sortaient de leurs orbites.
--Lui faire mal ?..... Moi ! Est-ce que j'ai pas le droit de faire c'que j'veux avee mon
enfant ?—Lui faire mal ?.. . À-t-on jamais vu Ça ! Et se tournant du côté des voisins attroupés :
—Non, mais... en v’la-ti eune effrontée!
à l’arracher des bras de Lise. Le pauvre petit être, réveillé d’une façon aussi brutale, fit entendre une voix plaintive. C’eut l'effet d’attiser davantage la fureur de la mère Mavwks ; elle se mit à secouer si violemment le bébé qu’il en faillit rendre l’âme.
—Chien d'enfant, vociféra-t-elle ! Pourquoi est-ce que ça crève pas ? et qu’ça soit fini !
Et sans se soucier des protestations énergiques de Lise terrifiée, elle lança le bébé au bout de ses bras, come si c’eut été une loque quelconque, par la porte ouverte de la pièce d’entrée ; l'enfant alla retomber sur un amas de linge sale où il resta sans mouvement ; on ne l’entendit plus geindre.
—Bébé ! pauvre bébé ! s’écria Lise au comble de la désolation. Ah!... vous l’avez tué DIN BUT PER A CE es
} t-on ja- fripouille des environs re: ea là, bouche muette il côté des à contempler ‘1 scène. | ffrontée! e | d'la loi! \ à eune La mère Mawks ramassa ses jupes en désor- { dre, avec un air de défi et en reniflant de ses { t réussit deux narines, comme pour dire : Qu'on vienne K re petit done se mêler de mes affaires, si on veut être , fit en- é bien reçu!
t d’atti- Il se fit un moment de silence.
Mawks : Tout à coup, un individu émergea en titubant le bébé d’un tripot, et en s’essuyant les lèvres du revers ; de la main. C'était un être à la charpente ourquoi massive ; mine de brute, tignasse rousse, yeux en | i! trous de vrille, regard de furet. Ilse mit d’aénergi- bord à toiser d’un air hébêté, Lise toute en lar- | au bout mes ; ses regards se portèrent ensuite sur la e quel- mère Mawks, puis sur chacun des voyous grou- | e d’en- pés. il mas de —Ÿ a du grabuge, articula-t-il la langue il ; on ne épaisse ? Quoi c'que y a ? Allons ! faut pas | fafiner ! Qu'on parle ! Joe Mawks est là pour | u com- voir à c'que tout marche correct. Allez-y, mes { l'avez p'tits cœurs, allez-y ! | fee , Et il se prit à ricaner d’un air stupide en plon- >arbare geant une main dans la poche de son pantalon | de velours rapiécé d’où il tira un brûle-gueule | 8. La qu’il se mit à charger lentement de tabac dans
un vieux sac tout graisseux, en éparpillant le
tabac de tous côtés de ses doigts lourds et mal assurés.
—Quoi c'que y a, grogna-t-il d’un ton plus éraillé, plus alourdi que la première fois, en allumant sa pipe ? Allons ! qu’on y aille carré !
—C'est rapport à vot’mioche, Joe, intervint la fillette accroupie, en se levant avec tant de précipitation que toute sa chevelure lui retomba sur sa figure et les épaules, comme une épaisse frange noire, au travers de laquelle on pouvait distinguer ses traits fanés sur lesquels se réflétait un air vindicatif Lise a perdu la boule. A veut avoir vot’ mioche pour l’dodicher”.
Sur ce, elle se mit à se tordre de rire.
—Non, mais, c’est-y croyable, ça veut avoir un môme à tripoter.
Joe, d’un air abruti, cligna lourdement les yeux et continua de savourer son brüûle-gueule. Puis, soudain, comme s’il eut profondément réfléchi sur le point en litige, il retira de ses lèvres le brûle-gueule, ses amours
—Pourquoi pas, dit-il? A veut l’enfant pour l'dodicher?... C’est bon! Qu'elle l’aye !
Pourquoi c’qu’elle l’arait pas?..
En entendant ces paroles, Lise leva sur Joe ses yeux aveuglés par les larmes ; un rayon d'espoir brilla sur sa figure. Mais, la mère Mawks, écumant de rage, ne fit qu’un bond en avant du côté de son homme
—$ale ivrogne, vociféra-t-elle dans la figure ;
et mal de son abruti de mari ; tu devrais avoir honte ! "1
Comment ! Prêter ton enfant pour toute eune | on plus nuitte, pour rien ! C’est ben heureux que j’aye { ois, en encore toute ma cervelle ! Eh ben ! moé, j'dis \ carré ! que Lise l’aura pas. Ià ! l tervint Joe se mit à la regarder en plein dans les \ tant de yeux. Sa hideuse figure se contracta sous l’em- \ etomba pire d’une décision bien arrêtée. Son bras \ épaisse lourd se redressa ; un poing qui se crispa, pouvait alla s’abattre sur la figure de sa rageuse moitié se réflé- en infligeant à celle-ci, dans à peine le temps de | , boule. le dire, un superbe œil au beurre noir. er”. —Et moé, vociféra-t-il, j'dis qu'a va l'avoir.
. Là! ça y'est-y ?
it avoir La mère Mawks aurait peut-être pu riposter: (4 “Oui, ça y est”, car tout aussitôt elle se mit j
ent les à rendre à son homme le coup, capital et intérêt | -gueule. tout ensemble, L'instant d'après, l'heureux ; dément couple se livrait à une partie de boxe, sous les i , de ses yeux de tous les habitants de la ruelle, pâmés I | d’admiration et d'enthousiasme. Toute cette fl
nt pour fripouille se bouseulait à qui mieux mieux pour | l’aye ! à voir les combattants, et applaudir aux jurons | et blasphèmes qui émaillaient ce pugilat con- |
sur Joe s jugal. |
la mère QUES
rayon | | bond en |
ét —
ns
Pendant que les époux se talochaient de belle manière, un vieux, au dos voûté, accroupi non Join de là, sur le seuil de sa porte, triant des chiffons dans un panier, fit un signe à Lise. Le tapage du voisinage n’avait pas paru le déranger.
—Prends l'marmot de suite, lui souffla-t-1l, personne ne s’en apercevra. J'verrai À c’qui t’cherchent pas.
Lise le remercin du regard, et, se glissant furtivement dans la maison où l'enfant gisait toujours sans mouvement sur le paquet de linge sale, elle le prit et décampa du côté de son misérable garni, à l’autre bout de la ruelle. L'enfant s'était trouvé étourdi par la violence du choc, mais, une fois dans les bras de Lise. sous l'influence de douces et chaudes caresses, il se remit bientôt, quoique ses deux yeux bleus, comme ceux d'une pauvre colombe blessée, trahissaient l'anxiété et la souffrance.
Mon chéri mon pauvre petit chéri, ne cessait de murmurer Lise en couvrant de baisers sa figure pâle, et ses petites mains, ce que je donnerais pour être ta mère, oui, Dieu le sait! Je n'ai que toi. Et tu m'aimes bien, mon tout petit, n'est-ce pas, dis ! Tu m'aimes bien, ià, un petit peu, un tout petit peu !
Et comme elle se remettait à le couvrir de baisers et de caresses, la frêle créature, aux traits maladifs, comme pour exprimer une sen-
ient de aCCTOUPi e, triant e à Lise.
paru le
uffa-t-il.
à c’qui
glissant nt gisait quet de côté de la ruelle.
violence de Lise, caresses, ux yeux colombe uffrance.
“héri, ne t de bais, ce que Dieu le mes bien, m'aimes peu !
ouvrir de [ure, aux
une sen-
sation de satisfaction, repondit à ses caresses et baisers par un léger bégaiement que Lise trouva plus délicieux que la plus délicieuse musique ; sa figure s’illumina d’un sourire, ses yeux noirs brillèrent d'une vive émotion ; pour un instant, elle se fit presque belle. Tenant l'enfant bien serré sur sa poitrine, elle se hasarda à regarder par l’unique fenêtre de la pièce, et constata que le duel conjugal était fin. À en juger par les éclats de rire et les vociférations enthousiastes, il n’y avait pas à s’y tromper, c'était Joe Mawks qui avait eu le dessus.
L'ange de sa vie avait disparu de la scène.
Lise vit l’attroupement se disperser, et la plupart des gens gagner un débit de gin voisin. Bientôt, la ruelle se trouva comparativement déserte et tranquille.
Le moment d’après, une voix sourde se mit à l'appeler par son nom :
Lise !... Lise !...
Elle regarda en bas et aperçut le vieux qui lui avait promis de la protéger au cas où la mère Mawks aurait voulu se mettre à sa poursuite.
—C'est vous, Jim, demanda Lise ? Montez donc, ça vaudra mieux que de jaser là.
Le bonhomme obéit, et, une fois en haut.
resta planté debout devant la jeune fille ; d’un air un peu intrigué, il se mit à les contempler tour à tour, elle et le bébé. C'était un homme sec, à la mine rébarbative que Jin Duds : c’est ainsi qu'on l’appelait familièrement ; son véritable nom, bien aristocratique, ilest vrai, mais aussi bien mal porté, était James Douglas. Il y avait plus de l'animal que de l'homme chez lui : cheveux en désordre, barbe rousse en brosse, dents longues et pointues, sortant comme des crocs de dessous la lèvre supérieure ; son métier, qu’il tenait d’ailleurs pour passablement respectable, était celui de cambrioleur d’arrondissement.
—La mère Mawks l’a eue bonne, c’te fois cite, dit-il avec un petit ricanement qui ressemblait plutôt à un grognement. La moutarde avait monté au nez de Joe, et il a simplement mis la vieille en compote. A va t’laisser tranquille, à e’t’heure ; tant qu’tu la paieras correct, Joe s’ra d’ton bord. Mais si ça t’arrive eune fois de pas ramasser c’te coppe, eh ben ! t'as pas besoin de te r’montrer.
—Je le sais, dit Lise, mais elle a toujours eu son argent pour l'enfant, et, bien sûr, ça n'était pas trop que de lui demander de garder le bébé chaudement par la nuit de chien qu’il fait.
Jim Duds, un instant, parut pensif.
n haut.
> fille ; rontemtait un ue Jim milièreratique.
t James que de e, barbe ues, SOTre supé- 1rs pour de cam-
fois cite, semblait de avait it mis la quille, à ect, Joe ‘une fois s pas be-
jours eu , ça n’ézarder le qu’il fait.