II. — VERS
Les pièces en vers relatives aux seins sont innombrables : pour ne pas grossir outre mesure notre anthologie, nous ne reproduirons que les plus originales.
En tête des œuvres qui célèbrent l'esthétique des seins figure l'apologie du Beau tétiii^ de Clément Marot, badinage élégant, composé à Ferrare pour tromper les ennuis de l'exil :
Tétm refait, plus blanc (xu'un œuf, Tétiu de satin ])lanc tout neuf :
Tétin qui fait honte à la rose ïétin plus beau que nulle chose,
Tétin dur (non pas tétin, voire, Mais petite boule d'ivoire), An milieu duquel est assise Une fraise ou une cerise Que nul ne A'oit, ne touche aussi, Mais je gage qu'il est ainsi :
Tétin donc au petit bout rouge, Tétin qui jamais ne se bouge, Soit pour venir, soit pour aller, Soit pour courir, soit pour baller :
Tétin gauche, tétin mignon.
Toujours loin de son compagnon, Tétin qui porte témoignage Du demeurant du personnage.
Quand on te voit, il vient à maints Une envie dedans les mains De te ta ter; de te tenir :
Mais il se faut bien contenir D'en approcher, bon gré ma vie, Car il viendrait une autre envie.
0 tétin ne grand, ne petit, Tétin meur, tétin d'apétit, Tétin qui nuit et jour criez Mâriez-moi tôt, mariez, Tétin qui t'enfles et repousses Ton gorgias de deux bons pouces, A bon droit heureux on dira Celui qui de lait t'emplira.
Faisant d'un tétin de pucelle, Tétin de femme entière et belle.
Nous passerons sous silence la réponse de Guichard à Clément Marot ainsi que les stances de Bois-Robert qui, sans manquer de poésie, frisent la banalité. Nous en dirons autant des fades versifications qui comparent la blancheur des seins à celle du lys, de l'albâtre ou de la neige : tels le Téton de Babet^^de A. de Sommavilly (1664) ; le madrigal de Saumais, accompagnant renvoi d'un bouquet de jasmin ; celui de Gonbauld, à Phyllis (1657) ; etc., etc. Nous ferons exception pour Jérôme Amalthée, qui dépasse, il est vrai, la mesure du lyrisme en exhaltant la perfection des seins, mais ses vers hyperboliques ont pour excuse d'être charmants et en latin :
Fert nUido duo poma sinuformosa Lycoris,
llla eadem nitidofert duofragâ slnu.
Sunt mammœ duo poma ; duo suntfraga papllke :
Poma nives vincu)it, fraga colore rosas. Hœc Amor exsugens : « valeant, ait, xibera matris!
Dulcius hist manat nectar ah uheribus. »
(A sa blanche poitrine, la belle Lycoris porte deux pommes ; — à sa blanche poitrine, elle porte aussi deux fraises : — les deux pommes sont les seins, les deux fraises les boutons : — comme couleur, les pommes surpassent la neige, et les fraises, la rose. — L'amour, en les suçant, s'écrie : « Adieu les tétons de ma mère ! — Un bien plus doux nectar coule de ces seins-là ».)
C'est plus beau que nature nécessairement, mais la poésie vit surtout d'imagination,
Benserade, dans un sonnet élégant, décrit le charme des seins à leur adolescence :
Beau sein, déjà presque remply, Bien qu'il ne commence qu'à poindre.
Tétons qui ne font pas un ply, Et qui n'ont garde de se joindre.
De jeunesse ouvrage accomply ' Que ù\\ fard il ne faut pas oindre.
Si l'un est rond, dur et poly, L'autre l'égale et n'est pas moindre.
Sein par qui les Dieux sont tentez, Digne échantillon de beautez, Que le jour n'a point regardées.
Il garantit ce qu'il promet, Et remplit toutes les idées Du Paradis de Mahomet.
Un sonnet de Charles Cotin marque le contraste entre l'aurore des seins et leur crépuscule :
Tandis que deux voisins sans se joindre véquirent, Tous deux également de tous furent aimez ; Tous deux enflez d'orgueil et de grâce animez. Partagèrent entr'eux tout l'honneur qu'ils acquirent ;
Tous deux avoient quinze ans à l'âge qu'ils naquirent ; Tous deux sur même moule ils paraissoient formés; L'un l'autre ils se fuyoient de dépit enflammés. L'un à l'autre enviant les conquêtes qu'ils firent-
Bien qu'un prince passât, ils ne s'ébranloient point; Mais enfin leur orgueil s'enfla jusqu'à ce point, Que leur triste union commença de paroitre.
Ils se baisèrent tant, qu'ils en firent pitié; L'amour de tous naquit de leur inimitié. Et de leur union le mépris vint à noître.
Maurice Donnay entonne un hosannah chatnoiresque en l'honneur d'un torse modelé à l'antique — rara avis — A ta gorge :
La chemise qui te voilait, Lasse enfin du rôle impudique Que ta pudeur lui conseillait, A l'heure sainte et fatidique
S'est couchée à tes pieds d'enfant.
Alors ta goi'ge de Faunesse M'est apparue, et triomphant J'ai vu les splendeurs de jeunesse
Que ta chemise recelait.
J'ai vu sur ta poitrine nue, Deux jumeaux, deux frères de lait Enfants d'une Ijelle venue.
Modernes, mais non décadents.
Gonflant Iciu' rigidité ronde, Sans l'aide des corsets prudents Sachant se tenir dans le monde ;
Marbre, satin, roc velouté, Ils résolvaient ce grand problème :
La douceur dans la fermeté, Qualité rare et suprême... (1).
Armand Masson, dans les Litanies des seins (2), appuie un peu plus fortement sur la chanterelle du réalisme ; voici les premières sti'ophes de cette pièce originale :
Que j'en ai aii de par le monde Et chez la ]3rune, et chez la Ijlonde, Des seins qui sembloient se Ijomber Avec des rondeurs sculpturales Au fond de leurs niches claustrales !
Hélas, que j'en ai vu tomber!
(1) Voir la suite dans Les (jaidcs du Chat Noir ( OUeiulorf; édit.).
(2) Edit. Léon Vanier.
J'en sais qui font, grâce an corsage,
Des illusions de mirage
Sur le désert de l'estomac ;
Mais qui, nus, sont flottants et vagues,
Et font l'effet d'antiques blagues
A jamais veuves de tabac.
Nous ne pouvons mieux terminer l'apologie des seins que par la boutade morale de Michel Savon sur les mamelles utiles :
Je vous défie, ô jeunes hommes Qui sur les chemins où nous sommes Vous sentez pris de désirs fous, 0 viveurs que les nuits d'orgie Ont dû laisser sans énergie.
Je vous défie, entendez- vous,
D'avoir de coupal^les pensées.
Des convoitises insensées, D'être, en un mot, mal inspirés, Devant les robustes poitrines S'offrant aux bouches purj)urines De petits êtres adorés.
Qu'aux luxuriantes épaules Des Laïs et des vierges folles S'appliquent vos baisers de feu, Soit ! le poète à ce délire N'ose rien trouver à redire...
C'est la Nature qui le veut.
Mais les chastes robes défaites Aux foyers purs, calmes retraites, Pour le repas du bébé cher.
Certes, imposent une trêA^e, Aux bouillonnements delà sève, Aux rébellions de la chair.
Fuyant la caresse funeste, Sous le toit paisible et modeste Où le Devoir est honoré.
Ces douceurs jamais méconnues^ Les seins libres, les gorges nues, Ont quelque chose de sacré !
Èves aux grâces accomplies,- Aux blanches mamelles emplies
Ctr'lilOSITKS MÉDICALES. II — 13
D'un lail puissanl et jïénéroiix, C'est là surtout qu'il vous afrlame, L'artiste qui donne à la femme Des enthousiasmes fiévreux.
Oui, les nudités glorieuses, Aux adulations pieuses, Forcent bientôt mon jeune vers, Je m'élève au-dessus des fanges.
Lorsque pour la lèvre des anges Je vois les rorsages ouA'erts.
Je comprends que vous soyez fiers ; Bonnes et vigilantes mères, Yotre saint courage grandit En ces sublimes tète-à-tête :
Pour vous toutes l'enfant qui tête C'est l'aA'enir qui resplendit!
Après les beautés des g;eins, leurs laideurs. Opposons au blason du Beau félin, de Clément Marot, la contre-partie du môme auteur, le Laid tétiii :
Tétin qui n'as rien que la peau, ïétin flac, tétin de drapeau, Grand tétine, longue tétace, Tétin, doy-je dire bezace, Tétin au grand vilain bout noir, Comme celui d'un entonnoir, Tétin qui brimballe à tous coups Sans estre esbranlé, ne secous, Dien se peut vanter qui te taste D'avoir mis la main à la pas te.
Tétin grillé, tèlin i)endant, Tétin flestry, tétin rendant Mlaine ])our]je au lieu de laict, Le dialdc te fit ])ien si laid.
Tétin pour Iripc réjnité, Tétin, ce cuide-je, emprunté. Ou desrobé en quelque sorte.
De ({uel(£ue vieille chèATe morte :
Tétin propre pour on Enfer Nourrir l'enfant de Liu'ifer.
Tétin, boyau long d'une gaule, Tétace à jeter sur l'espaule Pour faire (tout bien compassé) Un chaperon du temps passé,
Quand on te voit, il Aàcnt à maints Une envie dedans les mains, ' De te prendre avec les gants doubles ; Pour en donner cinq ou six couples De soufflets, sur le nez de celle Qui te cache, sous son aisselle.
Ya, grand Ailain tétin puant.
Tu fournirois iDien en suant De civettes et de parfums Pour faire cent mille défuncts.
Tétin de laideur despiteuse.
Tétin, dont Nature est honteuse, Tétin des vilains le plus brave, Tétin, dont le bout toujours bave, Tétin fait de poix et de glus :
Bran, ma plume n'en parlez plus, Laissez-le là, ventre Saint-George, Vous me feriez rendre ma gorge.
Benserade a fait du sein flétri une peinture plus courte mais non moins expressive, que ne désavoueraient pas nos décadents :
Pendantes et longues mamelles
Où les perles ni l'oripeau
N'imposent à pas un chapeau,
Molles et tremblantes jumelles.
Tétasses de grosses femelles A couvrir d'un épais drapeau. Peau bouffie et rude, moins peau Que cuir à faire des semelles.
De vieille vache, aride pis, Que ne puis-je dire encore pis D'un sein qui tombe en pourriture f
Sein d'où s'exhale par les airs Un air qui corrompt la nature, Sein propre à nourrir des cancers.
A côté de ces horreurs, La Géante de Baudelaire paraîtra bien pâle :
Du temps que la nature en sa verve puissante Concevait chaque jour des enfants monstrueux, J'eusse aimé vivre auprès d'une jeune géante. Comme aux pieds d'une reine un chat voluptueux,
J'eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme Et grandir lil)rement dans ses teiTi))les jeux ; Deviner si son cœur couve une som])re flamme Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;
Parcourir à loisir ses magnifiques formes ; Ramper sur le versant de ses genoux énormes, Et parfois, en été, quand les soleils malsains,
Lasse, la font s'étendre à travers la campagne. Dormir nonchalamment à l'ombre de ses seins, Comme un hameau paisible au pied d'une montagne.
L'école réaliste s'affirme avec plus de vigueur dans les strophes pessimistes de Jacques Redelsperger, que la magnifique diction d'Yvette Guilbert mettait si bien en valeur.
On en A^oit de mous, de petits.
Avec des airs de confettis, Au bord des corsets aplatis.
D'autres à la mine morose. Pâlis déjà par la chlorose.
Semblent mourir de la névrose.
Concaves plutôt que bombés.
Plaignons les innocents bébés Qui sur ce festin sont tombés.
On dirait de modestes figues Qui sans entraves et sans digues Dans le corset dansent des gigues.
On en voit de très grands.
Vieux de la vieille, vétérans Ajoutant toujours sortir des rangs.
Sous la gaze qui les recouA're Le passant intrigué découvre Ces mots : « Au Bon Marché, au Louvre ! »
Et les appas de nos anciennes.
Flasques évadés des baleines, Chauffent des ventres en persiennes.
Mais cette école dépasse toute mesure et pousse à l'outrance extravagante, dans le sonnet, A celles-là^ d'Eugène Plouchart :
Femmes aux seins mous, je vous a'cux.
Quadragénaires adorées Des collégiens et des morveux, Donnez -moi vos lèvres beurrées
De tendresse et de volupté ;
Je veux, dans de moites flanelles,
Reposer à satiété
Sur vos poitrines maternelles ;
Car j'ai beaucoup souffert, ailleurs, Pour des yeux l'ieurs et i-ailleurs...
Qu'importe, après tout, qu'on potine !
Qu'importe ! épaules de saindoux
Ou poitrines de gélatine.
Je vous veux, femmes aux seins mous 1
Après pareil piment, combien sembleraient fades les vers mellifluents de Jocelyn, où le héros de Lamartine reconnaît le sexe de Laurence, par la vue des seins, à la suite de sa chute dans les rochers ? Aussi nous garderons-nous de les reproduire.
Aux productions des réalistes et des incohérents, nous préférons les pièces simplement fantaisistes, tant anciennes que modernes : les unes aimables, avec une pointe de grivoiserie ; les autres franchement erotiques. Savourez ce gracieux badinage de Théodore de Bèze (1519-1605), traduit par Alexandre Machard :
AD FIBULAM CANDIOTE
Quseso, fibulula illa, fibula illa, Quœ pectus dominée meœ coerces, Quœ sinum niveum, measque flammas, Illos quee globules duos rubentes Intra cœca jubés manere claustra :
Queeso, fibula, ne mihi misello, Istis ne miseris meis ocellis Thesaurum hune nivum invidere pergas.
Nam quid commeruisse, quid patrasse Pectus hoc niveum, sinusque candens, Dignum carcere, vinculisque possit?
Non cernis, rogo, non vides ut illœ Mammœ, isti globuli duo laborent Luctantes avide, suoque pulsu Testentur, sibi non placere claustra ?
Non times, rogo, fibula, ista ne nix Liquatur, nimio calore cocta ?
Pergis, fibula ? pergis innocentes Intra vincula continere mammas ? Meas divitias, opes, talon ta Non vis redclere, fi])ula ? At jubebit Hoc tandem Venus ipsa : quippe et illam Ausa es, pessima, vulnerare nuper, Cum Martem cuperet suaviari.
Hœc illa est Cytliertea, qmv ju])ebit Thesaurum Imnc oculis meis patere, ïliesaurum hune manibus meis patere, Quem nunc invidia premente celas.
Tune tu, fibulula illa, fibula illa, Quœ pectus Dominœ mese negabas, Ipsis sordida sordibus tegeris.
A l'agrafe de candide
De grâce, agrafe mignonne, agrafe
Qui resserres la poitrine de ma maîtresse,
Les neiges de son sein et mes feux ;
Qui retiens ces deux globules rougissants
Entre d'aveugles barrières;
De grâce, agrafe, à l'amant infortuné,
A ses yeux infortunés que tu vois,
Gesse d'envier ce trésor de blancheur :
Quel mal ont pu faire et quel crime accomplir
Cette poitrine de neige et ce sein éblouissant.
Qui vaille la prison et les chaînes ?
Tu ne vois donc pas, dis-moi, tu ne remarques pas comme ces
Tétins, ces deux globules souffrent
Dans leur lutte ardente, et par leur choc
Témoignent que ces barrières leur déplaisent ?
Tu ne crains pas, agrafe, dis-moi, que cette neige
Fonde sous la cuisson d'une chaleur excessiA^e ?
Tu continues, agrafe ? tu continues à enfermer
Dans les liens ces boutons innocents ?
Mes richesses, mes trésors, mes lingots,
Tu ne veux pas me les rendre, agrafe "i Mais, Vénus en personne
Enfin te les fera rendre : car, tu n'as pas craint.
Méchante, de blesser l'autre jour la Déesse,
Qui voulait baiser tendrement Mars.
Oui, c'est la Cythérée, qui te fera
Ouvrir à mes yeux ce trésor.
Ouvrir à mes mains ce trésor.
Que tu caches maintenant avec les griffes de l'envie
Alors, agrafe mignonne, agrafe.
Qui me refusais le sein de ma Maîtresse,
Avare sordide, les ordures te recouvriront (l).
Régnier met dans la bouche de G loris de bien vilains conseils, pour engager son amie Philis à l'infidélité :
La foi n'est plus aux cœurs qu'une chimère vaine. Tu dois, sans t'arrèter à la fidélité, Te servir des amans comme des fleurs d'été. Qui ne plaisent aux yeux qu'étant toutes nouvelles : Nous avons de nature au sein doubles mamelles. Deux oreilles, deux yeux et divers sentimens. Comment ne pourrions-nous avoir divers amans ? Je connois mainte femme à qui tout est de mise. Qui change plus souvent d'amant que de chemise.
De nos jours, Gloris fréquenterait « la laïque » et aurait tiré parti de la dualité anatomo-pathologique de notre cœur ; elle aurait achevé de convaincre Philis, en lui démontrant que les deux cœurs — le droit et le gauche — autorisent, encore mieux que les deux seins, deux amours à la fois.
Un sonnet anonyme, VAmou/' sur une gorge rebondie (2), explique comment le dieu malin impose aux seins la devise gouvernementale : « Diviser pour régner »
C'est ici qu'on peut A^oir qu'en l'un et l'autre monde Je règne également et je donne des loix ; J'en ai deux aujourd'hui que j'habite à mon choix Et dans chacun des deux ma gloire est sans seconde.
Sur deux fermes tétons mon empire se fonde.
J'y soumets sans efforts les plus superbes rois ; , ...
Il n'en est point qui puisse éviter mes exploits
Et que ma politique à la fin ne confonde.
Je ne crains pas, comme eux, les moindres changemens ; J'aime à voir remuer, et les soulèvemens Servent à ma grandeur, s'ils font leur décadence.
Et quoy que les prudens et les plus advisés
Imputent la faiblesse aux États divisés,
Si les miens ne l'étoient, j'aurois moins de puissance.
(1) Comment rendre le jeu de mots sordlda sordibus? Les traducteurs soupçonnent seuls ces difficultés.
(2) Cité par Mercier, de Compiègne, dans Y Éloge du se'ut des femmes.
200 CURIOSITÉS LITTÉRA.IRES
Le Pays composa une épitaphe anticipée sur une aimable personne qui, malgré les moyens coercitifs en usage dans les couvents pour réprimer les soulèvements mammaires, avait pris de la gorge depuis qu'elle était religieuse :
Ci-gissent les tétons de la jeune Sylvie : Pitoyable passant, admire et plains leur sort : Ils n'avaient pas du ciel encor reçu la A'ie, Qu'on les avait déjà condamnés à la mort !
On ne consulta pas leur naturelle envie :
Leur courroux fait bien voir qu'on leur a fait grand tort ;
Puisqu'on les voit souffler contre la tyrannie
Qui les mit au tombeau par un barbare effort.
Mais ce qui te fera plaindre leur aA^enture,
C'est qu'on les tient Aàvants dans cette sépulture,
Comme étant convaincus d'un horrible forfait.
Tout leur crime, pourtant, n'est que de pouvoir plaire ! Pour moi, ne voyant pas quel mal ils avaient fait, Je crois qu'on les punit de ce qu'ils pouvaient faire.
On sait qu'auXVP siècle, la Puce de Mademoiselle Des Roches fut un instant le point de mire de tous les beaux esprits. En 1579, lors de la tenue des Grands jours à Poitiers, Estienne Pasquier, avocat au Parlement, se trouvant chez les dames Des Roches, où se réunissaient une société d'élite et beaucoup de lettrés, aperçut une puce qui s'était « parquée au beau milieu du sein de Mademoiselle Des Pioches » ; il s'écria que « cette puce mériterait bien d'être enchâssée dans leurs papiers, et qu'il ferait volontiers des vers sur un pareil sujet », Toute l'assemblée applaudit à cette proposition, et il en résulta un recueil de quarante-trois pièces de vers grecs, latins, français, italiens et espagnols (1), publié sous le titre de la Puce de Mademoiselle Des Roches. Paris, 1582, 111-4°, rare (2). Ce serait le cas d'appliquer à ces pièces multiples la réflexion d'un auteur du moyen âge : « Rime est molt plaisans et molt bêle, mais molt est longe ».
(1) Cette multiplicité de pièces cosmopolites a fait dire au père Garasse : « Cette puce a tant couru et sauté dans les esprits frétillants des Français, des Italiens, des Flamands, qu'ils en ont fait un Pégase. »
(2) Réimprimé par Jouaust, 18G8, sur Téditionde IGIO.
LA PUCE Dli CATHERINE DES ROCHES
Petite Puce frétillarde, Qui d'une bouchette mignarde Sucçotes le sang incarnat Qui colore un sein délicat, Vous pourroit-on dire friande Pour désirer telle Amande?
Vrayment nenni, car ce n'est poinct La friandise qui vous poingt, Et si n'allez à l'adventure Pour chercher vostre nourriture, Mais, pleine de discrétion.
D'une plus sage affection, Vous choisissez place honorable Pour prendre un repas agréable.
Ce repas seulement est pris Du sang le siège des espris.
Car, désirant estre subtile, Vive, gaye, prompte et agile.
Vous prenez d'un seul aliment, Nourriture et enseignement.
On le voit par vostre allégresse Et vos petits tours de finesse.
Quand vous sautelez en un sein, Fuyant la rigueur d'une main.
Nous ne tirerons des autres pièces de ce concours poétique, renouvelé des Jeux floraux, que celle d'Estienne Pasquier; on y trouve de gracieux détails quelque peu égrillards ; c'est du reste la note dominante de ce tournoi littéraire.
Puce qui te viens percher Dessus cette tendre chair, Au milieu des deux mamelles De la plus belle des belles ; Qui la picqvies, qui la poingts.
Qui la mors à ses bons poincts, Qui, t'enyvrant sous son voile Du sang, ains du nectar d'elle.
Chancelles et fais maint sault Du haut en bas, puis en haut; 0 que je porte d'envie A l'heur fatal de ta vie.
Ainsi que dedans le pré, D'un vert émail drapré, On voit que la l^londe avette Sur les Ijelles fleurs volette, Pillant la manne du Ciel, Dont elle forme son miel, Ainsi, petite Pucette Ainsi, Puce pucelette, Tu volettes à tàton Sur l'un et l'autre téton.
Puis tout à coup te recelles Sous l'abri de ses aisselles ; Or, panchée sur son flanc, Humes à longs traits son sang ; Or, ayant pris ta pasture, Tu t'en viens à l'adventure Soudain après héberger Au milieu d'un iieau verger, Ains d'un Paradis terrestre, D'un Paradis qui fait naistre Mille fleurs en mes espris.
Ce n'était pas la première fois qu'une puce, aperçue sur le sein d'une jolie femme, inspirait les poètes ; Ronsard, bien avant Estienne Pasquier, avait envié le sort de cette désagréable bestiole.
Ah ! seigneur Dieu ! que de grâces écloses Dans le jardin de ce sein verdelet Enflent le rond de deux gazons de lait Où des Amours les flesches sont encloses !
Je me transforme en cent métamorphoses Quand je te voy, petit mont jumelet, Ains du printemps un rosier nouvelet.
Qui le matin caresse de ses roses.
S'Europe avoit l'estomach aussi beau.
De t'estre fait, Jupiter, un taureau
Je te pardonne. Eh ! que ne suis-je puce ?
La baisottant, tous les jours je mordrois Ses beaux tétins ; mais la nuit je voudrois Que rechanger en homme je me pusse.
La Fontaine reconnaît à la mouche les mêmes privilèges qu'à la puce, quand il fait dire à la fourmi :
Mais, ma mignonne, dites-moi, Vous campez-A'ous jamais sur la tète d'un roi,
D'un empereur, ou d'une belle ?
Je le fais ; et je baise un beau sein quand je veux.
Terminons la série des animaux, qui prennent accidentellement contact avec les seins, par cette pièce anonyme: Sur une sangsue qui pique le sein de Sylvie:
Quel objet de courroux se présente à ma vue ! Un insecte cruel, une noire sangsue
Pique un sein plus lilanc que les lys,
Dont tous les traits sont accomplis.
Crois-tu lîien te soulager du sang de ma Sylvie ? Sa blancheur te devroit détourner du dessein
De lui piquer le sein ; Si tu veux contenter ta malheureuse envie,
La peine suivra ton souhait,
Car soudain tu perdras la vie Et tu n'auras sucé que des gouttes de lait.
A. Desmoustier, dans ses Lettres à Emilie, sur la Mythologie^ imagine la Création poétique des seins :
HÉBÉ ET l'amour
Ce dieu malin qui sans cesse varie Ses goûts légers, ses plaisirs, ses trayaux. Conçut un jour la docte fantaisie De professer, au milieu de Paphos, Les éléments de la géographie.
Dans ce dessein, lui-même il façonna D'un mar])re blanc la surface arrondie.
Et d'un bleu tendre avec art dessina Sur ses contours la Grèce, l'Italie, Londres, Paris, Cythère et cœtera.
La jeune Héljé qui toujours le seconde
Dans ses projets grandement l'assista.
En se chargeant de la machine ronde :
Aux écoliers que l'amour enseignait
En tout les sens Hc])é la retournait
Pour leur montrer les quatre coins du monde.
Mais la déesse à la fin se lassant De ce travail, Cupidon, pour bien faire. Avec adresse ayant coupé sa sphère Par l'Equateur, la fendit justement
En deux moitiés, par quoi les antipodes, Mis de nouveau, furent moins incommodes A transporter. L'Amour de ci, de là, Contre le sein d'IIélié les accoupla.
Or de l'amour la gentille écolière.
Flore, un beau jour, ayant touché, dit-on. Du bout des doigts les pôles de la terre. Chaque toucher fit éclore un l^outon :
Bouton naissant de rose printanière Ne ])rille pas d'un plus beau coloris Que ce bouton éclos du sein des lis.
A s'en parer Hébé fut la première ; L'amour lui-même en paraît enchanté.
La mode en vint ; chaque divinité Modestement promenait à la ronde.
Sous un tissu gonflé par le zéphyr.
Les deux boutons prêts à s'épanouir, Qui couronnaient sa double mappemonde.
Chez les humains cette mode passa
Rapidement, et l'adroite Nature
Pour le beau sexe avec art imita
Des déités la nouvelle parure.
Comme elle avait, à quelque temps de là.
De Cythérée imité la ceinture.
Mais ces trésors qui sont d'un si grand prix
Dans la saison du règne de Cipris,
Sont dédaignés par l'austère vieillesse.
Dans l'âge mur, nous Aboyons nos mamans
Laisser tomber ces frêles ornements
Qu'avec tant d'art éleva leur jeunesse,
Jouets légers de l'amour et du temps
Que la sagesse abandonne aux enfants.
Je conviens, Emilie, ajoute l'auteur, que ce trait d'invention, dont les imitations ont été si multipliées, n'est point consigné dans l'histoire de l'antiquité ; mais il nous est parvenu par la tradition, dont le rapport, depuis tant de siècles, est appuyé sur une expérience aussi heureuse que constante. Je vous engage donc à le croire, d'autant que vous êtes moins que personne en état de le contester :
Car si vous osiez démentir
La vérité de ce système,
Vous pourriez je crois nous fournir
Double argument contre vous-mèmt?.
Abordons les fantaisies gauloises qui seront de plus en plus épicées ; les lecteurs chastes, craignant les mots crus et les sujets un peu croustilleux, feront bien de tourner quelques feuillets .
Charles Sorel, sieur de Souvigny, l'auteur de la Vraie histoire comique de Fraiiçion^ nous fournira un savoureux sonnet, Sur un jeune sein :
Je vois s'augmenter chaque joiu' En leur petite enflure ronde Ces jeunes tétons que le monde A pris pour le trône d'amour.
Mon désir aimant leur séjour Plus que le ciel, la terre et l'onde, Accroît sa flamme A^agabonde A mesure que croit leur tour.
Dieux ! faites qu'il en soit le maître. Si, comme eux, vous le voyez être En parfaite maturité ;
Et permettez-moi qu'à mon aise
Sans blâme de témérité,
Un jour je les touche et les baise.
Voisenon complimente adroitement de leur fermeté les Tétons de sa cousine :
Il te souvient de ce Pygmalion,
De la statue élégante qu'il aime.
Et que Vénus, pour sa dévotion,
AA'Oit changée en une autre elle-même.
En toi le cas pareil est arrivé ;
Tu fus statue ; car, par expérience
J'en suis certain, et ce qu'ici j'avance
Est dans ces vers un peu plus bas prouvé. ^
Étant encor JjIoc de marbre insensible Tout étoit dur ; tu n'avois nul ressort ; Vénus voulut t'amollir tout le corps Pour te le rendre aux plaisirs plus flexible.
Pour recevoir et donner un baiser Bien tendrement à l'amant qui te presse, Elle amollit ta bouche enchanteresse, Elle amollit tes bras pour l'embrasser.
Jam])es d'abord et ce qui les surmonte Gardent encor un peu de dureté, Moins que le marbre, et si plus haut on monte. On trouvera de l'élasticité.
Mais ce qui peut mieux prouver mon système. Elle oublia de changer tes tétons ; Ils sont taillés aussi juste, aussi ronds Et blancs et durs comme le marl)re même.
Les strophes de Gabriel Martin, sur les Seins^ tirées des Psaumes de la Beauté (1), sont un peu plus émoustillantes :
0 blancs, ô fermes seins !
Qui remplissez nos mains !
Splendides beautés qu'à tort l'on nous cache !
Vous préféreriez, sur l'honneur, Le bonheur D'être effleurés d'une rude moustache
Au suçon persistant
Du bébé s'allaitant.
A nu, convenables non pas énormes.
Le jour oii l'œil vous reluqua :
— « Eiu'éka! » — Cria le cœur, saisi devant vos formes.
Le soleil, les frimas,
Ne vous atteignant pas.
Pourquoi ne produisez-vous que deux fraises?
Farouches seins! tant arrosés De baisers !
Vos terres pourtant ne sont pas mauvaises !
Les Nichons^ de Paul Martinet, toutes voiles au vent, attirent les caresses de l'amant :
Ils sont deux petits jumeaux Frais comme un bouton de rose, Deux petits coquins si beaux, Et si mignons qu'ils sont cause.
Lorsque je les aperçois Par la chemise entr'ouverte.
Que je les prends sous mes doigts Heureux de ma découverte !
(1) Édit. J. Ferreyrol.
Et je les sens palpiter Sous ma caresse fougueuse, . Se redresser, s'agiter, Les nénés de l'amoureuse !
Parfois, repoussant ma main.
Elle dit : Assez! — Mais, vite Ma main reprends le chemin Des nichons à ma petite.
Les Seins, de Rollinat (1), dégagent une atmosphère cantharidienne des plus excitantes :
J'ai fait ces vers subtils, polis comme des bagues,
Pour immortaliser la gloire de tes seins
Que mon houleux désir liât toujours de ses vagues.
Qu'ils y fleurissent donc éternellement sains. Et que, dans la roideur fière des pics de glace. Ils narguent à jamais les siècles assassins !
Sur ta chemise, enfant, mon œil baise la place Qu'use le frottement de leurs boutons rosés, Et voilà que déjà le vertige m'enlace.
Si j'osais ! Tu souris, semblant me dire : « Osez ! « Mes seins voluptueux sont friands de vos lèvres, « Et de larmes d'amour veulent être arrosés. »
Et pour m'indemniser des nuits où tu m'en sèvres. Tu ne les caches plus que sous tes noirs cheveux Drus comme les buissons que mordillent les chèvres.
lATesse ! Ils sont alors à moi tant que je veux : Car mes doigts chatouilleurs ont des caresses lentes, S'entrecoupant d'arrêts et de frissons nerveux.
Et quand vibrent sur vous mes lèvres harcelantes, Liliellules d'amour dont vous êtes les fleurs, Votre incarnat rougit, pointes ensorcelantes !
Rubis des seins, vous en rehaussez les pâleurs Et A'ous vous aiguisez, jusqu'à piquer ma joue. Comme le bec lutin des oiselets sif fleurs.
Et tu frémis avec une adorable moue
Tandis qu'au cliquetis de tes bracelets d'or
Ta main dans ma crinière indomptable se joue !
(1) Les Nét.-7'oses. Carpentier, édit.
En vain la Ijrise hurle an fond fin corridor, Tn souris de langueur sur le sopha d'ébène, Devant l'aire paisible où la flamme s'endort.
Moi, je brûle affolé, je me contiens à peine ; Et pourtant mon désir qui rampe à tes genoux Sait que sa patience a toujours bonne aubaine.
Mais tu laisses tomber ton provocant burnous,
Et, moderne houri des paradis arabes,
Tu bondis toute nue en criant : « Aimons-nous ! »
Oh ! comme nous râlons ces magiques syllabes, Dans la clièi^e seconde où, pour mieux s'enlacer. Nos jambes et nos bras sont des pinces de crabes !
Ma convoitise enfin peut donc se harasser !
Pas un coin de ton corps où mes lèvres ne paissent
Tu me bois, je t'aspire ! et, pour me délasser.
J'admire tes beaux seins qui s'enflent et s'abaissent.
11 serait difficile de ne pas rencontrer le rabelaisien Armand Silvestre dans cette galerie anacréontique :
J'aime les tétons de Margot, Ses tétons durs et sans reproche, Où la clarté du jour s'accroche, Droits comme des coqs sur l'ergot !
Il faudrait être Wisigoth Pour ne pas préférer l'approche De ces deux jolis bouts de roche Même au talent de Monsieur Got.
Dans ma chair, quand elle me presse, Meurtri sous sa rude caresse.
Sa poitrine se moule en rond ;
Alors quand, d'amour, je m'y cogne, Tête en aA^ant, comme un i^TOgne, Je me fais des bosses au front !
Notre délicat et regretté confrère Camuset, habile à faire passer sous la fine ciselure de ses vers les plus fortes énormités, a écrit sur les seins Tun de ses meilleurs sonnets, Auscultation :
— Comment ! c'est toi, belle Margot ?
— Mais oui, m'sieu Paul, et j'méponvanle ; Quel malheur pour un' pauv' servante !
Maisquoiqn' j'ai donc ben dans V jabot?
Pounii qii'çà s'rait pas quéqii'pierrot ! Ça m'poi'tc au cœur, çà m' grouille au vcnt'e ; Pas conini' vous, moi ; j' suis pas savante. P'tèt' ben que a^ous m'direz l'fin mot.
— Là donc !... Baisse encor ta chemise...
Complaisamment l'oreille est mise,
Sur deux seins plus durs qu'inhumains ;
Et, dans des gestes téméraires, L'étudiant à pleines mains Palpe ses premiers honoraires.
Abordons franchement les gaillardises qui réjouissaient nos aïeux, moins collets-montés que nos contemporains. h^Avantpropos sur les téti/is, de Deslauriers, dit Bruscambille, qui ne connaît ni la gaze ni le voile, ouvrira la marche :
Tétin de laict, et de hasme,
Tétin qui mon cœur en [lame
Je te consacre mes veux :
Ta Abêtie qui me récrée,
Me fait songer en idée
Au centre où j'ay pris mes feux.
Du même g'enre licencieux, une plaisanterie de Claude de Pontoux, un confrère du XVP siècle, né à Chalons-sur-Saône, en 1530, et qui a surtout chanté l'amour :
Ma petite Jeanne ton Me permet ])ien que je taste Son beau col et son menton, Et veut bien que je m'ébaste.
Mais sitôt que je me haste De ravir le beau bouton Qui fleurit sur son téton Et les fraisettes jumelles, Elle me dit en riant :
Ne touchez pas là, friand :
C'est le joyau des pucelles.
Une galante énormité du XVI IP siècle, VAniateui' de musique,, abuse effrontément des sous-entendus :
Je voudrois Inen, belle Brunette, Voyant votre sein rondelet Jouer dessus de l'épinette, Et au-dessous du flageolet.
2'JO CURIOSITÉS LITÏÉRAIHES
Pour finir, quelques jeux d'esprits, plus ou moins innocents. Énigme anacrèonliqiie^ sous forme de sonnet :
Tandis que deux voisins sans se joindre na(|uiponl, Tous deux également des cœurs furent aimés ; Tous deux enflés d'orgueil et de grâce animés Partagèrent entr'eux tout l'honneur qu'ils acquirent.
Tous deux avaient quinze ans à l'iieure qu'ils naquirent, Sur un moule tous deux semi^laient être formés; L'un l'autre ils se fuyaient de dépit enflammés ; L'un à l'autre enviant les conquêtes qu'ils firent.
Bien qu'un prince passât ils ne s'éJn-anlaient point, Mais enfin leur orgueil enfla jusqu'à ce point Que leur triste union commença de paraître.
Ils se baisèrent tant qu'ils en firent pitié,
L'amour se nourrissait de leur inimitié
Et de leur union le mépris A'int à naître (1).
Autre Enigme^ tout aussi transparente :
Quels que soient les appas d'un visage charmant, J'ajoute néanmoins aux beautés d'une dame. Si je me montre un peu, je consume un amant. Et si je parais trop, liien souA^ent on me blâme. Dans un petit palais entouré de corail, Souvent je suis contraint, pour éviter du mal, D'exprimer mon fardeau j)ar un bouton de rose. Je sens au moindre coup une extrême douleur. Quand par hasard je suis tout rempli d'une cliose ; Dont je voudrais n'avoir que la couleur (2).
Opinions^ est une fabulette portant sa moralité,
Il n'i a fables ne folie Où il n'a de filosophie,
disait-on au moyen âge.
Les femmes sont d'avis divers en fait d'appas, Suivant ce qu'elles ont ou ce qu'elles n'ont pas.
Les femmes minces, mignonnettes.
Prônent avec ardeur les petites rainettes. Celles dont les nichons ont de flasques replis Vantent d'un sein moelleux les contours accom[)lis.
(1) Mamelles.
^2) Une t.elle gorg \.
Les mastodontes, les énormes, Disent que rien ne vaut l'opulence des formes ;
Les femmes qui n'ont rien du tout Trouvent que la maigreur est de bien meilleur goût.
Bref, chaque femme chez une autre, Avec des airs de Ijon apôtre, De son propre portrait fait l'éloge à dessein.