RE CR DS
Soudain, je vis, Comme dans une buée immense, des Myriades de créatures, en aApparence, de forme humaine.
—Quels sont ces esprits, demandai-je è
—Ces esprits, me répondit Speranza, sont les kardiens des habitants de la Terre, Ils sont chargés d'une mission d’expiation et d'amour. Ce sont eux qui, incessamment, s'efforcent ‘attirer les âmes vers le Très-Haut : inspira tions, conseils, Supplications et prières, tels sont Jeurs moyens d'action. Comme toi, ils furent mortels : Mais, comme rien d’impur n'entre dans le royaume des cieux, ils expient leurs fautes, en travaillant au salut de ceux qui furent Jeurs semblables et leurs Compagnons de chaîne sur la Terre. Ils se rapprochent du ciel dans la mesure qu'ils fagnert des âmes à
ieu. Leur peine Consiste dans le désir intense, mais trop souvent inassouvi, qu'ils éprouvent de ramener au bercail Céleste les rebis égarées, et d'atteindre CUX-Mêmes, par ce moyen, la perfection Suprême,
“Tout acte de faiblesse, d'ingratitude, d’égoïsme, d’impureté et de Convoitise de Ja Part des hommes, retarde d'autant leur acheminement et leur arrivée définitive au séjour € la paix ct du bonheur éternels,
“Mesure, Maintenant, si tu Peux, l’étendue des souffrances que les hommes leur infligent.
“Leur Séjour est Un Purgatoire.
Ont les ls sont amour.
orcent ISpira- , tels oi, ils impur pient ceux nOns it du 168 à désir u’ils les par
ide,
uns
‘’Montons encore. montons toujours", me dit Speranza !
Et, sur notre passage, au milieu de flots d'étinccsantes lumières, tournoyaient d'innombrables sphères nouvelles, avec leurs satellites, leurs soleils, de fulgurantes comètes produisant l'effet de gigantesques torches embrasées, toutes emportées dans l'espace avec une vitesse vertigineuse.
-Mais, hasardai-je brusquement, en jetant un regard du côté où naguère encore on distinguait la Terre, comment se fait-il, à Speranza, qu'au milieu de tous ces mondes admirables, la Terre soit le seul astre qui ait démérité, et qui, cépendant, ait été jugé digne d’un aussi grand sacrifice que celui du Calvaire?
- Ton esprit est enclin à une grande curiosité, répliqua Speranza, mais il est droit et pur.
Aussi sauras-tu bientôt ce que tu désires connaître. Vois-tu, là-bas, là-bas, cette grande étoile? Eh bien! on la nomme Saturne, chez vous. Nous y descendrons.
Bientôt, en effet, nous arrivions en face de Saturne, de ses gigantesques anneaux et de ses huit satellites. Pourquoi done un monde de cette forme? me demandai-je à part moi.
Pourquoi ces anneaux? Pourquoi huit satellites à cette planète, tandis que celle-là n’en a que quatre, et cette autre n’en a que deux? Pourquoi cette grande diversité dans les dimen-
94 TÊTES ky FIGURES sions, los Mouvement | Ah!
se pose ,
conditions &tmosphéric
s des sphères ?
Voilà bien | depuis Je ‘homme restera | bée devant des
impitoya blement
Iues, et les
4 Sempiterne CoMmencem vien des sièc] Pourquoi’ sans
lle Auestion qui
nt des temps.
es encore bouche
qui demeureront réponse !
Sur Saturne, vaste Plaine, Ysages les plus gracieux : 20Squets ) corolles Saphir, grenat, Urquoise, émeraude : ‘üitiers ploys
es maladie , Pour elles, n’est qu’un doux S Quant aux artsetaux soi sent tous, |
s,ellesles con Mais à u
Nais en plus éley :
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tion qui temps, bouche ureront
S une S plus S aux iude ; ‘uxuforêts Ises : flets
cirmi- ; de dia-
les habitants de la Terre. Chez ces êtres, pas de gouvernement, chacun se gouverne parfaitement lui-même : le mariage, comme vous l’entendez. n'existe pas, car, en vertu de la loi d'attraction mutuelle des sexes et d’une puissante affinité spirituelle, ils s'unissent dans une fidélité inviolable. Ils ont la foi implicite dans le Créateur des choses visibles et invisibles, et personne, parmi eux, ne s’est encore avisé de mettre en doute l'existence du Dieu toutpuissant.
En quittant Saturne, nous franchîmes l’atmosphère des grands anneaux de la planète, et nous atteignîmes Vénus. Dans ce monde-ci, nous trouvâmes l'amour de la nature uni à l’art ; à ce qu’il me sembla, c'était la formule la plus parfaite de la civilisation. Ca n’est pas à l'artiste, mais bien à l’art lui-même que l'on y rendait hommage.
Entre ces êtres, union exclusivement spiritulle. Et partout, dans ce monde-là, croyance implicite à l'existence de l’Etre Suprême.
Même état d'esprit sur les sphères grandioses appelées sur terre Neptune, Uranus, Jupiter ; toutes les créatures de ces mondes gigantesques croyant à la Divinité et l’adorant.
Cependant, malgré leur condition de perfection relative, les créatures de ces mondes sidé raux me parurent chercher encore quelque chose
EE
————— Donne ms
qui leur manquait, quelque chose Comme un monde meilleur, expression d’une Paix et d'un bonheur plus complets, le séjour de l'ultime Perfection, l'union complète avec Je grand Maître de la vie.
— (C’est étrange, me dis-je, moi, je me contenterais facilement de leur bonheur.
J’allais Communiquer mes réflexions à Speranza, lorsque mon guide aérien m'interrompit.
—O esprit de Ja Terre, fit-il, as-tu bien obéervé? És-tu parvenu enfin À te dégager de tes notions terresires pour Pouvoir saisir le sens et la raison de ce que tu viens de voir? As-tu été bien frappé du fait que, dans toute cette immensité étoilée, :l n'est pas un monde où l'on ne croie pas à l'existence d'un Dieu souverain, et où l’on ne se Prosterne pas en adoration devant sa toute puissance et ses perfections infinies ? Seule, la Terre, ton malheureux séjour, fait entendre, dans ce Concert presque unanime, une note discordante.
“Cependant, qu'est donc la Terre devant toutes les magnificences de la création qu'il t'a été permis d'admirer? Une chétive étoile peuplée par des Dains, embryons physiques et intellectuels, Par des créatures ayant en partage une étincelle de la flamme divine, et qui, malgré cela, retournant à la bête, se laissent aller à tous les débordements de l’orgueil, de
Pme un et d'un l'ultime
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À Speompit.
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ant qu’il oile s et )arjui, ent de
Rs soi»
VÊTES ET FIGURES 97
la concupiscence et de la convoitise. Un monde, où tous les <entiments les plus nobles sont travestis : où l'amour n'est que mensonge, hypocrisie, et n'existe plus que comme inscription au Décalogue : où le talent, la vertu, le génie sont supplantés à tous les degrés par l'ignorance et lu fatuité dorées, ct relégués dans l'obscurité, quand ils ne sont pas exploités sans vergogne ni mesure : où l'or est le grand dieu , où la foi religieuse est tournée en ridicule, quand elle n'est pas ouvertement où hypocritement persécutée, et où l'athéisme a coudées franches ; monde pharisaïque, div en peuples conspirant les uns contre les autres, sous prétexte de morale et de civilisation.
et se disputant, qui un lambeau de pays, qui un roc quelconque, qui quelques grains d'or, une bribe d'influence, des honneurs aussi creux que puérils, qui le gouvernement d'un pays ; monde de perversion, d'anarchie, où le serviteur s’insurge contre le maître, où le vol.
l'usure, la rapine, sous de multiples formes, sont prises, sinon comme des actes de vertu, des exploits glorieux, du moins comme des brevets d'intelligence et d'habileté, des facultés maîtresses, et trouvent dans des feuilles publiques la plus coupable les complaisances.
—Force m'est bien d'en convenir, fis-je 2n m'inclinant ; mais, puisqu'il en est ainsi,
isé
98 lÊTES ET & IGURES
encore une jois, Peux-tu, 6 Speranzn, m'expliquer l'acte sublime du Fils de Dieu descendant Sur la Terre et se laissant (Tücifier entre deux larrons, Pour le rachat d'êtres AUSSI misérables”
9 créature de l'astre qu Péché et de la Douleur, répondit Speranza, Qui veut sonder le secret de toutes chosus, comment Peux-tu me demander de te définir Le Dieu de l'éternel] amour ? Penses-tu, CN Vérité, qu'il Puisse être en Mon pouvoir de te décrire ses Perfections infinies et les secrets de la Providence ?
Le messager ingélique s'arrêta tout à coup dans une Immobilité complète. Nous Planions tous deux dans l'espace, Par une force mystérieuse,
Voyons un Peu, reprit-il. Je SUppose Pour un instant que le pouvoir de créer te soit dévolu, et, qu'à Ja faveur de cette puissan. ce créatrice, ton imagination enfante un pays d'incomparable eauté, comme devait l'être le paradis terrestre, un PAYS aux côteaux toujours Verts, aux vallées toujours riantes, aux Moissons toujours renaissantes, aux bosquets de riches Verdures sous lesquels &azouillent ici et [à des ruisseaux d'eau fraîche et Pure, AUX Majestueuses nappes d’eau limpide, bai- &nant des rives enchanteresses, AUX brises parfumées, AUX bois oMmbreux, aux cdorantes feuillées où des Myriades (l'êtres ailés aux pluma-
m'expliscendant tre deux miséra-
t de la sonder )eUx-tu éternel se être »ctions
coup inions Ivsté-
)pose te SAN pays être touaux iets ent re, Aiares a-
ges multicolores, prendraient leurs é6bats et feraient entendre des notes mélodieu-es, des trilles éblouissants, au soleil toujours :esplendissant, animant et vivifiant cette généreus et ravissante nature,
Supposons que, seul à jou " de cette merveilleuse création, le désir inte1..e de Voir ton bonheur partagé, te pousserait à peupler cette terre délicieuse, d'êtres comme toi: et que.
ton désir accompli, ces êtres de ta création finiraient par rendre hommage à la créature plutôt qu'au Créateur, par oublier t at ce qu'ils doivent à leur auteur, et même p& ctouffer chez eux, toute notion de l'existence d’une puissance supérieure à laquelle ils seraient redevables de tous ieurs biens.
Supposons que, dans leur aveuglement et leur malice, ils ne tiendraient nul compte des avertissements qui leur seraient donnés et qu'ils attireraient sur leurs têtes les maux et les châtiments les plus terribles.
Mettons qu'au lieu de s'amender et se purifier, ces créatures, dans leur course affolée après les faux bonheurs, iraient plutôt se livrant à toutes les convoitises, se vautrant dans toutes les concupiscences inhérentes à leur nature, n'obéiraient plus qu'aux instincts de la bête, et, foulant aux pieds toute dignité personnelle, tout honneur, tout amour d’autrui, tout respect pour l’éternelle justice. se diviseraient en
100 TÊTES kr FIGURES
groupes divers, au fond tous acharnés les un: Contre les autres, qui, tout en >rônant bruyamment, d’un côté la liberté, l'égalité, la frater. mépris des Plus Simples devoirs, se Prendraient Sans cesse de Querelles, Commettraient les injustices les plus Criantes, les plus abominables forfaits Pousseraient Ja méchanceté jusqu à S'égorger Sans merci Pour un Méprisable colifichet, que forais-t alors, 6 habitant du globe obscur, devant cet éPouvantable chaos ? Croistu qu'il ne Vaudrait pas mieux tout anéantir? — Tout anéantir, balbutiai-je » + Anéantir ces Malheureuses créatures, dévoyées, il est Vrai, mais Pas toutes, et dans Chacune d'elles Sentir une Parcelle de mon être? . Ah!
Vraiment, 4 Speranza. Je... je ne le pourrais pas ! N'en reSterait-i] pas AU Moins quel. Ques-unes dignes de sympathie, à Cause de leur
foi et de leur inébranlable fidélité? - Tout anéantir® Non !. -Je n’en serais pas Capable Je m'efforcer AIS, jè croi ‘étendre ma
Miséricorde aux Coupables, en fe r des innocents, J’essaicrais de les ramener à nouveau du chemin des ténèbres, dans ler, Sentiers de lumière, de justice et de pureté où ils auraient été d'abord conduits.
—Mais, interrompit Speranza, si ces Malheureux Persistaient à se livrer à leurs déborde. ments, à n ‘user de leur intelligence que pour
és les uns
bruyamla fraterdroits au ndraient ient Jes bomina- 6 jusqu’à le colifi- U globe Croiséantir ?
néantir
il est d'elles Will Pourquelleur Tout apama
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éteindre la flamme du pur amour qui pouvait les distinguer de l'animal. S'ils continuaient à rester l’opp‘obre de leur création, un outrage à l’Eternelle Lumière, encore une fois, que ferais-tu ?
Loin d'avoir été dictée parun mouvement de fantaisie, cette création, 6 Speranza, si j'en avais été capable, aurait été une œuvre d'amour, un acte d'hommage envers l’Eternelle Beauté.
Je garderais l'espoir, tant que du sein de cette multitude infortunée, du fond de cet abime de ténèbres opaques, se manifesterait une prière vraie, un acte d’adoration pure, envers le Saint des saints. Quant à tout détruire, eh bien !... non, en vérité, je ne le pourrais pas. Plutôt souffrir toutes les ignominies comme expiation pour tous, pour l'amour d’une seule, rien que d’une seule créature fidèle, que de tout vouer au néant! Je compterais toujours que ces créatures finiraient par s'orienter dans le droit chemin. Je travaillerais à leur donner l'intelligence des âpres et saines jouissances de l’abnégation et du renoncement.
Je leur apprendrais les satisfactions inexprimables de la sagesse, le bonheur de la pureté, les extases de la foi dans l’immortalité de l'âme.
Et s’il le fallait...
—Trais-tu, interrompit Speranza, jusqu'au sacrifice de ta vie?
102 TÊTES Er FIGURES
—— ee "te Se D
—Ilya déjà eu sur la terre, dis-je, des créatures
Speranza se redressa de toute sa taille ; ses traits s animèrent d'une expression plus radieuse, et la Céleste Phosphorescence de sa Personne se fit plus lumineuse.
— Voyageur errant, morte] de la Terre, dit mon cicerone Céleste, ty as bien Parlé, &i toi, être formé du limon de la Terre, être imparfait, être tellement borné, que tu ne peux dépasser certaines limites Sans perdre l'équilibre hysique et intellectuel fragilité et Poussière tout
toi, tu Pleurais sur les Méfaits du genre humain, et, malgré l'ingratitude, les Méfaits, los Outrages et les crimes de tes semblables, de ceux que tu aurais eu la faculté de créer, tu leur £ardais toujours ta Sollicitude, ton dévouement. ton amour, que Denses-tn done de ce que peut aCCOmplir Je Dieu de tout äMour, de toute Justice, de toute Miséricorde, le Dieu Immanent. l'Alpha et |! mega de tout ce qui fut, est, et sera, l'Tnfiniment Parfait NP nr Re
le; ses radieursonne
lit mon i, être arfait, Passer Dhysitout n, si, Nain, ‘ages que dais ton eut ute nt.
et
Comprends-tu maintenant le Christ, la Rédemption ? Comprends-tu le Calvaire, ce phare lumineux qui se dresse depuis deux mille ans aux confins des mondes et domine l’humanité entière ?
La vision disparut.
Dans l'effort désespéré que je fis pour m'attacher à ce qui me paraissait être les plis flottants de son vêtement, je me réveillai en sursaut.
Il était trois heures de la journée, justement l'heure à laquelle, dans maint temple de la chrétienté, du haut de la chaire sacrée, on retraçait en termes émus, la navrante agonie du jardin de Gethsémani, les dernières phases du lugubre et sublime drame du Golgotha
J'étais à demi couché sur le divan dans ma chambrette, toujours emprisonné dans ma chrysalide de grossière argile
Au dehors, le firmament était encore d’un gris lourd ; la neige, une neige humide, pleureuse, tombait en flocons épais et désordonnés. et la bise, par rafales, fouettait les vitres
J'entends toujours. vibrant à travers les
régions ces séraphique messager :
—( ‘omprends-t u Redenpt eur?
‘omprends-tu le (
éthérées Paroles Suprêémes du
Maintenant le Christ, Je
‘alvaire
Mater Amabilis
Le sanctuaire se pare de fleurs ; un petit autel, succédant à la niche rose et d'or de l'En fant Jésus, se dresse en avant de l’hémicyele sacré.
Une statue drapée dans un manteau d'azur, les mains tendues miséricordieusement vers l'humanité, en occupe ie centre ; tout autour de la statue, une guirlande de roses ; au pied, des gerbes de fleurs, primeurs de la saison nouvelle, dont les frais calices se tournent vers la Madone, comme pour lui offrir le parfum suprême d’une vie prématurément tranchée.
Dans la famille, on vient de terminer le repas du soir.
Du beffroi s’exhale l'harmonie connue de l’Angelus, éloquente invitation à la prière.
La foule arrive, circule sur le parvis sacré et s’agenouille pieusement.
L'orgue prélude ; les candélabres scintillent dans la pénombre ; et l’homme de la prière monte, revêtu de son blanc surplis, dans la chaire de vérité.
TÊTES Er FIGURES
| C’est l'heure « | entière se pros
Île où la Catholicité
toute Sterne aux Pieds de Ja mère de Dieu.
, Le premier Jour de mai, en tout endroit de lu ) terre, ramène au cœ
ur tout un monde «d’espé.
rances et de Poésie
Peut-il avoir une dédi- Consécra-
anada français.
pr tes, ajoutait-il, elles
s’appellent Marie, depuis Ja bonne viei son rouet
Quand Je berce,
vallée! Tress
elle de fleurs le Chemin de
toute De l’orient à l'occident, à travers les siècles, re de que de femmes ont porté de radieuse façon ce: nom de grâce et de lumière !
de la Quand on évoque leur souvenir, elles appa- PSpé- raissent dans la légende et dans l’histoire comme : des bouquets d’astres, des gerbes de roses éterlédi- nellement vivantes.
'Cra- Ainsi que le disait tout récemment un écrien vain, pour me parler que des plus illustres, dont ina, lesnomssurgissent instantanément à la mémoire, son Marie de l’Incarnation, Marie Alacoque, Marie que de la Ferre ne sont-elles pas des modèles d’abnéles. gation, de dévouement et de sainteté ; Marie de ait à la Ferre, l’illustre collaborateur de M. de la ISI Dauversière dans l'institution d’une congréde gation d’'Hospitalières dans l’île de Montréal, au Canada ? Marie Stuart n'est-elle point la es beauté faite femme? Marie de Rohan, duchesse < de Chevreuse, le charme frondeur ? Marie 1. de Rabutin, marquise de Sévigné, l'esprit ? L Marie-Thérèse d'Autriche, le courage et la t force ? Marie Leckzinska, la bonté ? Marie-
Antoinette, la grâce suprême et la suprême infortune ? Marie d'Orléans, le doux génie féminin ?
En Bretagne, les hommes sont filleuls de la Vierge: c’est par respect pour cette coutume que le nom de Marie fait partie de leurs noras de baptême.
108 TÊTES Er FIGURES es Dre ei ee
Au Canada, Ja coutume 2Pportée par nos ancêtres, s’est transmise et conservée depuis,
ouvrières où la dévotion, Moins fardée, moins enjolivée qu'ailleurs, se traduit avec franchise,
Ouvriers, qui revenez le soir, Courbés sous le poids du labeur, n'oubliez Pas, en passant auprès
rude journée, de réciter /’Ape Maria. La Vierge, Mater Christi, vous bénira,
ous tous qui souffrez dans votre âme et dans Votre corps, qui SuCcombez Presque à J: peine, n'oubliez Pas, durant Je mois de Mai, d'entrer
La Vierge, ( ‘onsolatrir aflictorum, sèchera vos
aria. La Vierge, Refugium Peccatorum es
lys, sourires, chants, larmes joyeuses, Promesses et Souvenirs ! une ville, un village, transpor-
tant des fleurs ! des bouquets partout ! depuis la mansarde jusqu’au salon, depuis l’humble cabane jusqu'au balcon doré !
Et sur cette gaieté épanouie, le beau ciel bleu de la saison nouvelle déploiera son royal azur.
110 TÊTES kr FIGURES
La nuit du 16 Mai 1889
Le soleil était descendu radieux de crête des Laurentides, laissant derrière lui une traînée d'or et de Pourpre : Mais, à Peine le reflet de son dernier ravon S'était-il éteint, que la nature Se troubla, of bientôt revêtit un voile sombre,
L'île d'Orléans, les falaises de Lévis, Je Ce Diamant et la vallée Saint-Charles s'enveloppèrent de ténèbres épaisses,
D'az ot tout de lumiè sait, le ciel étai
rrière [a
ir, comme dans un te, aux Candélabres étint de la nef, Succèdent les Pour une messe de requiem,
celants des autels e tentures funéraires le lendemain.
Dans l'ancienne Ville de Champlain, tout était silence : À part Quelques bourgeois attardés, tout le monde était rentré au logis.
C'était à l'heure du Premier Sommeil, à ’heure où tous les MAUVAIS génies de l'empire
| ac tas annee
e la une e le que un
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lisun
EE
MÊTES ET FIGURES 11]
de Béelzébuth. lâchés par l'Esprit du Mal envahissent l’éther, s'agitent, horribles meutes. en fantastique: paraboles, en sarabandes infernales, au-des-is des humeaux paisibles, à chaque chevet,
Cette nuit-là, ils étaient légion.
Que se passait-il done dans ce monde d’esprits diaboliques ?
Y ourdissait-on quelque funèbre complot ?
Y organisait-on quelque lugubre exploit contre le repos des vivants ?
Sur terre, l’homme de peine, revenant tard de la corvée, au moment d’entrer dans son humble maisonnette, jetait un regard au ftirmament.
Il y a quelque chose dans l'air,se disait-il, en hochant la tête avec un vague sentiment d'inquiétude.
Et il verrouillait à double tour l’huis de sa
pauvre demeure.
* PAU à
Du côté de l'Orient, soudain, on entendit comme une vague rumeur, comme un vaste bruissement de grandes ailes, dans l’espace.
Et la nuit sembla s’obscurcir de plus en plus.
A l'endroit où les Laurentides, à l'œil du citadin, paraissent se confondre avec l’île d’Or-
112 ÊTES kr FIGURES
léans,on vit émerger, d'un vol oblique et saccadé, des #PParitions aux formes indécises, comme d'étranges nébuleuses. Elles se l'approchèrent rapidement de la cité, non sans planer ici et là, avec des Mouvements de chauves-souris, au dessus de certains endroits, jadis théâtres de grandes Catastrophes, lo long du bras septentrional du fleuve,
Bieatôt leurs silhouettes se dessinèrent plus nettement, ainsi que de Sinistres Dhosphoresrences, sur le ciel opaque.
Des serpents dans leurs longs cheveux épars : Pour tout vêtement, Une sorte de linceul :
tomme ceinture, des reptiles enlacés : Pour armes, des Poignards de feu, des torches incendiaires, Leurs yeux hagards ot Mmenaçants proietaient des lueurs fauves : leurs traits de furies &rimaçaient un rire Satanique : d'une Main brandissant leurs Poignards, leurs torches de malheur, de l'autre elles indiquaient un Point sur terre,
Des Monstres horribles leur formaient cortè- Ke. C''étaient les Centaures, les Crorgones, les Harpies, les Chimères, Briarée aux cent bras, Géryon au triple corps, l'Hyvdre de Lerne, les Chagrins, la Crainte, Je Faim, mauvaise con- Scillère, Le Désespoir, les pâles Maladies, les Remords Vengeurs, ot Ja Discorde à vec sa chevelyre de Vipères,
TEEN |
cadé, mme ‘rent t Ià, , au s de ten-
lus 'es-
+ ibn à LR |
Telles apparurent cette nuit-là, les Euménides, hideux spectres qui hantent le monde depuis le commencement des temps.
Mégère, Alecto, Tisiphone, tristes messagères du dieu qui tourmente et châtie les humains, du dieu qui commande le feu et la mort, qui êtes-vous venu frapper sur ce coin de terre déjà si souvent et si cruellement éprouvé ? La colère et la vengeance célestes veulent-elles creore des satisfactions ? Faut-il d’autres ruines, de nouvelles victimes, er expiation ? Ou êtes-vous simplement en tournée de malheur et de crimes ?
Non!
Les trois Furies n'étaient pas seulement de passage.
A la hauteur des faubourgs de la vieille cité, elles suspendirent un instant leur voi, scrutan‘ de leurs regards de louves affamées les’ rues tranquilles, les quartirrs endormis, et cherchant où frapper.
Ici! hurla Mégère! en indiquant de son doigt effilé et crochu. ici Montcalm !
Mais, tout aussitôt, deux dâtes lugubres se dressèrent, en chiffres de feu et de sang, devant ses veux : 1875 et 1881 î
Passons outre. grommela la Furie !
Là-bas ! hurla de NOUVeau la voix rauque de Mépère.
Et soudain, une main invisible écrivit au
firmament en traits de Sang et de feu : 1845, 1866 et 1870 Re :
Eh bien ; c'est bon ! RE CETTE Passons outre encore, rugit Mégère ! Allons plus loin ! Chacun son tour !
Et le trio de Vampires fit entendr
€ Un ricane ment d'enfer au souvenir d’
affreuses calamités.
Lci, à Bauche, cria derechef Mégère! Voici qui me paraît neuf, et ta torche, 6 Tisiphone, Va avoir besogne facile en ces lieux !
Regarde un peu !..
AS - Du bois par tout, et -. PAS d’eau !
Et les Furies descendirent dans les Profondeurs de la va rent un instant, puis s’élevère tiles, dans les airs.
Tisiphone SeCOUa sa torche :
détacha, et, Sillonnant l’espace, à la toiture de pin résineux d'un
d'un Coup d'aile Ilée, se concertènf. hideux vola-
un tison s’en alla s'attacher e maisonnette.
x ES arr
mn {
Le]
TÊTES ET FIGURES li
La flèche de la fusée lumineuse est moins rapide dans sa descente, le trait lancé par le Peau- Rouge est plus lent à atteindre ie but, que ne le fût ce sinistre brandon.
Au feu ! tonna une voix dans la rue.
Au feu ! crièrent d’autres voix.
Et le cri d'alarme se répercuta aux quatre coins du faubourg, comme les vibrations d’un vaste et puissant écho.
Déjà hanté dans son sommeil par de funèbres visions, le faubourg se réveilla en sursaut et descendit dans la rue..........
Ce fut un grand tumulte............
Le feu, un feu subtil, qu’on eut dit animé dans chaque flamme par desesprits diaboliques, grandit terrible, sans entraves, dévorant tout, chemin faisant, comme une trombe qu’on eut dite lancée de l’enfer ; les brandons, emportés pour ainsi dire sur les ailes d’intelligences infernales, sautaient de toiture en toiture, s’insinuaient dans les interstices et ls embrasures ; l'instant d’après, poutres et soliveaux se tordaient dans les étreintes de la pieuvre aux cent tentacules : huis et fenêtres cra-
116 TÊTES Er FIGURES > ge) a
Quaient sous 1 Intensité du foyer ardent ; et IE t
au dehors en formidables Spirales, éclairant de lueurs épouvantables. des scènes d’effroi et de lation.
Maisons après Maisons, Cernées dans un cercle rouge de Fammes crépitantes, s’affaissaient, en Croulant les Unes sur les autres, Jaissaient derrière elles à Peine un tronçon de cheminée, triste Mausolée d’un foyer tout à l’heure Paisible et heureux.
la Sonnerie Mesurée des églises faisait écho à ses NaVrants appels.
a Cité, du haut et du bas, des cohortes Vaillantes arrivèrent au pas de Course, pour
Mais, hélas ! Déjà, que de Maisons croulées, que de ruines fumantes !
Que de Vieillards, que de femmes, que d’enfants, que d'infirmités n'ayant Plus pour tout ir!
ent ; et Ja “COup ces s’élançait lairant de froi et de
dans un ] s’affaisres, Jais.
de chel'heure
Aux bastions de l'antique citadelle, les sentinelles, comme à l'ordinaire, montaient la garde.
L'officier de service, faisant sa tournée, entendit comme une grande rumeur lointaine. Un instant, il prêta l'oreille ; la rumeur augmenta l'intensité.
Vite il re:ourna aux quartiers.
Commandant, dit-il, une rumeur confuse,
mais puissante, montant du bas de la ville, indique qu'il s'v passe quelque chose d'extraordinaire.
Tous deux sortirent, et, du bastion voisin, interrogèrent de l'oreille et de l’œil, l’espace et l'horizon.
Le couchant venait de se colorer d’une teinte rougeâtre, puis l’horizon sembla tout à coup vomir la flamme.
—On a besoin de nous -là-bas. dit le commandant.
Tout le monde sur le car-%! cria-t-il d'une voix stentoréenne.
La citadelle endormie se réveilla, comme sous un choc électrique.
Les clairons retentirent.
En un clin d'œil, la colonne se forma.
— Amis. dit le brave officier, il y a du mal-
——— — ee es ee
heur là-bas, dans la Ville, et nos bras n’y seront Pas de trop, En avant, arche !
Il dit, et d'une allure légère et résolue, j] prit la tête de la troupe, Au pied de la côte, un chien hurla : un Soldat e mit en fuite d'un COUP de botte.
—Mauvais Signe !&rommela Un sergent sans esserrer Jog dents.
bres fumants et allèrent se Poster au cœur
Amis, crig le jeune Officier au Milieu de Ja foule qui le Pressait, des Myriades d’étincelles qui l'assaillaient, et des tourbillons de fumée qui l’aveuglaient. le Moment est Venu pour vous de Montrer votre Courageet Votre valeur! Voyez Pinfortune de ce peuple, Mettez un frein à la fureur de l'élément destructeur ! Empêchez de ncuvelles ruines ! Mais redoutez une Jenteur fatale ! Hâtez-vous !
y | Y seront
6, il prit un soldat
nt sans
cèrent tortuécom-
cœur
de Ja celles Hnée vous Oyez à la chez len-
Ii dit :et les soldats, comme des lions mis en hberté dans l'arène, s’élancent sur les foyers incandescents, frappent les portes, et les arrachent de leurs gonds. Les échelles contre les cloisons se dressent ; aux pans des murs des câbles puissants s’accrochent : les béliers s’acharnent, faisant de lai ges trouées : les mains
rachent au fléau les ais fumants : les bâtiinents s'effondrent sous les barils de poudre ; poutres, murs et lambris s’écroulent, et les flammes ne rencontrant plus sur leur passage d’aliment facile, s’éteignent dans leurs propres cendres. 4
Ivres de pillage et de crime, les immondes Furies remontèrent un instant dans l’espace, et, dissimulées dans la nuit profonde, contemplèrent, avec des ricanements affreux, leur œuvre de destruction.
Le casque d’un guerrier brilla à leurs yeux surpris.
C'était celui du jeune officier qui, à la tête d'une poignée de braves, luttait avec vigueur et intrépidité contre les envahissements de la flamme.
Quel est, fit Alecto, ce jeune téméraire, qui tente de contrecarrer les secrets desseins des dieux, et rendre inutile notre œuvre ? [me tarde de Jui apprendre que l'on ne s'oppose
Emo
Pas impunément torches incendiair cette nuit, Ma puissan
Ayant guerrier
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aux décrets de es ont © il ne sera pas ce
Jupiter, Si vo OMmis tant d'exploit
dit, foi d’Alecto, qu restera OISIvVE, ainsi parlé, Aleetc Pour lui
» descendit près du mais iniprudents.
inspirer des desseins
hardis.
e Jeune officier, à cet Instant, se retournant lusquement du côté d’un sien ami ans un mome
e ce
nt, dit-il, d que vous voyez si il ne
tte maison se là-bas, restera rien debout !
À peine aVait-il prononcé ce d’un fidèle sergent, il se
> MOtS que, et y entra. re
suivi dirigea vers la maison
Un fraca
S épouvantable se fit aussitôt entendre ; Ja terre en éprouva au loin un Violent ébranlement.
On vit Ja Maison s'élever du sol, puis retomber e
à quelques pieds t s’écraser sur elle-m de débris
de toute lle le feu s’alluma
ême, masse informe au sein de laque
nature,
* *X x Ce fut, de toutes parts, une clameur immense, terrible, exhalée de mille Poitrines
iter, Si vos | d’exploits \lecto, que
it près du DS hardis.
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ue, suivi Maison
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Ainsi qu'une meute lancée après un sanglier, la cohorte de soldats se rua sur ces monceaux de planches fendues, de portes éventrées, de poutres rompues, à travers lesquelles le feu se livrait déjà passage.
Ils étaient deux, là, sous ces décombres,
Respiraigt-ils encore ? Ou leurs âmes violemment arrachées de leurs corps mutilés, erruient-elles déjà dans le pays des Ombres, sur les rives du fleuve de la mort ?
Morts ou vivants, il fallait au moins disputer, au brasier qui s’allumait, leurs pauvres dépouilles.
Atterrés, la douleur dans l'âme, les soldats fouillèrent fiévreusement les décombres, les mains brûlées, ensanglantées.
Soudain, à quelques pas de là, un gémissement se fait entendre.
On accourt.
C’est le fidèle sergent qui, à demi enseveli sous des débris, respire encore ; il a un bras et une jambe à l’état de charpie ; ses traits sont horriblement défigurés.
Un drap est transformé en civière ; on l’y dépose doucement, et on l’emporte du côté de l'hôpital.
122 TÊTES ET FIGURES D en — + Ni. —
Mais l'autre, le jeune officier, qu’était.il devenu ? Avait-il té victime d’un pire destin ? Comment douter de son triste sort, lorsqu'un brasier ardent couvrait déjà l'endroit OÙ il était tombé !
Quand un Puissant jet d'eau eut éteint les flammes et refroidi les cendres, tou à Coup, Ô spectacle affreux ! une forme humaine, maculée, noircie, déchiquetée, apparut aux regards des soldats terrifiés. :
De l'élégant et brave guerrier de tout à l'heure, il ne restait plus qu’un tronc informe auquel ManqQuaient une Main et les deux jam
bes.
Plus tard, dans les cendres et les Pierres calcinées d’une maison voisine, on retrouva la main absente, encore ornée d’un anneau d’or, les jambes perdues, encore chaussées de bottes longues aux éperons d'argent.
Les soldats recueillirent Précieusement ces tristes restes, et, Consternés et sanglotant, reprirent le chemin de la citadelle.
Sans plus tarder, les Furies déployèrent leurs ailes, et s’enfuirent.
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teint les Coup, Ô haculée, rds des
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leurs
Cela suffit pour cette nuit. glapirent-elles
en jetant en arrière un regard de haine et de
vengeance satisfaites.
Et toutes trois s’envolèrent au couchant Elles disparurent bientôt à l'horizon, en quête d'autres endroits de la terre à désoler. d’autres humains à immoler.