‹ Têtes et figures [microforme]Chapitre 2 sur 24 · CE · texte numérisé non relu

CE

jourd’hui treize ans, même, j'oserais dire, treize ans passés, depuis la Sainte-Catherine.

—Ah! fit Louisette un peu interloquée !

oui !. .c'est vrai ! treize ans !

Puis, restant un instant rêveuse, en se dandinant tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre, toujours avec la poupée dans ses br: s: Maman, repartit-elle, ça ne fait rien; si vous saviez ce que je m'amuse. Se

—Oui! Oui! rétorqua la mère, je comprends, tu t’amuses ! Fort bien ! Cependant, les poupées, ça n’est plus de ton âge. Tu commences à être grande, Nous recevons des amis ce soir : de grands messieurs vont venir. Il serait à propos que tu fusses avec moi au salon. Que diraient donc ces messieurs en voyant une grande fille comme toi jouer avc une poupée ?

La fillette, qui ne comprenait rien encore aux avis iuaternels, demeura ébahie et de plus en plus mélancoliquement rêveuse. Que lui importait la venue des grands messieurs !

—Je crois, ma petite Louisette, continua la mère, qu'il vaut mieux que tu te décides à abandonner ta poupée, au moins pour ce soir.

Après cela, nous aviserons. C’est dommage, j'en conviens ! Elle est bien belle, ta poupée. Mais, tu sais, dans quelque temps, tu pourras en faire cadeau, hum ! disons à ta petite

CR

cousine, Blanche. Elle en serait très heureuse ; elle n’en a pas reçu, elle, cette année, Louisette, faisant bien triste mMoue, partait à pas lents du côté de la porte de sortie, en emportant Gabrielle dans ses bras, puis, une ois dans le corridor, elle courut se réfugier dans la Cuisine, auprès de la bonne, à qui elle raconta son chagrin.

—Maman ne veut plus que je joue avec ma poupée, articula-telle entre deux sanglots.

—Pourquoi Sa, interrogea la bonne ?

—Elle dit que j’ai treize ans passés, et que je suis trop grande maintenant... .... je ne suis Pas aussi grande que Sa, dis, bobonne ?

Ce fut bien en rechignant que Louisette, se rendant au conseil de la bonne, alla remettre Gabrielle dans son étui.

—Pauvre Gabrielle, fit-elle avec un bien gros soupir ! Et elle Jui raconta la formidable nouvelle, l’affreux décret de Séparation.

La poupée demeura impassible, en fixant dans l’espace ses deux grands Yeux bleus, reflé-

tant la candeur la plus pure et les rcferma dès qu’elle fut sur le dos dans son carton.

Pour Louisette, ce fut un ensevelissement.

presqu’une inhumation.

Elle ajusta le couvercle de la boîte, non sans avoir déposé plusieurs baisers sur le front de Gabrielle, et Monta au grenier la poupée de ses rêves qui se trouva alors, quoique sous le comble de la maison, en Compagnie d’une foule d’autres plus ou moins infirmes..

Le soir, les amis, les gands messieurs, vinrent. Louisette était au salon, mais toute la soirée, elle demeura triste, morose, absorbée dans la pensée de sa poupée. Les grands messieurs, qu'est-ce que Ça pouvait bien lui dire ?

Une fois au lit, elle ne put clore l'œil.

—Gabrielle !.. Cette Pauvre Gabrielle. Elle a peut-être froid là-haut, se disait-elle à chaque instant.

Obsédée par cette pensée, soudain elle se dressa sur son séant ; doucement elle se laissa glisser de son lit ct, sur la pointe des pieds, dans l’ombre, se dirigea du côté de l'escalier du grenier, en gravit les marches avec grandes précautions, alla droit où Gabrielle gisait toujours impassible, inconsciente dans son étui de carton. Prenant la Poupée dans ses bras, elle redescendit à sa chambre, avec la même discrétion qu’elle l'avait quittée.

Pauvre Gabrielle, fit-celle entre deux baisers à la Poupée, en s’enfonçant dans les soyeuses Couvertures de son lit, fais dodo Maintenant ! C’est plus chaud ici !

Le lendemain Matin, par la Porte entrebâillée de la chambre, Ja mère äperçut Louisette endormie avce Gabrielle dans les bras.

—Mais, ma Pauvre Louisette. lui dit-elle Plus tard d’une voix attendrie, ma petite Louisette, il va Pourtant falloir qu'un jour ou l'autre tu cesses de jouer à ju Poupée. Encore une fois, tu eS trop grande Maintenant. Tu vas être invitée à des bals, des thés, des réceptions. avec des jeunes gar- Sons et des jeunes filleë de ton âge. Ilte faut faire ton début dans le Monde, et ça n'est pas avec une Poupée dans les bras que tu peux te présenter. mt + A treize ans, tu devrais en avoir fini de Ja poupée Nouvelle

—Et

au déjeuner,

Mmoue de Louisette.

les grandes dames, Pair Je plus Contrarié, elle aussi, des donc

dit-elle enfin de

S On ont bien, elles

Poupées, des vraies !. Regarde notre voisine !

-Oui, oui! En effet, ré peu embarrassée. Hum ! Ceci n'est pas là même chose .. Ces Poupées-Jà, tu ne Sais pas enCore d’où elles viennent ! Elles

Pliqua Ja mère un

du D LL

sont bien difficiles coûtent che

à obtenir, et r, On n’en à pas d'idée.

ce qu'elles Morale :

“ Laissons, aussi longtemps que poupées aux fillettes, rosiers !

possible, les Comme les roses aux

ER

Le carnaval à Québec en 1996 —— <uébec en 199

(Ecrit à distance d’un siècle, en Jévrier, 1896)

Nous en étions aux premiers jours de février de 1996.

Désireux depuis longtemps de faire le voyage "Amérique et de visiter le Canada où, depuis plus de trois siècles, les plus nobles rejetons de la vieille Gaule, de générations en générations, faisaient si merveilleusement souche, je me décidais à quitter Paris, et je m'embarquais au Hâvre à bord du Québec, paquebot de la Compagnie des Messageries Maritimes du Canada, filant ses vingt-huit nœuds à l’heure, en partance pour Québec, où d’ailleurs se trouvaient les Quartiers généraux de la Compagnie.

Il y avait à bord un assez bon nombre de Voyageurs dont plusieurs Canadiens qui s’en retournaient dans leurs familles, et qui, les uns et les autres, paraissaier+t se trouver bien à l’aise ensemble, Anglais du côté français, Français du côté anglais,

Re.

Parmi eux, j'avais remarqué, dèsle premier jour du voyage, un vieillard de haute stature, à la démarche assez alerte encore, au maintien très digne et à J’air affable. Je finis par apprendre que c'était un grand industriel de Québec, retiré des affaires. Il parlait le français avec une pureté d’accent et une élegance de tournures qui ne laissèrent pas que de m’étonner un peu.

Un matin, av fumoir, nous nous trouvâmes un instant seuls. Il eut l’amabilité d'ouvrir la conversation.

—Vous êtes Français, Monsieur, je suppose, dit-il en sscouant la cendre de son cigare ?

—Oui, Monsieur, fis-je en m'inclinant, j'habite Paris où d’ailleurs je suis né.

—Est-ce votre premier voyage au Canada ?

—Oui, Monsieur, et il me tarde d'arriver dans votre pays, afin de lier connaissance avec les descendants des hardis colons de l’ancienne Nouvelle-France. On m’assure que, dans certains coins de Québec, on se croirait à Paris. à Rouen, à Lyon, que l'on y parle le français avec une correction et une pureté étonnantes.

-Comment done, Monsieur, le français ?

Mais on le parle plus et mieux que jamais.

A mon âge, moi, je puis vous en dire quelque chose. On peut bien y rencontrer ça et là des archaïsmes, mais cela prête un certain piquant

26 TÊTES HT FIGURES DR ER né

au langage. Et s’il Vous arrive d’en entendre vous vous prendrez peut-être à regretter de les avoir oubliés. En 1920, l’année de ma naissance, la population de Québec, ma ville natale, était devenue, d’après le recensement du temps, presqu'exelusivement française : c'est tout au plus si, dans la ville, il restait trois où quatre mille personnes de langue anglaise.

La tendance de l'élément anglo-saxon dans le Pays à été de graduellement gagner l’ouest canadien et l’ouest américain, Le Français, lui, tout en ayant le goût des aventures, des explorations, des voyages, revient ou pense toujours à revenir au sol natal : il y reste, toute sa vie, attaché de cœur.

Aujourd’hui, l'élément français au Canada ayant eu, comme tout autre, son mouvement d’expansion, s'est Propagé du côté du Labrador, et jusqu’à la baie d'Hudson, surtout depuis les explorations du Vaste territoire de l’Ungava qui fut annexé il Y à bien des années à la province de Québec. Il à fait tache d'huile dans le Nouveau-Brunswick, 4 totalement absorbé les cantons de l'Est ct les Etats de la Nouvelle Angleterre, et a envahi une bonne partie dela province d’Ontario ; le fait est qu'à Toronto et dans plusieurs autres centres de cette province, jadis Presque complètement anglaise, il faut tenir compte du Français au point de vue

du scrutin et des relations sociales et commerciales.

Dès 1882, à Toronto, les Canadiens-français avaient une société nationale dite Saint-Jean- Baptiste. (C'était une société de secours mutuels, mais qui n’osait pas encore célébrer publiquement sa fête annuelle, le 24 juin de chaque année, pour éviter des désagréments de la part de quelques fanatiques, quelques têtes chaudes dans la population. La même expansion de l'élément canadien-français s’est produite du côté du Manitoba, la plus ancienne province de l’ouest canadien, et des vastes territoires de la prairie qui furent plus tard transformés en provinces. Cette progression ascendante n’a pas été, n’est pas le résultat d'aucun zystème politique organisé, mais simplement de l'expansion toute naturelle d’une race qui devient propriétaire du sol, s’y multiplie et s'y attache par des liens aussi puissants que nombreux.

—Comme développement, interrompis-je, c’est là quelque chose de merveilleux, assurément.

—Oui, Monsieur, répondit le vieillard, c’est là un phénomène étonnant de virilité ; ; ilest vrai que “bon sang ne peut mentir”: mais, tout de même, ce développement national est pour ainsi dire unique dans l’histoire des peuples. Il y a près de trois siècles et demi, on

plantait un arbre dans Je Pays baigné par le Saint-Laurent * aujourd’hui, autour de l'arbre, c'est la forêt immense sur un vaste Continent dont le Canada OCeupe une surface énorme, une surface plus £rande même que celle des Etats- Unis.

Maintenant, Voyons un peu Où nous en sommes.

Braquant sa lunette Marine sur l'horizon du côté du nord Ë

—Bientôt, dit-il, nous serons en vuc des côtes du Labrador.

—Permettez, Monsieur, Mais, Labrador !

Ce nom sonne à mes oreilles comme un nom espagnol, Portugais, basque ou catalan.

—En effet, répondit-il, Labrador signifie en langue espagnole, laboureur, cultivateur, pay- San, etc. Le fait est que bien des endroits dans le bas Saint-Laurent, le golfe du même nom, et Particulièrement Terreneuve, là-bas, derrière nous, portaient et Portent encore des noms basques et français.

Terreneuve s'appelait autrefois “Bacalao”, “Bacaillos’”, “Bacaleos’, qui veut dire morue. L’orthographe du mot est “Bacalao”'.

Dès 1504, les Basques, les Normands et le:

Bretons faisaient Ja chasse de la baleine et Ja Pêche de la Morue sur les bancs de Terreneuve. C’est du moins ce qu’un historien bien connu, L’Escarbot, affirme.

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Le Labrador resta longtemps négligé, car on le croyait stérile, inhabitable ; on s'obstinait à juger de l’intérieur par les côtes. On le fréquentait simplement pour y faire la pêche qui y était et y est encore très abondante. Le hareng du Labrador à une réputation universelle.

Ce furent des explorateurs américains, plutôt touristes qu'explorateurs, qui commencèrent, durant la décade de, disons 1870 à 1880, à le faire connaître et révélèrent au monde géographique l'existence de plateaux fertiles, de rivières bien plus grandes que vos fleuves de France, et de cataractes grandioses à rendre la Niagara jalouse.

Il y avait un chemin de fer qui reliait Québec avec un effdroit célèbre pour les pèlerinages, Ste-Anne de Beaupré, et plus loin Saint- Joachim, distance d’environ trente milles.

Plus tard, ce chemin de fer eut comme auxiliaire un tramway électrique sur le même parcours. Ce double service dura bien près d’un quart de siècle. Puis on en prolongea le système le plus près possible de la côte. Au début, malgré la difficulté des communications, le commerce et l’industrie prirent un essor remarquable et engendrèrent de nombreux centres industriels sur la côte nord du Saint-Laurent, sur une étendue de plus de trois cents milles. L'île Anticosti même, ce cimetière des coques vieillies, mais bien assurées,

mm

était entrée dans le mouvement dès 1895.

Achetée par un industriel français, M. Henri Menier, grand fabricant de chocolat, (mort

à affermer sinon l'île, du moins une grande étendue de l'île, à un syndicat américain pour l'exploitation du bois de pulpe.

ferrée jusque sur les bords du Saguenay, qui se jette À angle droit dans le Saint-Laurent, et

Jésuites fondèrent la plus ancienne mission du Canada. La côte est émaillée de plusieurs stations balnéaires qui, depuis un temps immémorial, sont fréquentées par de nombreux touristes, et se nomment la Baie St-Paul, les Eboulements, Saint-Irénée, la Malbaie, Saint- Siméon, ainsi de suite jusqu’au delà de Tadousac.

D'étape en étape, le chemin de fer finit par se rendre jusqu’à ln Pointe-aux-Esquimaux, qui fut pendant longtemps le siège d’une préfecture apostolique et est maintenant devenue le centre d’un diocèse.

De la Pointe-aux-Esquimaux, un bon matin, le sifflet de la locomotive fit résonner les échos de l'extrémité orientale du Labrador, où l'on avait enfin réussi à trouver un port ouvert toute l'année. De ce point là à Liverpool et au Havre, les steamers font aujourd’hui la traversée de l’Atlantique en trois ou quatre jours. Il faut vous dire que, depuis un siècle, les steamers ont décuplé et leur vitesse et leur tonnage. Ainsi en 1890, les steamers se contentaient de faire seize ou dix-sept nœuds à l'heure. Un peu plus tard, ils atteignirent dix-huit, vingt, vingt-deux nœuds ; aujourd’hui leur vitesse varie entre vingt-cinq et trente nœuds.

Comme je viens de vous le dire, la traversée de l'Atlantique entre la côte du Labrador et celle de l’Europe s’accomplit en trois ou quatre jours en moyenne ; cela dépend de l’humeur du

temps. Et, si la cargaison de notre steamer n’était pas consignée directement À Québec, c’est au Labrador où celui-ci devrait aller accoster, et, dans les trente-six heures, vouset moi, nous arriverions À Quéhec par voie ferrée.

Vous verrez aussi le long de la côte nord et sur certaines Îles toute une série de phares, sémaphores et autres signaux mécaniques qui servent à guider les steamers durant la saison d'hiver, Il y a un peu plus de soixante-dix uns que le problème de ln navigation d'hiver du Saint-Laurent a été résolu. Je vous dirai bien ceci: c’est que, bien des années auparavant, des goëlettes à voiles et à vapeur venaient du bas du fleuve à Québec ou partaient de leur mouillage dans le port de Québec pour descendre jusqu’à près de trois cents milles sur la eôte nord, aux mois de février et de mars, et faisaient des voyages aller et retour.

Cependant, la navigation à vapeur du fleuve en hiver, n'avait pas beaucoup de partisans, On regardait sous ce rapport toute entreprise comme non exploitable, et les gens qui s’en faisaient les avocats, n'étaient pas loin de passer pour toqués, tout comme ceux qui, un jour, soutinrent que le service des communications entre Québec et Lévis pouvait se faire en bateau à vapeur. Ce fut alors un nommé Tibbits, qui seul, sans subvention publique ou particulière, entreprit un service de bateaux-passeurs à vapeur entre les deux rives. Son acte aventureux et énergique eut plein succès.

Aujourd’hui, à la suite de ces expériences partielles, on se demande comment il se fait que le problème de la navigation hivernale du

rd et ares, s qui aison (uns r du bien ant, t du leur cenir la s, et

U ve ans, rise fai-

Saint-Laurent, n'ait pas été réglé il y a plus d’un siècle. Vous verrez qu'au mois de février, on arrive en steamer À Québec, aussi facilement qu’au mois d'août

La solution du problème par le gouvernement canadien a décuplé le bilan des affaires au Canada ; à Québec, il l'a centuplé. La navigation d'hiver et le chemin de fer de Québec au Labrador ont été des facteurs d’une portée incalculable dans le développement et la prospérité de ma ville natale et du pays en général. Mais, que de temps n'a-t-il pas fallu pour convertir l'opinion publique en faveur de ce progrès! Tous les progrès éprouvent au début les mêmes difficultés, exigent des labeurs et des sacrifices. Au fond de tous les succès, on ne retrouve que des cendres. (C’est le fertilisant obligé, paraît-il.

J'aperçus soudain, dans un endroit appelé la Malbaie, un convoi du “Québec et Labrador’ et, au large, deux puissants bateaux à vapeur, se rencontrant, et faisant un service entre la rive sud et celle du nord, ayant pour ports d'attache, d’un côté la dite Malbaie, et de l’autre au sud, la Rivière-Ouelle ou Saint- Denis. En cet endroit, on compte environ vingt-et-un milles ou sept lieues de traversées.

—Ce service, me dit mon aimable compagnon, fut autrefois d’une bien grande utilité, lorsque la navigation d'hiver n’était pas régulièrement

organisée. Malheureusement, le seul bateau d'alors qui en était chargé, n’avait pas toute la puissance d’action qu’il fallait ; il lui arrivait bien des fois, du côté de la rive sud, d’êtrefort empêché d’atterrir, par suite de l'encombrement des glaces fort épaisses qui, entraînées par les courants et poussées par les vents, ont tendance à serrer plus généralement et de plus près la rive sud du fleuve que la rive nord.

Aujourd’hui ce service est un perfectionnement fort apprécié de notre système de communications l'hiver par la voie du fleuve.

Pendant ce temps-là, notre bateau filait toujours prestement.

C'était merveille.

Mon cicerone improvisé m'indiqua une profonde échancrure de la côte qu’il me désigna sous le nom de Baie St-Paul. Superbe pays de mines, de fer titanique, me dit-il, età part cela, en été un paysage digne des plus célèbres dont la Suisse se vante : grève de sable fin, offrant aux pieds des baigneurs un tapis de velours, au corps le contact réconfortant de l’eau de mer et les vivifiantes senteurs du varech et des algues marines.

—Bon Dieu! me disais-je, quel fleuve, véritable fils aîné de l'Océan ! Quel paysage à la fois sévère, grandiose et délicat. C’est à n’en pas croire ses Yeux.

Et tout ce pays, ici, là-bas, français!...

On a peine à ‘’en convaintre.

O Voltaire !. .Et .es quelques arpents de neige !

Nous filions, et, dame ! vous pouvez m'en croire, avec vingt-huit nœuds à l'heure, on ne flâne pas en route.

—-Tiens, exclama mon compagnon, voici le Cap Tourmente.

—Qu'’est-ce que c’est que le Cap Tourmente, hasardai-je ?

—Il n'offre rien de particulier, excepté que c’est le cap le plus élevé dela chaîne des Laurentides entre le Saguenay et Québec. On le gravit aujourd’hui par une route régulière. Sur le sommet il y a une chapelle catholique et un observatoire. Le point de vue que le tourisme commande à cette hauteur est vraiment enchanteur. Il embrasse à l’est, la plupart des tles du bas du fleuve, et, à l’ouest, l’île d’Orléans jusqu’à la ville de Québec.

A Ja hauteur du Cap Tourmente, je vis tout à coup un yatch à vapeur allant de-ci de-là.

Ce bateau, me dit le vieillard, s'occupe ici de mettre en mouvement les glaces qui, entre l'île d'Orléans devant nous, et les îles que vous voyez là-bas au-dessous, tendent invariablement. sousl’influence des courants, à s'amonceler.

C’est l'endroit le plus difficile de la du fleuve en hiver du côté nord ; Comme vous le Voyez, n’a rien de sér même yatch a aussi pour mission d glace qui Peut se former entre les quais du port;

se, voici un autre train du “Quebec et Labrador”.

e est encore

venir appartient au chemin d de l'Ile. Cette voie ferrée se relie à la terre ferme par un pont que l’on à te ouest de l'Ile, dite Sainteainsi par un ecclésiastique, l’abbé Verbist, prêtre belge, et la chûte Montm

rive nord du bras nord du Saintbras fut creusé ilya plusieurs années pour donner plus de facilité à la navigation océanique,

La nuit était venue. Mais depuis quelque

vieillard, et la clarté que v quer et qui se propage jusqu'à

quinze bons milles de la ville, n’est qu

e le reflet du système

= d'éclairage électrique de la ville, du port, et de ses environs. Cependant, je dois vous dire que cet effet de lumière est plus accentué qu’à l’ordinaire, car, si j’ai bonne mémoire, Québec doit être, comme à l’ordinaire à cette date, en pleines fêtes carnavalesques ; et, chaque soir, il y a illumination générale.

Nous arrivâmes bientôt à la pointe ouest de l'Ile d'Orléans, dite communément, “le bout de l’Ile”, m’observa le vieillard.

Le spectacle qui s’offrit à mes regards me désorienta de tout point de comparaison. Je n'avais jamais rien vu de plus éblouissant, même dans les grandes féeries de Paris: ce vaste port, ce majesteueux promontoire enguirlandés comme ils étaient de mille poires électriques. C’était comme un embrasement général des hauteurs et des rives. Au ras de l’eau, depuis l’île d'Orléans d’un côté, et un endroit en face qu’on me dit s'appeler l’Anse des Sauvages, coupé par deux immenses chantiers de marine, on eut dit un gigantesque ruban de lumière ondulant ici, se repliant là, £e déroulant en droite ligne là-bas, se réfléchissant partout et au loin dans les eaux opaques du Saint-Laurent.

Dominant Cette scintillante bordure, se dres- Sait Québec, sur son Promontoire, citadelle et ses édifice

es, présent énorme diamant étincelant Au plan inférieur d’une

Jetées du port qui bordaient Je fleuve depuis l'embouchure d'une rivière Canalisée qu'on me dit s'appeler Ja Saint-Charles, Jusqu'au pont reliant l'ile d'( rléans à Ja terre ferme, et même au-delà, ce n'étaient que flots da lumières.

Ah ! que n'aurais-je Pas donré Pour avoir là, avec moi, le tout Paris, ennuyé, blasé,

cherchant du nouveau, pour admirer cette mise en scène.

Au milieu de e saient valoir, boles sur Je voile sombre de

des girandoles, des chandell toutes les pièces de |

avec sa ant l'aspect d’un de milliers de feux.

Vallée, sur les grandes

e panoram

a lumineux, se faien décrivant

de brillantes Parala nuit, dos fusées, es romaines, enfin arsenal Pyrotechnique.

Tous ces feux d'artifice, lancés et de la citadelle, ct des remparts, ct de Vaisseaux dans le port, et du sein de massifs d'habitations, à distance, sur les rives ou dans la vallée, sillonnaiïent, l'atmosphère en fulgurantes randonnées. —Ce spectacle est incomparable. m'écriai-je en serrant les mains du Vicillard ; il vaut à lui seul la traversée de l'Atlantique. Parole d’honneur ! je n'ai jamais vu en Europe rien qui Puisse &pprocher de cette féerie. C’est d’autant plus admirable que Vous pouvez la recom-

dres- Pc sa d’un feux.

ndes ‘Puis 1 me pont ême

bd cali

mencer tous les soirs, si vous le désirez, puisque cette illumination est partie intégrante de votre sytème régulier d'éclairage.

Nous fûmes bientôt au débarcadère, et, plus tard, lorsque je pris congé du charmant vieillard pour merendreà un grand hôtel sur les hauteurs, il me promit d’être mon cicerone pendant mon séjour à Québec, et de venir me rejoindre à l’hôtel le lendemain matin, à bonne heure, pour faire une promenade de par la ville et dans les environs.

Je le remerciai cordialement de son extrême courtoisie, et nous nous séparâmes.

Le lendemain matin, sur les neuf heures, le vieillard était à l'hôtel avec une limousine.

Avant de partir, mon cicerone me conduisit sur la terrasse Dufferin, d’où je pus avoir une vue d'ensemble du port et d’une partie de la ville. J’aperçus en bas notre steamer ; on chargeait sa cargaison sur un convoi d’une longueur extraordinaire, en partance pour l’ouest.

Quel panorama grandiose que celui du port de Québec ! Je le crois unique. Il n’y a de par le monde que la baie de Naples qui s’en rapproche. Que l’on y supprime l’île d'Orléans, et l’on y aura la baie de Naples. Et quelle majestueuse envergure ! Vingt milles de circuit à eau profonde au ras des rives. On y pourrait loger à l'aise toutes les flottes du monde entier;

rs

—Cette terrasse, me dit le vieillard, ne s’étendait pas plus loin que la citadelle, i] ya bien des années. Vers la fin du siècle dernier, on la prolongea de beaucoup par une série d’escaliers et un large trottoir, bordé d'un garde-fou, serpentant en lisière du mur de la citadelle jusqu'à la hauteur d’un champ de manœuvres situé à l'arrière de notre Ecole Militaire. Une fissure sérieuse que l’on découvrit dans le Cap, fit condamner toute cette partie de la terrasse, que l’on crut devoir démolir. En septembre 1889, un éboulement épouvantable se produisit à l'ouest de la terrasse et fit une quarantaine de victimes. La fissure réparée, on finit par se décider à donner comme appui au cap un énorme mur de soutènement, à cause de certains éboulis quese produisaient de temps à autre. Le cap et la terrasse eurent de solides assises, et quelques années plus tard, on reconstruisait l’ancienne Promerade autour de la base de la citadelle. De cette hauteur, le spectateur se sent involontairement dominé par la sublime grandeur du paysage. Si cela vous plaît, nous nous rendrons à l’autre extrémité de la terrasse, d’où nous Pourrons voir au moins une culée et une partie du grand pont de chemin de fer qui relie les deux rives, et leg rattache aux réseaux de voies ferrées du nord et du sud. Ce pont, l’une des constructions les plus hardies du genre qui avaient été entre-

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prises jusqu'alors, de par le monde, a une longueur de 3,300 pieds, et près de 1,600 pieds d'ouverture. Au-dessus de la marée la plus forte, son tablier se trouve à 150 pieds de hauteur.

L'endroit où on l'a construit, s'appelle Ja Chaudière du côté sud et le Cap-Rouge du côté nord.

Ce nom du côté sud lui est venu d’une chute d'environ cent cinquante pieds que fait la rivière Etchemin. Au pied de la chute, la rivière reprend son cours, encaissée dans une gorge qui a dans ses grandes lignes la forme d'une très large cuve, et finit par se fondre dans le Saint-Laurent à titre de tributaire. C’est elle qui fournit l'éclairage à la ville de Lévis et un système de tramway.

Ce point-là du fleuve, en amont de Québec, fut choisi, —il l’avait été du reste cinquante ans auparavant par des ingénieurs entendus, parce que c’était le plus étroit, le plus facile et le plus économique pour souder à demeure les deux rives. Un pont dans l'endroit favorisait la formation à bonne heure d’un pont de glace qui lui, est inévitable entre la Chaudière ou disons le Cap-Rouge et tout le haut du fleuve, jusqu'à Montréal, depuis décembre jusqu’en avril. De plus, il est indispensable aux relations commerciales et sociales des riveraius. Comme, dans cette partie du fleuve. il ny

plus de navigation possible depuis fin de novembre jusqu'à fin d'avril, alors les habitants des deux rives s'en remettent Pour la cireula: tion et le transport des marchandises, qui, à des CONVois qui rasent la rive nord, qui, à un chemin de fer qui longe la rive sud presqu’au ras du fleuve, depuis la deuxième décade de ce siècle.

La formation, incontrôlable, du reste, d’un pont de glace en amont de Québec, immobilise immédiatement les glaces des battures sur place, et fait que le grand port de Québec est libre comme en été.

—Mais, dites-moi, le Saint-Laurent en été est-il navigable beaucoup plus loin ?

—Oui, monsieur, il est navigable jusqu’à

moindres Proportions, remontaient le fleuve jusqu'à Montréal. C'était pour eux une navigation risquée : le chenal était étroit et insuffi-

Qui coûtèrent des milliers de piastres. Le résul-

à la tête en raison proportionnelle de la vitesse d'écoulement acaiuse. Voilà ce qui arriva pour la tête du fleuve à Montréal et sur quelques points d’un lac au-dessous que l’on nomme le lac Saint-Pierre ; ça n’est pas précisément un lac, mais un renflement du fleuve. On suspendit les travaux ; il était temps.

Avec cela, l'architecture navale progressait notablement au double point de vue dela rapidité des bateaux et de leurs capacités de chargement. En sorte que, de toutes parts, les grands steamers se virent forcés de ne plus aller plus loin que le port de Québec.

—Vous remarquerez, fit le vieillard, en pointant sa canne sur la rive opposée, que Québec n’est pas seul à se vanter d’avoir une terrasse. Lévis a aussila sienneets’en enorgueillità bon droit. La terrasse de Lévis, beaucoup plus étendue que celle de Québec, offre une promenade des plus agréables et une série de délicieux points de vue, autres que ceux que la terrasse de Québec présente. Si majestueux qu’ils soient ici, à Lévis, ils ont la charme de la gracieuseté. Si je. me rappelle bien, cette terrasse fut commencée entre 1920et 1930. On en fit d’abord le plan général ; ce qui était de rigoureuse logique, et ensuite d'année en année, on en construisit une partie. Ce fut tant et si bien que personne ne s’aperçut de la dépense, et qu’un beau jour, il y a tout au plus vingt ans,

longtemps! àvE vis, d'aquedue, de drainage, Point! Pour l'approvisionneme y de l’eau hi AC, ni rivière, Un de mes amis, architecte et ingénieur Civil, me dit qu’il n'y &vait qu’un seu] moyen d’abreuver Lévis, C'était, Par moyens Mécaniques, de tirer l’eau du fond du fleuve à Sa plus grande Profondeur.

C’est le Plan à

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